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propriété privée

  • Propriété privée et bien commun

    Sur le blog de l'Observatoire sociopolitique du diocèse de Fréjus-Toulon, Cyril Brun consacre un bon article aux rapports entre droit à la propriété privée, destination universelle des biens et bien commun.

    On constate avec satisfaction que la primauté du bien commun fait ainsi sa réappararition dans le cadre de la réflexion politique catholique. Très justement l'auteur note que le respect de la destination universelle des biens passe par la large diffusion de la propriété privée. Un rapport paradoxal, que Cyril Brun met bien en évidence, comme avant lui l'école distributiste, avec Chesterton et Belloc, ou en France les travaux de Louis Salleron, notamment avec son livre Diffuser la propriété


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    Voici un extrait du texte de Cyril Brun : 

    Tous les biens terrestres appartiennent en commun et indistinctement à tout le genre humain. Ils sont à la disposition de tous selon les principes de la justice et de la charité. Ce qui faisait dire à saint Basile : « mon superflu est le vol du nécessaire des autres. » Les biens terrestres doivent en effet servir au bien de tous et à procurer à ceux qui sont dans le besoin des conditions de vie plus humaines. Ils sont destinés à satisfaire les besoins de tous les hommes. En effet, « avec la terre, la principale ressource de l’homme, c’est l’homme lui-même. » Par-là Jean-Paul II signifie que le bien par excellence qui est destiné à tous c’est l’homme lui-même. Aussi la tâche primordiale, qui commande tout développement humain, est-elle d’éveiller l’homme à lui-même, par l’éducation afin qu’il puisse faire un usage responsable de sa liberté. Au plan international, ce principe fonde l’étroite solidarité des peuples dans la mise en œuvre des richesses du monde pour un mieux-être de l’humanité. Ainsi, un État ne peut-il refuser sans cause juste et raisonnable l’accès de son territoire à des étrangers privés de ressources. Mais l’accueil ne peut se faire au détriment de l’équilibre et du bien-être du pays. « Il s’agit, rappelait Pie XII en 1941, de réaliser une meilleure distribution des hommes sur la surface que Dieu a créée et préparée pour l’usage de tous. » À l’intérieur même d’une nation, il faut « ramener aux exigences du Bien Commun et aux normes de la justice sociale la distribution des ressources du monde. » (Quadragesimo AnnoOr cela passe donc par une plus large diffusion de la propriété privée. En effet, seule l’extension à tous de la propriété privée rendra possible la réalisation du droit qui concède à tous l’usage des biens matériels. Mais ne nous trompons pas, ce droit à la propriété privée est second. Il n’est qu’un moyen de réaliser le droit premier et fondamental de la destination universelle des biens.

     

     

  • Hilaire Belloc, distributisme et propriété privée (VIII)

    a3cb24849190bfa32408241acb1d5472.jpegSuite de la présentation du chapitre II de An essay on the restauration of property de Hilaire Belloc dans lequel l'auteur discute les avantages des grandes unités de production. On notera l'aspect visionnaire de son analyse concernant le pouvoir de la publicité. Visiblement, Belloc sentait venir la société de consommation, même s'il ne pouvait pas encore en prévoir la forme précise. Plusieurs décennies après, cette réflexion sera poursuivie par E.F. Schumacher qui montrera, en écho au principe de subsidiarité, la nécessité des petites unités de production, et même, ce qu'il baptisera les technologies intermédiaires, susceptibles selon lui à la fois de permettre le développement sans détruire le tissu social et humain. 

     

    Au prix de la liberté ?
    Belloc s'attache surtout à montrer que certains de ces avantages de la grande unité de production ont surtout conduits dans les faits – il prend l'exemple des petits producteurs de lait et des petits commerçants – à une diminution de la liberté, rendant les producteurs et les commerçants esclaves du salaire. Il estime également que ces avantages conduisent au monopole avec toutes les conséquences qu'une telle situation génère. De manière visionnaire, il critique la publicité dont il sent bien que les effets sur le consommateur sont énormes. Dans une société urbaine, soumise à une éducation d'État, on obéira facilement à la suggestion de la publicité, malgré son caractère insensé et arbitraire. Par ce biais, un marché peut être créé de toute pièce, sans répondre directement à une nécessité ou à une demande. Et, inévitablement, cette présence accrue de la publicité entraînera une baisse de la qualité des produits. Car, ainsi, on entre dans un système économique, dans lequel il faut toujours vendre plus. Pour vendre plus, il faut donc que les produits soient rapidement renouvelables. Notons que nous sommes aujourd'hui, exactement dans ce type de système et de société. Là où nos ancêtres entendaient fabriquer des produits durables, nous faisons exactement le contraire, pour alimenter en permanence le système de croissance.
    Concernant la facilité de crédit, Belloc constate que la grande entreprise est favorisée. Elle l'est parce qu'elle peut négocier des taux d'intérêts spéciaux; parce qu'elle peut payer la banque plus facilement; parce que la négociation se déroule entre deux « grandes entreprises ». Mais le prix vient de l'accroissement du pouvoir des banques. Ce sont elles qui finissent par imprimer la marque et le sens de l'économie et, plus largement de la société. Le problème de la ploutocratie n'appelle pas selon lui une grande démonstration. Elle est une évidence, favorisée qu'elle est par le système parlementaire. Il penche donc, de ce point de vue -là, pour la monarchie active, seule capable de faire pression sur les féodalités d'argent.
    Belloc ne semble pas répondre directement ou en totalité aux arguments en faveur de la grande propriété. Il y a là une tournure paradoxale. Il ne nie pas, en effet, certains de ses avantages ou de ses effets, dans le cadre d'un système favorable à la propriété concentrée. Mais justement ! Il estime, au regard des principes affirmés dans le premier chapitre, qu'à chaque fois ces arguments favorisent une minorité au détriment de la majorité des petits propriétaires, devenus une espèce en voie de disparition, aliénée à un système qui l'empêche d'exercer pratiquement sa liberté. 

