Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

john senior

  • Et si nous lisions les classiques cet été ?

     

    VirgileAu début du siècle dernier, l’université américaine a été touchée par le mouvement des Grands Livres. De quoi s’agissait-il ? Dans une perspective interdisciplinaire, ce programme invitait les étudiants à lire les grands textes de la tradition occidentale afin d’acquérir une base culturelle indispensable mais aussi de puiser dans l’expérience morale des siècles passés. Pour le professeur Mortimer Adler de l’université Colombia, un grand livre se caractérisait par le fait qu’il offrait des éléments de réflexion par rapport aux problèmes contemporains, que sa lecture pouvait être sans cesse reprise sans que l’intérêt s’épuise et, enfin, qu’il reflétait les grandes questions qui avaient toujours agité l’humanité. Une liste (forcément discutable) avait été mise au point, proposant aussi bien Platon, Aristote, Homère ou Virgile (photo) que Shakespeare, Voltaire, Corneille ou Chaucer. On y trouvait aussi des œuvres de saint Augustin, de saint Thomas d’Aquin ou de Martin Luther. Dans un essai paru aux États-Unis, puis traduit en français, Jacques Maritain avait salué l’effort du mouvement des Grands Livres dans lequel il voyait « le moyen d’éducation primordial ».

    Dans les années soixante-dix, le professeur John Senior, ancien élève de Columbia, alors enseignant à l'université de Kansas, a dressé le constat de l’échec de cet effort. Non, parce que l’idée était mauvaise en soi, mais parce que proposée aux étudiants, elle arrivait trop tard. L’imagination encombrée, l’intelligence déviée dès le plus jeune âge, les étudiants n’arrivaient pas à en tirer un réel profit. D’une certaine manière, la situation est pire aujourd’hui et explique aussi bien les erreurs anthropologiques de nos contemporains que leur capacité à se laisser mouvoir par la propagande.

    C’est pourquoi, sans lui donner l’ampleur de l’époque de Colombia, ne serait-il pas malgré tout utile de reprendre chacun pour soi-même quelques idées de ce mouvement ? Entre le dernier Marc Lévy et un dialogue de Platon ou un texte de Virgile, choisissons l'un de ces derniers cet été. Il faudra faire un effort au début mais la récompense sera au rendez-vous. Entre le dernier livre de spiritualité à la mode et nos grands auteurs spirituels,  saint François de Sales ou sainte Catherine de Sienne par exemple, n’hésitons pas non plus. Nous y gagnerons personnellement et nous favoriserons autour de nous le terrain de la reconquête spirituelle et culturelle. 

  • Le bien ne fait pas de bruit (IHP-2)

    296272235.jpgJ’ai évoqué récemment à l’occasion de la nomination de Mgr James D. Conley, le professeur John Senior et le travail remarquable mené à l’Université de Kansas par l’Integrated Humanities Program (IHP) dont il était l’un des co-fondateurs.
    Mgr Conley n’est pas le seul évêque à avoir bénéficié de l’enseignement de John Senior qui resta toute sa vie de catholique fidèle à la messe traditionnelle ou, selon la formule actuelle, à la forme extraordinaire.
    Mgr Paul S. Coakley, évêque de Salina (Kansas) ne cache pas sur son site (ici) qu’il fut l’élève de John Senior à l’IHP. Il indique également qu’il fit une tentative de vie religieuse à l’abbaye Notre-Dame de Fontgombaul (France) comme nombre d’élèves du professeur Senior. Celui-ci raconte d’ailleurs les visites à cette abbaye dans La Restauration de la culture chrétienne (DMM), rappelant le rôle fondamental du monachisme bénédictin dans l’histoire chrétienne et pour l’avenir de la société.
    Né en Virginie en 1955, Mgr Coakley a vécu en Louisiane et au Kansas. Après sa tentative à Fontgombault, il est revenu aux États-Unis en 1978 pour suivre des études au diocèse de Wichita. Il a également étudié à Rome, en compagnie de deux autres anciens de l’IHP : le révérend David Rabe et celui qui est aujourd’hui Mgr Conley. Ordonné prêtre en 1983 pour le diocèse de Wichita dans lequel il est resté pendant 21 ans, il a été nommé évêque de Salina le 21 octobre 2004 puis ordonné et installé comme évêque de Salina le 28 décembre de la même année. Sa devise épiscopale est Duc in altum.
    Discret, homme profondément spirituel, Mgr Coakley appartient au groupe des évêques américains qui refusent la communion aux hommes politiques notoirement favorables à la culture de mort.


