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  • Une introduction au distributisme (2)

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    Mais le distributisme souffrit aussi d’un autre handicap qui, pour beaucoup, lui échappait. Né au début du XXe siècle dans une Angleterre souffrant directement d’une rapide et violente industrialisation, il allait très vite être étranglé par l’affrontement qui opposait de plus en plus la démocratie capitaliste, le communisme soviétique et le fascisme dans toutes ses composantes. Avec ces derniers, il avait en commun de prétendre proposer une troisième voie, ce qui allait lui nuire avec la victoire des « démocraties » en 1945, la facilité et la propagande l’associant à l’ennemi d’hier. Opposé au capitalisme, représenté par l’Ouest et au socialisme étatique, qui régnait à l’Est, le distributisme fut la victime de la bipolarisation constitutive de la Guerre froide. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il n’y avait pas de place pour un troisième terme dans la guerre opposant les démocraties aux fascismes. Il n’en eut pas davantage dans le conflit de la Guerre froide entre libéralisme et communisme. Celui-ci s’acheva en 1989 par la victoire par K.O. du libéralisme qui imposa dès lors son hégémonie. La fin de l’Histoire était arrivée et le distributisme appartenait plus que jamais à ses oubliettes.

    Pourtant, la raison ultime qui laissait croire à une mort définitive allait être celle qui devait permettre une certaine résurrection du distributisme. Très vite, l’hégémonie libérale emportait avec elle les dernières protections des peuples et des nations. Facilitée par le développement fulgurant des moyens de communication et de transports, légitimée moralement par le besoin de paix des vieilles nations sorties exsangues du second conflit mondial, la mondialisation bousculait les modes de vie, déplaçait les populations, renversait les frontières, au nom d’une réussite économique devenue le seul critère de la vie sociale, portée par une philosophie ultra-matérialiste s’appuyant sur une conception infinie du progrès. Si pour les grandes multinationales, le résultat fut généralement positif, ce ne fut pas le cas pour les peuples et les nations. Les premiers découvraient l’écart de plus en plus grand qui se creusait entre les riches et les pauvres. Ils voyaient disparaître leurs campagnes et la ruralité tout comme l’artisanat, soumis lui aussi au déplacement des populations. Ils apprenaient à vivre dans une instabilité perpétuelle qui leur était présentée comme un progrès et un nouveau mode de vie. Ils devaient accepter le fait qu’ils étaient nés pour consommer et, qu’entre travail et loisir, leur horizon s’appelait désormais supermarché, lieu non seulement d’échanges économiques de base mais également lien social entre les familles et les individus. Quant aux secondes, elles devaient réaliser que leur souveraineté était appelé à disparaître au profit de grandes structures supra-étatiques, conciliant enfin organisation de la vie sociale et loi du marché.

    Les réactions se firent assez vite sentir et elles prirent des aspects divers : installation de l’écologisme, résurgence de l’ultra-gauche, développement du populisme et des communautarismes, etc. Face à un tel éventail alternatif de plus en plus grand, allant des préconisations les plus folles aux solutions les plus inventives, certains se souvinrent d’une vieille théorie portée naguère par des écrivains catholiques et qui avait pour elle de ne pactiser en rien avec les deux grands systèmes qui avaient conduit le monde à la faillite humaine, sociale, économique et politique. Revisités, leurs écrits apparurent d’un coup prophétiques malgré l’enveloppe du temps. Leur refus de l’industrialisme, de la société et des valeurs modernes, du machinisme, de la consommation et leur préconisation du retour à la vie rurale, aux Guildes et à l’artisanat, dans une société de propriétaires, semblaient certes utopiques dans le cadre d’un monde qui avait définitivement tourné le dos à une vie stable et organique. Mais, en même temps, cette utopie même semblait répondre à certaines aspirations contemporaines qui se faisaient jour à travers l’émergence de la décroissance, de l’écologie, du désir d’échapper à l’anonymat des grandes mégapoles, de l’aspiration à une vie simple et responsable ou encore de l’anti-globalisme. Avant d’autres, ils avaient perçu que l’économie de marché n’avait pas seulement la prétention d’organiser la vie économique, mais qu’elle prenait possession de la vie sociale dans sa totalité.


