Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

écologie

  • Benoît XVI et la création

    Reproduction d'une Tribune parue dans Le Figaro du 13 septembre. Il y a bien sûr des détails à discuter, mais l'ensemble est pas mal vu. Reste que cette vision s'inscrit dans une dimension plus générale. Et qu'elle n'est pas nouvelle chez Benoît XVI. Ni non  plus son insistance sur nos modes de vie. Alors qu'il était encore evêque de Munich, il a consacré plusieurs sermons au sujet du respect de la Création. Ceux qui s'intéressent à la question en trouveront une présentation ici, et, enfin, .

     

    “ Benoît XVI place enfin l'environnement au coeur des priorités catholiques

    L'ANALYSEde Hervé Yannou, Correspondant du Figaro au Vatican. Publié le 13 septembre 2007Actualisé le 13 septembre 2007 : 08h12
    Site



    Au moment où Benoît XVI succédait à Karol Wojtyla, en avril 2005, L'Écologiste, une revue franco-britannique, titra « Habemus papam ecologistum ». Site Elle relevait que le théologien Joseph Ratzinger, un Bavarois sensible aux questions écologiques, avait renoué avec ce thème oublié. Alors que les experts internationaux tirent la sonnette d'alarme, Benoît XVI a donc placé l'écologie au coeur des sujets prioritaires de l'Église catholique. Si aucun texte fondateur n'est encore venu la sanctionner, sa doctrine est en train de s'élaborer.

    Depuis plus d'un an, le Pape décline un discours qui commence à se faire entendre. Le Vatican veut montrer l'exemple. Le plus petit État du monde a pour ambition de devenir neutre en émission de carbone. Il n'y a sur ses 44 hectares de souveraineté aucune industrie polluante, mais il multiplie les effets d'annonce : panneaux solaires pour alimenter la grande salle des audiences qui jouxte la basilique Saint-Pierre, plantation d'une « forêt climatique du Vatican » en Hongrie, un « puits de carbone » de 7 000 hectares. Aux jeunes Italiens réunis à Lorette au début du mois de septembre, Benoît XVI a surtout demandé d'agir « d'urgence » pour « protéger les équilibres fragiles de la nature » et recréer « un lien fort entre l'homme et la Terre ».

    Le Pape ne succombe pas à une mode écologique. Sa problématique relève avant tout de la théologie, du spirituel et de la morale. Pour Benoît XVI, la question environnementale embrasse une très vaste dimension, celle du respect de la vie et de la sauvegarde de l'oeuvre de Dieu : la Création. Contrairement aux Églises orthodoxes, qui ont toujours estimé que les hommes pouvaient entrer en contact avec Dieu à travers la Bible et la nature, l'Église catholique n'a pris que très tardivement le train de l'écologie.

    Au cours des mille dernières années, l'Occident chrétien a en effet perdu son lien spirituel avec la nature. Il n'existe qu'un seul saint un peu écologiste : François d'Assise. C'est une exception. Les docteurs de l'Église sont restés quasi muets sur la question. La notion de respect de la Création a été presque totalement perdue au XVIIIe siècle, à la suite de Descartes, qui présentait l'homme comme « le maître et le possesseur de la nature ». Dès lors, la société moderne n'y a plus vu une oeuvre de Dieu à préserver, mais un milieu exploitable par l'homme capable de se substituer à son créateur. Les théologiens ne traitèrent donc pas du rapport de l'homme à son milieu. Au point que certains militants écologistes ont pu avancer l'idée que le saccage de la Terre était lié à la mentalité judéo-chrétienne. Ils défendaient la thèse que si l'homme détruisait son écosystème, c'était parce que la Bible affirmait qu'il devait dominer le reste du monde vivant.