     

    Plus largement, sur le distributisme, signalons une réalisation basque, influencée notamment par ce courant. Denis Sureau en parle sur son blog en écho à un article de Challenge : c'est ici.  

     

    À suivre… (pour les courageux…). 

  • Hilaire Belloc, distributisme et propriété privée (VII)

    cacb2beb6b796870c1552736df31f0c8.jpegAvant de donner la suite de l'essai de Hilaire Belloc sur la propriété, occasion de plusieurs textes sur le sujet (voir le début ici), petite précision générale. Les chapitres de An essay on the restauration of property ne portent pas de titre. Chacun pourtant est consacré à une question spécifique. L'ensemble est composé de sept chapitres. Le premier chapitre posait les fondements de la réflexion de Belloc et indiquait les limites de celle-ci ainsi que les conditions nécessaires à une restauration large de la propriété privée. Désormais, Belloc va entrer dans la discussion d'une question particulière. À chaque fois, le début de son chapitre va indiquer le sujet qu'il développe ensuite au long de sa réflexion.
     
    Dans le chapitre II, il s'agit encore de répondre (rapidement) à quelques objections. Belloc commence par deux arguments avancés par les socialistes :
    1°) le premier lie capitalisme industriel et propriété privée;
    2°) le second estime que la vision distributiste est juste dans une société pré-industrielle et fausse dans l'ère industrielle et, ajoutons, dans l'ère post-industrielle.
    Belloc estime que ces objections sont historiquement et philosophiquement fausses. Selon lui, la propriété privée a été historiquement confisquée ou détruite parce que les conditions de son existence ont été anéanties. Les conséquences de ce fait sont doubles :
    – développement de la ploutocratie au plan politique;
    – essor du capitalisme au plan économique.
    Pour lui, au regard de l'histoire de l'Angleterre, une sorte de prolétariat existait déjà vers la fin de ce qu'on appelle le moyen âge. Il affirme ainsi que le premier grand coup porté fut la destruction des Guildes est la saisie de la propriété universitaire, à l'époque de la Réforme. Par ailleurs, il récuse l'affirmation selon laquelle le machinisme ait favorisé automatiquement le capitalisme. Belloc n'est clairement pas un luddite (sur ce sujet, voir ici, et ). Postulant que l'homme contrôle les machines, il estime qu'une partie de celles-ci ont, en effet, permis une plus grande centralisation pendant que l'utilisation d'autres a favorisé une plus grande décentralisation.

    Sept étranges raisons
    Par la suite, Belloc s'attache surtout à énumérer les sept arguments par lesquels une société saine, normalement humaine, où la propriété est largement distribuée, peut dégénérer en une société où les moyens de production sont contrôlés ou confisqués par un petit nombre.
    1°) plus une unité de production est grande moins elle est coûteuse au plan des frais généraux. La seule limite serait la difficulté d'organisation, de plus en plus surmontée par la pratique et le développement d'organisations perfectionnées.
    2°) plus une unité de production est grande, mieux elle peut investir dans l'achat de machines ou dans la publicité.
    3°) plus une unité de production est grande, plus les banques lui feront confiance et lui feront crédit;
    4°) plus une unité de production est grande, plus elle diminue ses coûts et peut vendre à prix réduit.
    5°) Plus une unité de production est grande, mieux elle peut accumuler du capital.
    À partir de là, Belloc semble changer de registre. Il passe de la considération de la grande unité de production aux effets de la ploutocratie. Il ne faut pas oublier que pour lui la ploutocratie est la traduction politique du « big is better » au plan économique.
    6°) puisqu'une fois établie la ploutocratie favorisera des lois entrant dans sa logique, autant préférer dès maintenant les grandes unités de production.
    7°) Une fois établie, la ploutocratie corrompra la justice, autant préférer dès maintenant les grandes unités de production.

    Ces deux derniers arguments sonnent étrangement puisqu'ils laissent entendre qu'il faut se rallier à un régime politico-économique en fonction de ses maux après son établissement. En fait, Belloc présente ici, en résumé, les arguments de ses adversaires, se laissant entraîné par la fatalité ou le sens de l'histoire, souvent rebaptisé, dans la sphère non marxiste, progrès.
     
     
    À suivre…