    © Philippe Maxence

  • Une introduction au distributisme (1)

    Nous commençons ici la publication d'une introduction au courant distributiste illustré dans le monde anglo-saxon par des écrivains comme G.K. Chesterton et Hilaire Belloc. 

     

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    Objet de débat aux États-Unis, à la fois parmi certaines aulas universitaires, dans la presse catholique dont les meilleures plumes sont capables de se déchirer à son sujet ou encore sur le réseau Internet qui offre des agoras démultipliées, référence intellectuelle en Angleterre et en Australie, inspirateur de certains mouvements politiques en Europe de l’Est, le distributisme reste un parfait inconnu en France et dans les pays francophones. Si l’on évoque auprès du public français le terme de distributisme, celui-ci renvoie instinctivement à l’idée d’une certaine forme de socialisme et d’un État qui redistribue aux habitants du pays ce qu’il a acquis lui-même par l’impôt ou la confiscation. Ce réflexe, lié à la consonance même du mot, trouve d’ailleurs une vérification historique à travers la pensée de Jacques Duboin (1878-1976).

    Sous le terme « d’économie distributive », ce député français du siècle dernier avait théorisé la nécessité de passer de l’économie de l’échange à l’économie de la répartition et fut à l’origine de l’idée d’un revenu social dispensé par l’État.

    Nous sommes loin, ici, du distributisme anglo-saxon dont l’écrivain anglais, G.K. Chesterton fut l’un des principaux hérauts. L’idée principale de Chesterton ne consistait pas à faire dépendre le citoyen de l’État, mais au contraire de le libérer de l’emprise étatique ou de l’emprise oligarchique pour qu’il retrouve la maîtrise de son destin, afin de lui permettre d’exercer concrètement sa liberté et ses responsabilités dans les domaines qui dépendent directement de lui.

    Ainsi entendu, le distributisme repose en fait sur une conception globale de la société, laquelle s’appuie sur la famille et permet à l’homme à travers un certain nombre de moyens, dont la propriété privée, d’exercer concrètement et directement sa responsabilité d’homme, pour retrouver ainsi les chemins d’une vraie liberté. À ce titre, le distributisme refuse autant le socialisme étatique qui confisque la propriété des moyens de production au profit de l’État que le capitalisme monopolistique qui réduit la propriété des moyens de production seulement au profit de quelques-uns. Chesterton l’expliquera à G.B. Shaw dans un débat public qui opposait les deux amis : « la personne qui possède une terre la contrôle directement et réellement. Elle possède réellement les moyens de production. De même pour l’homme qui possède une machine. Il peut l’utiliser ou ne pas l’utiliser. Celui qui possède ses outils ou qui travaille dans son propre atelier possède et contrôle d’autant ses moyens de production ». (Do we Agree ? Chesterton/Shaw).

    Inconnu ou incompris à la fois parce qu’il est d’origine anglo-saxonne et qu’il manifeste dans l’esprit français le contraire de ce qu’il est, le distributisme rencontre d’autres handicaps plus fondamentaux liés à sa propre histoire et à celle du monde. Paradoxalement, s’il bénéficia de la voix de grands écrivains comme G.K. Chesterton et Hilaire Belloc, il fut aussi déconsidéré par cette même raison qui le faisait connaître du grand public de cette époque.

     

    © Philippe Maxence

  • Le distributisme de Chesterton fait la Une du Washington Post et descend dans la rue à New York

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    Dans un article publié le 17 octobre dernier, et signé David Gibson, le Washington Post s’attarde à l’actualité du distributisme sous le titre éloquent : « Age-old ‘distributism’ gains new traction ».

