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26/03/2007

Jean-Paul II vs société de consommation

Extrait du Message pour la journée mondiale de la paix du 1er janvier 1993, mais toujours d'actualité. Le reste du message est en ligne ici.



L'esprit de pauvreté, source de paix

La population des pays industrialisés est aujourd'hui dominée par une course effrénée vers la possession des biens matériels. La société de consommation fait grandir encore le fossé qui sépare les riches des pauvres, et la recherche excessive du bien-être risque d'empêcher de voir les besoins d'autrui. Pour promouvoir le bien-être social, culturel, spirituel et aussi économique de chaque membre de la société, il est donc indispensable de mettre un frein à la consommation démesurée des biens terrestres et de résister à l'attirance des besoins artificiels. La modération et la simplicité doivent devenir les critères de notre vie quotidienne. La quantité de biens consommés par une très petite fraction de la population mondiale produit une demande excessive par rapport aux ressources disponibles. La réduction de la demande constitue un premier pas pour rendre la pauvreté moins pesante, si elle s'accompagne d'efforts efficaces pour assurer une juste distribution des richesses mondiales.

L'Evangile, dans cette perspective, invite les croyants à ne pas amasser les biens de ce monde qui disparaîtra: «Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la mite et le ver consument, où les voleurs percent et cambriolent. Mais amassez-vous des trésors dans le ciel» (Mt 6, 19-20). C'est là un devoir inscrit dans la vocation chrétienne, tout comme le devoir de travailler à éteindre la pauvreté; c'est aussi un moyen efficace pour atteindre ce but.

La pauvreté évangélique est bien différente de la pauvreté économique et sociale. Alors que celle-ci a un caractère impitoyable et souvent dramatique, et qu'elle est subie comme une violence, la pauvreté évangélique est choisie librement par la personne qui veut ainsi répondre à l'avertissement du Christ: «Quiconque parmi vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple» (Lc 14, 33).

Cette pauvreté évangélique est une source de paix, car, grâce à elle, la personne peut vivre un juste rapport avec Dieu, avec les autres et avec le monde créé. L'existence de celui qui se place dans cette optique devient ainsi un témoignage de la dépendance absolue de l'humanité vis-à-vis de Dieu qui aime toutes les créatures, et les biens matériels sont reconnus pour ce qu'ils sont: un don de Dieu pour le bien de tous.

La pauvreté évangélique transforme ceux qui l'accueillent. Ils ne peuvent rester indifférents à la souffrance des malheureux; ils se sentent, au contraire, poussés à partager activement avec Dieu l'amour préférentiel pour les pauvres (cf. Encycl. Sollicitudo rei socialis, n. 42). Ces pauvres selon l'Evangile sont prêts à sacrifier leurs biens et leurs personnes pour que d'autres puissent vivre. Leur unique désir est de vivre en paix avec tous, en offrant aux autres le don de la paix de Jésus (cf. Jn 14, 27).

Par sa vie et ses paroles, le divin Maître nous a enseigné les exigences caractéristiques de cette pauvreté, qui conduit à la liberté véritable. «Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu. Mais il s'anéantit lui-même, prenant condition d'esclave» (Ph 2, 6-7). Il naquit dans la pauvreté; dès son enfance, il fut obligé de s'exiler avec sa famille pour échapper à la cruauté d'Hérode; il vécut comme un homme qui «n'a pas où reposer la tête» (Mt 8, 20). Il fut accusé d'être «un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs» (Mt 11, 19) et il subit la mort réservée aux criminels. Il appela les pauvres «bienheureux» et leur donna l'assurance que le Royaume de Dieu était à eux (cf. Lc 6, 20). Il rappela aux riches que les séductions de la richesse étouffent la Parole (cf. Mt 13, 22) et qu'il leur est difficile d'entrer dans le Royaume de Dieu (cf. Mc 10, 25).

L'exemple du Christ, ainsi que sa parole, est une norme pour les chrétiens. Nous savons que tous, sans distinction, nous serons jugés au jour du Jugement universel sur notre amour pour nos frères. Dans l'amour effectivement vécu, nous découvrirons ce jour-là que nous avions réellement rencontré le Christ, même sans l'avoir d'abord reconnu de manière explicite (cf. Mt 25, 35-37).