  • John Senior et l'IHP (1)

     L'annonce de la nomination de Mgr James D. Conley comme évêque de Denver (USA) m'a conduit à expliquer pourquoi cette nouvelle constitue un signe positif en raison des liens du nouvel évêque avec l'œuvre de John Senior (1923-199). Peu connu en France, ce dernier méritait d'être présenté, ce que j'ai fait ici et . Je complète cette présentation par une explication du travail réalisé au sein « Integrated Humanities program » (IHP) de l’Université de Kansas, dans le texte ci-dessous. 

     

    1006723336.jpg1973487378.jpgPeut-on changer les choses en enseignant les Humanités ? Pour incongrue qu’elle paraisse, la question mérite d’être posée au regard de l’expérience menée dans les années soixante-dix par le professeur John Senior à l’Université de Kansas. Changer le cours des choses, voire du monde ? Assurément, John Senior aurait été étonné de voir attribuer à son travail de professeur une telle ambition. Plus simplement, il entendait accomplir son devoir d’état d’enseignant de la meilleure façon, en relation constante avec la vérité. Au fond, ce n’est que depuis quelques années que les Américains puis les Européens se rendent compte que ce faisant il a peut-être accompli une œuvre profonde de restauration.
    Cette œuvre porte un nom : « Integrated Humanities program » (IHP) de l’Université de Kansas.
    Tout commence en 1971, à une époque particulièrement troublée pour les universités américaines. C’est l’heure du grand chambardement, de la révolte étudiante sur fond de refus de la guerre du Vietnam, de la contestation érigée en règle morale, de la drogue et de la libération sexuelle. À l’université de Kansas, les étudiants se plaignent aussi d’être enseigné par des vacataires et de subir un programme très fragmenté sans aucun lien avec les questions fondamentales de l’existence. Cette année- là, trois professeurs John Senior, Dennis B. Quinn (photo de gauche) et Franklyn C. Nelick (photo de droite) mettent donc au point un programme d’enseignement des Humanités.

    Une méthode curieuse
    La méthode de ces trois professeurs est curieuse. Elle n’est ni révolutionnaire ou moderne, ni conservatrice. Il ne s’agit pas d’amphi où les étudiants peuvent se transformer en professeur ou remettre en question l’héritage passé. Il ne s’agit pas non plus d’un cours magistral. D’abord éducateurs, les trois professeurs de l’IHP ont saisi que les bouleversements étudiants sont le reflet d’une crise profonde, d’une quête de sens, de jeunes bousculés par la modernité et ses contemporaines incarnation. Ils savent qu’il faut d’abord impérativement répondre à cette soif profonde. Il sera toujours temps ensuite d’apprendre les techniques pour être un bon ingénieur, un bon fermier ou un bon journaliste. Au préalable, il faut apprendre d’abord à être un homme, au sens plein du terme. Élementaire ? Oui, élémentaire bon sens, sauf que personne n’y pense et n’y songe, et que l’enseignement se réduit souvent à un bourrage de crâne de notions diverses et variées, transmises et intégrées sans ordre. Or, le propre du sage, explique saint Thomas d’Aquin, est d’ordonner.
    Comment faire lorsqu’on est simplement professeur d’université ? Proposer de puiser dans la grande expérience de l’humanité qui se trouve dans les grands classiques. Recourir à cette somme et à cette richesse à la portée de tous. À partir du moment où l’on ouvre la porte pour pénétrer dans ce domaine. À partir du moment où l’on donne le goût de lire et d’approfondir.

    Surtout ne pas prendre de notes
    L’enseignement à l’IHP se déroulait de manière simple. Il y avait des cours magistraux, mais les étudiants ne devaient pas prendre notes. Ils leur étaient tout simplement interdit d’écrire. Ils devaient… écouter. Ils devaient réapprendre à exercer leurs sens externes et internes (entendre, voir, mémoriser, imager). Deux fois par semaine, pendant une heure et vingt minutes, ils assistaient au spectacle unique d’entendre la conversation qui se déroulait devant eux entre John Senior, professeur de littérature classique et Quinn et Nelick, professeurs d’anglais.

