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crise

  • Le Saint-Siège et la crise financière

    Au nom du Saint-Siège, le Conseil pontifical Justice et Paix a tenu à émettre des propositions en vue de la conférence de Doha (Qatar), organisée par les Nations unies sur le financement au développement, qui se tient depuis le 29 novembre et jusqu'au 2 décembre.Un travail intéressant dont les échos, donnés par l'agence Zénit, méritent d'être médités. Vous n'en avez pas entendu parlé dans les grands médias ? Normal, l'Église dérange lorsqu'elle refuse d'être limitée à la sacristie.

    Dans cette Note, le Conseil pontifical invite les organismes internationaux à  « repenser le système financier international ». But de cette réflexion  : que la finance retrouve sa vraie nature qui consiste à servir le développement et le bien commun.
    Dans son constat, trois éléments principaux ressortent de la Note pontificale :
    1°) la crise financière révèle une crise de confiance;
    2°) l'une des causes principales de la crise vient de « l'utilisation excessive du 'levier' financier par les opérateurs, et (du) manque de considération accordée aux éléments de risque que cela implique »
    3°) enfin, le Saint-Siège, estime que la recherche du gain à très court terme entraîne une subversion de la finance. Elle ne sert plus à soutenir le développement économique, mais trouve sa propre finalité en elle-même, sans s'interroger sur les conséquences possibles.

    Le Saint-Siège n'hésite pas non plus à dénoncer  très clairement les « paradis fiscaux ». Ils ont « permis un réseau de pratiques économiques et financières démentes : fuites de capitaux aux proportions gigantesques, flux ‘légaux' motivés par des objectifs d'évasion fiscale et canalisés à travers la sur /sous facturation des flux commerciaux internationaux, recyclage de fonds issus d'activités illégales ».
    Les conséquences sont elles-mêmes bien précisées. Les paradis fiscaux ont :

    – favorisé les revenus les plus élevés, qui peuvent échapper au contrôle fiscal dans leurs propres pays;
    – pénalisé les petits revenus, soit les travailleurs et les petites entreprises.

    Pourquoi une telle crise ?

    Pour le Conseil pontifical Justice et Paix, « Certaines autorités, en particulier dans les pays financièrement plus développés, ont renvoyé des choix ponctuels, sous prétexte d'avantages économiques, dus à l'existence d'une industrie financière forte sur leur sol, qui ne durent que le temps de l'euphorie financière ».

    Comment sortir de la crise ?

    Premièrement, l'examen de conscience est nécessaire. « Comment en est-on arrivé à cette situation désastreuse, après une décennie pendant laquelle se sont multipliés les discours sur l'éthique des affaires et de la finance et que s'est répandue l'adoption de codes éthiques ? ». Le Saint-Siège souligne également la nécessité de tenir en compte le fait qu' « on en est arrivé à cette situation financière critique d'aujourd'hui après une longue période pendant laquelle, pressés par l'objectif immédiat d'atteindre des résultats financiers à court terme, on a perdu de vue la dimension propre de la finance », sa vraie nature, qui est d' « utiliser l'épargne de préférence là où celle-ci favorise l'économie réelle, le bien-être, le développement de l'homme et de tous les hommes ».

    Deuxièmement, « Le plus urgent n'est pas toujours le plus important ! » Au contraire, ajoute le texte, « repenser les priorités est d'autant plus nécessaire que la situation est devenue plus difficile ».

    Troisièmement, un nouveau pacte international en matière de finance et de fiscalité, pour favoriser le retour à la confiance et à la transparence, est nécessaire. « Les marchés financiers ne peuvent opérer sans la confiance ; et sans la transparence et sans règles il ne peut y avoir de confiance. Le bon fonctionnement du marché exige une intervention importante de l'Etat, et le cas échéant, celle de la communauté internationale, qui doit fixer et faire respecter des règles de transparence et de prudence ».
    Mais, ce nouveau pacte et cette intervention de l'État ne seront pas suffisants. Il faut qu'émerge une « conscience morale bien formée ». Les lois et les règlements à eux seuls ne peuvent garantir le fonctionnement de l'économie. « Aucune intervention de régulation ne peut ‘garantir' son efficacité en faisant abstraction de la conscience morale bien formée et de la responsabilité quotidienne des opérateurs du marché, en particulier celles des entrepreneurs et des grands agents financiers ».

    Le salut ne vient jamais seulement de l'extérieur souligne le Conseil pontifical Justice et paix. C'est pourquoi, « il faut atteindre l'être moral plus profond des personnes, il faut une réelle éducation à l'exercice de la responsabilité vis-à-vis du bien de tous, de la part de tous les sujets, à tous les niveaux : agents financiers, familles, entreprises, institutions financières, autorités publiques, société civile ».
    Cette éducation peut s'appuyer sur la doctrine sociale de l'Église qui promeut le bien commun universel, la destination universelle des biens, la priorité du travail sur le capital.

     

    Le document n'est disponible pour l'instant qu'en italien : ICI.