    Pour y répondre, Jean-Paul II commença donc à développer une réflexion catholique sur l'écologie. Reprenant ces arguments, il voulut montrer que dans la Bible, le sort de l'homme et celui de la nature sont intimement liés. Dans le jardin d'Éden, l'homme vivait en paix avec Dieu et en harmonie avec son environnement. Après qu'Ève eut mangé la pomme, l'homme perdit d'une part la connaissance de Dieu et d'autre part l'équilibre avec la nature.

    Tout se détractait déjà. « Maudit soit le sol à cause de Toi ! À force de peines, tu en tireras subsistance tous les jours de ta vie. Il produira pour toi épines et chardons et tu mangeras l'herbe des champs », lança Dieu au couple pécheur en le chassant du Paradis terrestre (Genèse, 3, 17-18). Le destin entre l'homme et la Terre existait donc bien.

    En 1985, le pape polonais marqua son engagement en faveur de la préservation de l'environnement en expliquant à des jeunes réunis à Viterbe, au nord de Rome, que Dieu avait remis entre les mains de l'homme la maîtrise et la gérance de la Terre, créée pour lui, mais pas sa possession. Par la suite, il devait appeler les chrétiens à « une conversion écologique » et signer en 2002, à Venise, avec le patriarche oecuménique de Constantinople, Bartholomé Ier, une déclaration commune pour la sauvegarde de la Création qui n'eut alors que très peu d'échos.

    Avec Benoît XVI, ce discours a pris une autre ampleur. Il y a certes la destruction de l'environnement, mais surtout les manipulations génétiques et embryonnaires. Loin du recours aux énergies alternatives, Benoît XVI insiste sur le fond même du respect de l'oeuvre de Dieu : celui de la vie humaine, de sa conception à sa fin naturelle.”

     

    L'Homme Nouveau consacre une série d'articles sur ce sujet, tous les deux numéros, sous la responsabilité de Fal van Gaver.  

  • Revivre à la campagne

    C’est un classique de l’autarcie ou de l’autosuffisance (Self-sufficiency) que viennent de rééditer les Éditions de Borée (ici). Un classique d’origine anglaise, qui a connu plusieurs éditions en langue étrangère. En France, « The complete book of Self-sufficiency » a été édité sous le titre Revivre à la campagne. Il a été publié en 1976, 1996 et 2003. À chaque fois, des succès puisque l’ouvrage a toujours fini par être épuisé, demandé, âprement recherché, acheté, parfois à prix d’or, chez les bouquinistes. Il connaît aujourd’hui une nouvelle parution française, la quatrième.
    Son auteur ? John Seymour (1914-2004) est à la fois le théoricien et le praticien de l'autosuffisance, idée qui vise à refuser la course en avant de la consommation et de l’industrialisation par une vie autarcique reposant sur l’indépendance familiale, la responsabilité, la petite propriété et la vie conviviale. Sans y faire directement référence, les idées de John Seymour sont proches du courant catholique distributiste, développé par G.K. Chesterton et Hilaire Belloc en Angleterre. Loin d’être un « idéologue », John Seymour a surtout présenté les moyens pratiques à mettre en œuvre pour tendre à l’autarcie. Il sait que celle-ci, dans le contexte moderne, n’est pas à la portée de tous et qu’elle n’est pas complètement atteignable. D’abord au Pays de Galle, puis en Irlande, Seymour a mis ses idées en application et a monté une ferme où il a vécu comme un petit exploitant. Il est allé cependant plus loin puisque celle-ci est devenue une véritable école de formation, accueillant des stagiaires du monde entier (le site de la ferme Seymour ).