     

    1326202988.jpg

    L'amphi Smith 

    De quoi parlaient-ils ? Il ne s’agissait pas d’un café du commerce, mais d’une conversation partant de l’Odyssée d’Homère ou de La République de Platon et établissant des liens et des connexions avec d’autres œuvres classiques. La matière de l’enseignement était donc la littérature classique, l'histoire et la philosophie. Aux témoignages des étudiants, ce spectacle était fabuleux et le silence régnait dans la salle sauf quand les étudiants partaient en de véritables éclats de rire… Silence et rire, un réapprentissage utile dans une époque qui se prenait trop au sérieux tout en oubliant la valeur de la contemplation.
    Entre deux conférences, le mardi et le jeudi, des groupes d’étudiants se réunissaient pour retenir par cœur des poèmes. Ils se retrouvaient aussi avec leurs professeurs la nuit pour contempler les étoiles, prennaient des cours de calligraphie, apprenaient des chansons anciennes, dont des chansons à boire, qu’ils chantaient en chœur. Le but était de rééduquer les sens pour offrir à ces étudiants des villes la possibilité de rencontrer le réel. Chaque printemps, un grand bal rassemblait élèves, professeurs et parents pour danser des valses. Les filles s’habillaient avec leur plus belle robe, de préférence fabriquée par leurs soins ; les garçons louaient un habit de soirée, dans la plus pure tradition anglo-saxonne.

    Retrouver un mode d'être
    On l’aura compris, il s’agissait avant toute chose de retrouver un mode d’être et de transmission de l’enseignement plutôt que d’acquérir un grand nombre de connaissances. Le modèle était directement l’enseignement du moyen âge, avec les arts libéraux et la lectio médiévale à voix haute qui donne l’occasion au professeur de livrer un commentaire en direct. Le sens des nuances était donné directement par le ton employé par le professeur. Les trois professeurs aimaient à utiliser l’analogie du groupe de jazz classique improvisant sur un thème bien connu. C’est exactement ce qu’ils faisaient. Et, bien sûr, les étudiants avaient l’occasion de poser des questions après les cours, de rencontrer les professeurs et de nouer des amitiés profondes. C’est ainsi qu’un nouvel évêque américain a eu John Senior comme parrain lors de son entrée dans l’Église catholique. Il faut dire que la devise de l’IHP était « nascantur in admiratione ».

    La haine du laïcisme

    Pourquoi l’IHP est-il mort ? En raison de son succès et de la haine du laïcisme. Pour aller aux sources de la civilisation occidentale, un voyage était chaque année organisée. En Irlande ou en France, par exemple. C’est ainsi que les étudiants découvrirent l’abbaye Notre-Dame de Fontgombault et que certains choisirent d’y rester. C’en était trop. L’administration fit tout pour tuer cette source de conversion à la vérité catholique.


    1856222184.jpg
     
    Ci-dessus : le journal The Kansas City Times symbolise le problème posé par l'IHP :
    des hippies se transforment au point de devenir des moines. Intolérable pour le laïcisme.

     

     

    1812150484.jpg

     Le symbole de l'IHP

    Annexe :

    La brochure de l'IHP pour l'année universitaire 1976 indique la liste de livres suivantes :

    Semestre I
    L'Odyssée et L'Iliade d'Homère
    La République de Platon
    Les Fables d'Ésope
    Les Guerres médiques d'Hérodote
    L'Orestie d'Eschyle

    Semestre II
    L'Énéide de Virgile
    La guerre des Gaules de Jules César
    Vies parallèles de Plutarque
    De natura rerum de Lucrèce
    De Officiis de Cicéron

    Semestre III
    Le Nouveau Testament
    Les Confessions de saint Augustin
    La Chanson de Roland
    Mémoire sur les croisades
    Sir Gauvain et le chevalier vert
    Consolation de la philosophe de Boèce
    Les Fioretti de saint François
    Les contes de Canterbury de Chaucer

    Semestre IV

    Don Quichotte de Cervantès
    Autobiographie de Cellini
    Henry IV de Shakespeare
    Hamlet de Shakespeare
    Méditations de Descartes
    Dialogues sur la religion naturelle de Hume
    Ivanhoé de Walter Scott
    Réflexions sur la révolution française de Burke
    Sélections sur l'éducation de Newman et Huxley

     

     

    609495210.jpg

     

    L'écusson de l'IHP