  • Le bipartisme et la crise financière

    L'article que je mets en ligne ici est signé Rod Dreher. À son sujet, on pourra consulter les archives de ce blogue. J'ai, en effet, évoqué Dreher à plusieurs reprises et il a fait l'objet de discussions animées. Son article date du 3 novembre, la veille des élections américaines. Publié dans La Presse de Montréal (ici), il souligne un aspect que l'élection de Barack Obama n'a pas changé et qu'elle ne changera pas. Mutatis mutandis, nous vivons de ce même drame en France. Ce drame, c'est la confiscation de la vie politique d'un pays par deux partis, confiscation qui peut être dramatique lorsqu'elle débouche sur la crise financière. À l'occasion de la réédition de The Party system d'Hilaire Belloc et de Cecil Chesterton, j'avais déjà évoqué ce sujet. Là encore, les archives de Caelum et Terra en conservent des traces. En attendant, voici l'analyse de Dreher.

     

     

    Si Barack Obama gagne les élections de demain, comme cela semble probable, la raison principale en sera l'état horrible de l'économie. En fait, John McCain avait de bonnes chances de victoire jusqu'à ce que l'octobre noir de Wall Street détruise sa campagne.

    Lorsque surviennent des périodes économiques difficiles, c'est généralement le parti qui occupe la Maison-Blanche qui porte le blâme. Et c'est bien dommage pour McCain, qui a été l'un des conservateurs les plus responsables sur le plan fiscal à Washington (il faut convenir qu'il s'agit d'une distinction discutable, comme d'être surnommée la meilleure ballerine à Calgary).

    La présente crise économique n'est pas seulement imputable au Parti républicain, mais McCain ne tirera pas grand avantage à dire cela. Les démocrates doivent aussi assumer une bonne partie du blâme. Ce désastre est le fruit du bipartisme.

    En 1992, Bill Clinton a remporté la présidence après 12 ans de règne républicain grâce à un programme «Nouveau Démocrate», qui réconciliait la gauche avec le capitalisme de marché libre. Clinton a retenu les services d'Alan Greenspan, le président de la Réserve fédérale américaine (Fed), que l'establish-ment de Washington considérait presque à l'égal d'un dieu. Les marchés boursiers s'envolèrent. Ni Greenspan le Grand ni les magiciens de Wall Street ne pouvaient errer.

    En 1998, une dirigeante de l'autorité réglementaire gouvernementale du secteur financier vint voir Greenspan et deux autres grands responsables de l'équipe économique de Clinton. Elle lança l'avertissement suivant: l'absence de réglementation du marché des produits dérivés représentait une menace pour tout le système financier. D'après The New York Times, les trois hommes l'envoyèrent paître et ils convainquirent le Congrès qu'il n'y avait pas de souci à se faire.

    Deux années plus tard, le Sénat adopta à l'unanimité une loi rendant illégale la réglementation des swaps sur défaillance. Le président démocrate apposa sa signature, et le document devint loi.

    Au coeur du désastre financier

    Les produits dérivés de même que les swaps sur défaillance se retrouvent maintenant au coeur du désastre financier. Comme l'a souligné en 2002 Joseph Stiglitz, Prix Nobel d'économie et qui fut aussi un grand conseiller de Clinton, il y avait tant d'argent répandu par Wall Street à Washington, dans les années 90, que les politiciens accordèrent aux hommes obsédés par l'argent tout ce qu'ils voulaient.

    Cette capitulation bipartite au profit des élites financières s'est poursuivie sous le nouveau président, George W. Bush. En 2004, les cinq membres du comité gouvernemental responsable de la réglementation des marchés boursiers, trois républicains et deux démocrates, ont répondu favorablement à une demande des cinq plus importantes banques d'affaires leur permettant d'ignorer les règles existantes qui limitaient l'ampleur de la dette que leurs divisions de courtage pouvaient assumer. Cette requête fut accordée sans un seul vote dissident.

    Les cinq banques d'affaires coururent alors des risques complètement fous. À cause de leur imprudence, deux de ces banques se sont effondrées cette année (Bear Stearns et Lehman Brothers), deux se sont vendues et ont abandonné les activités de courtage pour survivre (Morgan Stanley et Merrill Lynch) et une, Goldman Sachs, s'est transformée en banque ordinaire. Sic transit gloria Wall Street.

    La semaine dernière, Greenspan a admis qu'il n'avait pas imaginé que les élites de Wall Street puissent se comporter d'une manière si stupide avec l'argent des investisseurs. La nation attendra en vain des confessions des politiciens de Washington qui leur ont laissé la bride sur le cou.

    Si demain les électeurs américains rendent le Parti républicain responsable de cette catastrophe, le résultat sanglant sera juste, mais incomplet. Lorsque les gens se rendront compte que les méchants n'appartiennent pas à un seul parti, mais qu'ils comprennent plutôt toute la classe de leaders à Washington, nous assisterons à une révolte populaire de la base des deux partis, s'il y a quelque justice en ce monde.

    Oui, citoyens, demain sera l'heure du tombereau pour les républicains condamnés. Mais si j'étais un membre démocrate du Congrès, je ne serais pas si empressé de dire que le jour de gloire est arrivé.

    L'auteur est éditorialiste au Dallas Morning News.