Jean-Paul II

 

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20/02/2007

Lettre à Diognète

Extrait de la Lettre à Diognète, qui date des temps apostoliques, et qui est une méditation, à sa manière, sur les modes de des chrétiens. Un lecture pour entrer en carême.

I. Je vois, Excellent Diognète, le zèle qui te pousse à t'instruire sur la religion des Chrétiens, la clarté et la précision des questions que tu poses à leur sujet : à quel Dieu s'adresse leur foi ? Quel culte lui rendent-ils ? D'où vient leur dédain unanime du monde et leur mépris de la mort ? Pourquoi ne font-ils aucun cas des dieux reconnus par les Grecs et n'observent-ils pas les superstitions judaïques ? Quel est ce grand amour qu'ils ont les uns pour les autres ? Enfin pourquoi ce peuple nouveau - ce nouveau mode de vie - n'est-il venu à l'existence que de nos jours et non plus tôt ? 2. Je te félicite de cette ardeur et je prie Dieu, de qui nous vient le don et de parler et d'entendre, qu'il m'accorde le langage le plus propre à te rendre meilleur, toi qui m'écoutes, et qu'il te donne de m'écouter de manière à ne pas être un sujet de tristesse pour moi qui te parle.

V. Car les Chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les vêtements. 2. Ils n'habitent pas de villes qui leur soient propres, ils ne se servent pas de quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n'a rien de singulier. 3. Ce n'est pas à l'imagination ou aux rêveries d'esprits agités que leur doctrine doit sa découverte ; ils ne se font pas, comme tant d'autres, les champions d'une doctrine humaine. 4. Ils se répartissent dans les cités grecques et barbares suivant le lot échu à chacun ; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et la manière de vivre, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur république spirituelle. 5. Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s'acquittent de tous leurs devoirs de citoyens et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie et toute patrie une terre étrangère. 6. Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n'abandonnent pas leurs nouveau-nés. 7. Ils partagent tous la même table, mais non la même couche. 8. Ils sont dans la chair, mais ne vivent pas selon la chair. 9. Ils passent leur vie sur la terre, mais sont citoyens du ciel. 10. Ils obéissent aux lois établies et leur manière de vivre l'emporte en perfection sur les lois. 11. Ils aiment tous les hommes et tous les persécutent. 12. On les méconnaît, on les condamne ; on les tue et par là ils gagnent la vie. 13. Ils sont pauvres et enrichissent un grand nombre. Ils manquent de tout et ils surabondent en toutes choses. 14. On les méprise et dans ce mépris ils trouvent leur gloire. On les calomnie et ils sont justifiés. 15. On les insulte et ils bénissent. On les outrage et ils honorent. 16. Ne faisant que le bien, ils sont châtiés comme des scélérats. Châtiés, ils sont dans la joie comme s'ils naissaient à la vie. 17. Les juifs leur font la guerre comme à des étrangers ; ils sont persécutés par les Grecs et ceux qui les détestent ne sauraient dire la cause de leur haine.(…)   

VI. En un mot, ce que l'âme est dans le corps, les Chrétiens le sont dans le monde. 2. L'âme est répandue dans tous les membres du corps comme les Chrétiens dans les cités du monde. 3. L'âme habite dans le corps et pourtant elle n'est pas du corps, comme les Chrétiens habitent dans le monde mais ne sont pas du monde. 4. Invisible, l'âme est retenue prisonnière dans un corps visible : ainsi les Chrétiens, on voit bien qu'ils sont dans le monde, mais le culte qu'ils rendent à Dieu demeure invisible. 5. La chair déteste l'âme et lui fait la guerre, sans en avoir reçu de tort, parce qu'elle l'empêche de jouir des plaisirs : de même le monde déteste les Chrétiens qui ne lui font aucun tort, parce qu'ils s'opposent à ses plaisirs. 6. L'âme aime cette chair qui la déteste, et ses membres, comme les Chrétiens aiment ceux qui les détestent. 7. L'âme est enfermée dans le corps : c'est elle pourtant qui maintient le corps ; les Chrétiens sont comme détenus dans la prison du monde : ce sont eux pourtant qui maintiennent le monde. 8. Immortelle, l'âme habite une tente mortelle : ainsi les Chrétiens campent dans le corruptible, en attendant l'incorruptibilité céleste. 9. L'âme devient meilleure en se mortifiant par la faim et la soif : persécutés, les Chrétiens de jour en jour se multiplient toujours plus. 10. Si noble est le poste que Dieu leur a assigné, qu'il ne leur est pas permis de déserter.(…)   