    Que contient le livre ? Le mieux est de proposer la table des matières de cette nouvelle édition (cf. album photo Sommaire, colonne de droite).
    Derrière, cette multitude de renseignements, John Seymour développe une philosophie de la vie qui mérite d’être prise en considération. Le terme de « philosophie de la vie » ne doit pas être entendu au sens de la pensée d’un auteur qui aurait bâti un système cohérent et logique. John Seymour n’est ni un maître, ni un gourou. L’expérience de son existence lui a appris que l’homme pouvait parvenir à vivre par lui-même, en s’inspirant notamment de l’héritage des anciennes pratiques et coutumes. Certes John Seymour a préféré vivre à la campagne qu’en ville. Mais il n’en détaille pas moins les moyens de mettre sur pied des jardins urbains, pratique expérimentée dans certaines villes en faveur des handicapés et des personnes âgées. Certes, encore, il peut être qualifié d’agriculteur biologique, mais jamais n’apparaît dans son livre un aspect militant.
    Plus simplement, il explique comment organiser sa parcelle de terrain pour pouvoir vivre le plus possible de sa production. Il donne également des conseils très pratiques pour faire son vin, sa bière ou filer la laine de son mouton. L’ouvrage est tellement riche qu’il est en fait impossible de le résumer. Le mieux est de le lire. On aura la satisfaction de voir que ce n’est pas un programme que propose Seymour. Il ne s’agit pas de faire tout ce qu’il a fait ou tout ce qu’il préconise. Faites ce que vous pouvez, explique-t-il, et ne cherchez même pas à tout faire. La nature est exigeante. Elle implique un facteur important que nos sociétés modernes ont perdu de vue : le temps. Dans son avant-propos, Seymour est très clair : « Conseillerais-je à quelqu’un d’adopter ce style de vie ? Je ne conseillerai rien à personne. L’objet de ce livre n’est pas de forger la vie des autres mais simplement d’aider les autres à faire ce qu’ils ont décidé d’entreprendre. (…) Je donnerais simplement un conseil gratuit : n’essayez pas de tout faire d’un coup. Il s’agit d’un mode de vie organique et les processus organiques sont lents et réguliers. »
    Derrière cet appel à l’autosuffisance, c’est en fait un réapprentissage d’une vie humaine plus calme, plus contemplative, plus ancrée dans le réel et dans le temps, que propose John Seymour.
    On pourra, bien sûr, estimer que l’autosuffisance est une utopie, une nostalgie et forme un certain retour en arrière. Ce serait une utopie si elle s’élevait au rang d’un système total de pensée et de vie, qui prétendrait s’imposer à tous et immédiatement. C’est certainement une nostalgie et elle forme, d’une certaine manière, un retour en arrière. Mais il ne faut pas avoir peur des mots. La nostalgie du malade, c’est la santé. Le retour en arrière pour celui qui est perdu, c’est de retrouver le croisement et de prendre le bon chemin. Le vrai danger consisterait effectivement à ne pas respecter la démarche « organique » et de vouloir effectuer ce retour en arrière de manière moderne, c’est-à-dire en brûlant les étapes, vite, et sans précaution. Le malade que l’on gave ne retrouve pas la santé.
    Ce que propose Seymour, c’est le fruit de son expérience et de l’expérience du passé, rassemblé dans un livre pour adopter lentement des styles de vie différents. « Il existe des changements simples que les individus peuvent apporter à leurs styles de vie et qui pourraient tout changer. Et, si nous faisons preuve de sagesse, nous n’attendrons pas l’apocalypse pour apporter ces changements. Je ne vous demanderai pas de suivre aveuglément ce que je préconise, mais tout simplement d’en tenir compte lorsque vous réfléchissez à l’avenir ».