    Hé oui, le vieil idéal, diffusé naguère par Chesterton et Belloc, mais aussi le Père Vincent McNabb ou Arthur Penty, s’offre un petit retour en force en raison d’une crise que les solutions libérales et socialistes peinent à résoudre. L’article de Gibson évoque l’Anglais Phillip Blond à l’occasion de son passage à New York pour une conférence à l’université de cette ville. Blond, après avoir été théologien, professeur d’université, proche du mouvement « Radical Orthodoxy » et de son mentor, John Milbank, puis conseiller de David Cameron, préside aujourd’hui le « think tank » ResPublica, une fondation politique qui entend influer sur les débats politiques en Grande-Bretagne.

    Image 3.pngBlond, qui a non seulement la pédagogie du professeur mais le sens des formules qui frappent, a théorisé sa pensée et sa démarche dans un ouvrage au titre percutant : Red Tory. S’il s’inspire du distributisme de Chesterton et Belloc, Phillip Blond a pris soin d’adapter les vieux principes aux problèmes de la société actuelle. C’est ce que note, à sa manière, le Washington Post qui rapporte quelques propos du président de ResPublica selon lequel le capitalisme n’a pas créé un marché libre, mais un marché fermé, détruisant en même temps le tissu social de la nation, qui laisse ainsi les individus et les familles sans liens sociaux et dépendant entièrement de l’État central. Prenant appui sur l’actualité, Blond estime ainsi que les Tea Party et les insurgés de Wall Street manifestent, chacun à sa manière, les mêmes craintes et les mêmes refus. Le refus d’un pouvoir étatique omnipotent et d’une concentration des richesses et du pouvoir dans les mains des seuls adulateurs du marché.

    À ses auditeurs américains, Phillip Blond a répété que ce qui est petit et local vaut mieux que les grands appareils gigantesques qui loin des vrais problèmes ne le règlent pas ou mal. Il a argumenté pour la subsidiarité dans une société qui retrouve ses droits tout en soulignant que l’État a un rôle à jouer dans certains domaines. Plus de société,moins d’État donc, mais un État qui remplisse effectivement les grandes tâches qui lui appartiennent et qu’il est vraiment seul capable de réaliser. Il s’agit une fois encore de libérer la société des oligarchies qui l’empêchent de vivre normalement. Un langage que New York est peu habitué à entendre…

     

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    Dans les rues de New York, justement, les insurgés découvrent un tract dont l’inspiration découle en droite ligne de la pensée politique de Chesterton. Sous le titre « Le Capitalisme est pour les riches ; Le socialisme est pour les bureaucrates », ce tract explique ce qu’est le distributisme, au-delà de son refus du libéralisme et du socialisme, concentration du pouvoir politique et économique dans les mains de quelques-uns dans le premier cas ; dans les mains de l’État dans le second.

    Il explique surtout ce qu’est positivement le distributisme, une économique humaine fondée sur la famille, s’appuyant par exemple sur les entreprises familiales ou des coopératives, soucieuse du bien vivre jusque dans le respect de l’environnement et de la nourriture. Le tract souligne que cette forme d’économie est déjà mise partiellement en application par des milliers de petites entreprises familiales, des banques de microcrédit, des associations coopératives d'épargne et de crédit ou à plus grandes échelles par des entreprises comme les coopératives Mondragon en Espagne ou les coopératives d’Emilie-Romagne en Italie.

    Le but de ce tract ? Non pas résumer en peu de mots ce qu’est le distributisme, mais indiquer à une foule inquiète, perdue, en révolte et proie facile des mouvements révolutionnaires qu’une autre forme d’économie existe, qu’elle a déjà été appliquée et qu’elle répond aux attentes des gens ordinaires. À l’initiative de  ce combat militant, Richard Aleman, jeune président de The Society for distributism, qui n’hésite pas à descendre sur le terrain pour distribuer dans les rues ce simple tract et répondre aux questions. Comme lui, d’autres ont distribué ce document, reproduit par leurs propres soins, dans plusieurs villes des États-Unis. Grâce à eux, Chesterton et Belloc ont repris pieds dans la rue…