X. Si toi aussi tu désires ardemment cette foi et si tu l'embrasses, tu commenceras à connaître le Père. 2. Car Dieu a aimé les hommes : pour eux il a créé le monde ; il leur a soumis tout ce qui est sur la terre ; il leur a donné la raison et l'intelligence ; à eux seuls il a permis d'élever les regards vers le ciel ; il les a formés à son image ; il leur a envoyé son Fils unique ; il leur a promis le royaume des cieux qu'il donnera à ceux qui l'auront aimé. 3. Et quand tu l'auras connu, quelle joie, songes-y, remplira ton coeur ! Combien tu aimeras celui qui t'a ainsi aimé le premier 4. En l'aimant, tu seras un imitateur de sa bonté, et ne t'étonne pas qu'un homme puisse devenir un imitateur de Dieu : il le peut, Dieu le voulant 5. Tyranniser son prochain, vouloir l'emporter sur les plus faibles, être riche, user de violence à l'égard des inférieurs, là n'est pas le bonheur et ce n'est pas ainsi qu'on peut imiter Dieu ; bien au contraire, ces actes sont étrangers à la majesté divine. 6. Mais celui qui prend sur soi le fardeau de son prochain et qui, dans le domaine où il a quelque supériorité, veut en faire bénéficier un autre moins fortuné, celui qui donne libéralement à ceux qui en ont besoin les biens qu'il détient pour les avoir reçus de Dieu, devenant ainsi un dieu pour ceux qui les reçoivent, celui-là est un imitateur de Dieu. 7. Alors, quoique séjournant sur la terre, tu contempleras Dieu régnant dans la cité céleste, tu commenceras à parler des mystères de Dieu alors tu aimeras et admireras ceux qui sont torturés parce qu'ils ne veulent pas renier Dieu ; alors tu condamneras l'imposture et l'égarement du monde quand tu connaîtras ce qu'est vraiment vivre, quand tu mépriseras ce qu'ici-bas on appelle la mort, quand tu redouteras la véritable mort, réservée à ceux qui seront condamnés au feu éternel, châtiment définitif de ceux qui lui auront été livrés. 8. Alors tu admireras ceux qui endurent le feu d'ici pour la justice et tu les proclameras bienheureux, quand tu auras appris à connaître cet autre feu…

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26/01/2007

Dis moi l'affiche que tu regardes et je te dirai qui tu es…

Voici un texte de Jacques Ellul datant de 1947. Question : quelle est la société que nous préparons pour demain ? 

 

« Il nous suffit de regarder les affiches dans la rue et nous connaîtrons l’idéal de l’homme de notre temps. Car enfin, si on vous présente sur les affiches un type d’homme ou de femme c’est bien parce qu’il représente l’idéal de notre temps, et alors vous n’avez qu’à voir le bon Papa Kruschen qui a comme idéal d’arriver à la soixantaine grâce à sa petite dose ; le bébé Cadum et voir aussi tous les journaux qui nous présentaient les Hitlerjugend. Et maintenant les journaux nous représentent les girls américaines. Ce sont des types d’hommes qui ne sont pas tout à fait l’homme d’aujourd’hui, mais certainement l’homme de demain : un homme sain de corps, parfaitement hygiénique, vivant dans le confort le plus parfait, élevé pour le travail ».
Jacques Ellul, conférence de 1947, publiée par les Cahiers Jacques Ellul, numéro sur L’économie, sous la direction de Patrick Troude-Chastenet, L’Esprit du temps.

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