    En un mot, Seymour nous invite à réfléchir à la conséquence de nos actes, à prendre nos vies en main, en fonction de ce qu’il appelle la « tragédie des biens communs ». Ces « biens communs » sont la nature, l’air, la terre. Mais pourquoi parler à leur endroit de « tragédie » ? Tout simplement parce que personne ne nous paie pour les préserver alors qu’ils sont déterminants pour nos vies et que nous en sommes tous responsables. Nos actes quotidiens, les plus simples, peuvent jouer sur le sort de la nature en général, homme compris. Nous sommes co-responsable de la Création. D’où la conclusion de simple bon sens de Seymour : « Mais s’il est vrai que la seule personne dont je puisse maîtriser les actes est ma propre personne, alors ce que je fais m’importe. Le monde dans son ensemble peut s’en moquer, mais moi pas. Et, par chance, un facteur important peut nous aider à progresser en matière d’économie d’énergie. Car non seulement nos muscles aident-ils la planète, mais ils nous tiennent également en bonne santé et actifs. »
    Étrangement, John Seymour, qui peut être considéré comme l’un des précurseurs de mouvement récupéré aujourd’hui par une certaine gauche, ne semble plus faire partie des références de celle-ci. Sa vision de la « maison » donne peut-être la clef de cette mise à l’écart. « La maison idéale, écrit-il, doit être le creuset de l’hospitalité retrouvée, de la vraie culture et de la convivialité, du plaisir, du confort et, surtout, de la vraie civilisation. Et tout un chacun en ce bas monde peut atteindre la créativité suprême : avoir une maison idéale. En effet, le maître (ou la maîtresse) de maison est aussi important que la maison elle-même, et la qualité de ‘femme au foyer’ est le travail le plus créatif et le plus important sur terre ». Parler de vraie civilisation pour ceux qui nient le concept même de civilisation (et qui préférent parler des civilisations) et mettre en avant la femme au foyer, voilà une manière de penser ni très progressiste, ni très à gauche.
    On pourrait craindre que cette apologie de l’autarcie ne finisse surtout par être une apologie du repliement sur soi. Le danger n’est pas irréel. Le refus de la surconsommation, des nuisances citadines, le désir de vivre à la campagne (voir mon post sur les néo-ruraux, ici), peuvent très bien amener au refus pratique de la sociabilité, c’est-à-dire, si l’on en croit Aristote (pour qui l’homme est un « animal social »), de l’humanité qui est en nous. Seymour en est bien conscient. Il insiste sur la nécessité d’avoir de bons amis et un bon voisinage. « Assurément, précise-t-il, lorsque je parle d’autosuffisance, mes idées ne se bornent pas à la simple production d’aliments et de boissons. Nous devons également nous forger d’autres talents et participer comme nous le pouvons au tissu social qui nous entoure. Plus nous y contribuons, plus nous en serons récompensés. Et si nous pouvons nous amuser, spontanément, sans que l’industrie ne nous impose nos divertissements, alors, c’est tant mieux. J’ai passé des nuits fabuleuses au pub au son de la musique galloise, dans une ambiance extraordinaire ».
    Y a-t-il des zones d’ombre dans ce tableau ? On regrette dans le livre de Seymour l’absence de tout enracinement spirituel, alors que l’homme est un être fondamentalement religieux et que l’on ne peut pas passer par perte et profit la Révélation. De la même manière, il semble que Seymour ait été sensible au mythe de la surpopulation (il parle ainsi de la « croissance démographique insupportable »). S’il honore la « femme au foyer », il ne parle guère de ce foyer. La famille, élément social de base et le plus traditionnel, le plus naturel, est absente de son discours comme elle l’est généralement des propos de ceux qui entendent refuser les styles de vie moderne pour retrouver des modes de vie plus conformes à la nature de l’homme. Mais ce faisant, ils oublient une grande part de ce qui constitue l’homme, comme la famille et la religion. Révélateur d’un refus moderne de la modernité, souvent plus dans ses accidents que dans ses fondements.
    Ces bémols n’enlèvent rien aux conseils pratiques et à l’expérience de Seymour livrés dans cet ouvrage. Ils demandent seulement d’être replacés dans une perspective plus juste et plus complète.
     
    Pour découvrir Revivre à la campagne, n'hésitez pas à tourner quelques pages (soit ci-dessous, en pointant la souris sur le bas ou le haut de la page, soit pour voir les images en grand dans un diaporama, dans la rubrique Album, colonne de droite) :