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Église

  • Jean Madiran : sous le signe de la piété

    MadiranOF_small.jpgFondateur de la revue Itinéraires et du quotidien Présent, écrivain et journaliste, Jean Madiran, oblat de saint Benoît, est retourné à la Maison du Père en ce mercredi 31 juillet 2013. Comme Louis Veuillot en son temps, il reste un exemple de combattant inlassable au service de l’Église et parfois contre le personnel de celle-ci qui en notre temps n’est pas toujours à la hauteur de Celui qu’il doit servir. Jean Madiran était un disciple de Charles Maurras, mais aussi, et peut-être surtout, d’André et d’Henri Charlier dont il a contribué plus que quiconque à faire connaître et répandre l’œuvre et ce souci péguiste de la réforme intellectuelle et morale. Le Père Bruckberger a écrit de lui qu’il continuait de porter en notre temps la voix exigeante de Charles Péguy et cet hommage était juste, venant d’un homme et d’un prêtre qui se disait pour sa part le disciple de Georges Bernanos.

     

    À l’heure qu’il est, alors que la nouvelle vient de tomber, le moment est à la prière et à la reconnaissance. À toute une génération, dont je fais partie, Jean Madiran a appris et transmis les exigences de la vertu naturelle de piété, vertu si contraire à la modernité et dont on voit aujourd’hui, plus que jamais, qu’elle est nécessaire, alors que le spirituel et le temporel semblent s’enfoncer d’un même pas, ou d’un même mouvement, vers la reddition absolue au grand n’importe quoi.

    Il est trop tôt pour dire tout ce que nous devons à Jean Madiran. Je n’étais pas un de ses proches et je n’ai pas partagé tous ses combats. Mais il a fait partie de ces hommes qui ont marqué ma jeunesse et ses écrits furent de ceux qui ont eu une influence décisive sur le jeune garçon que j’étais, quand le souci de la primauté du bien commun de l’Église et de la France m’ont suffisamment étreint pour qu’il décide d’une grande part de mon existence. Il a affermi en moi l’attachement à la messe catholique romaine, attachement non pas seulement sentimental, mais raisonné et doctrinal. Il m’a encouragé, par son exemple, à me greffer de manière décisive au grand rameau bénédictin. Il m’a appris à penser et à réfléchir en catholique, même dans les questions du combat temporel. Il était le dernier de la grande cohorte des écrivains et penseurs catholiques de l’après-guerre et sa voix va manquer alors que le ciel s’assombrit.

    C’est sous le signe et dans la perspective de la piété que je garde le souvenir de ce défenseur de la foi et je le confie bien sûr à la douce miséricorde de Dieu car il a combattu le bon combat, qu’il nous faut continuer aujourd’hui, à notre manière et selon nos faibles moyens, pour l’honneur de l’Église et le salut de notre patrie.

    D’autres diront mieux que moi l’hommage que Jean Madiran mérite aujourd’hui. Mais je voulais ce soir témoigner que bien au-delà du cercle de ses proches son influence aura été importante, comme j’ai pu lui dire un jour de vive voix.  A Dieu, Jean Madiran.

    Fidélium Deus, ómnium Cónditor et Redémptor : animábus famulórum, famularúmque tuárum remissiónem cunctórum tríbue peccatórum ; ut indulgéntiam quam semper optavérunt, piis supplicatiónibus consequántur

  • Le Saint-Siège et la crise financière

    Au nom du Saint-Siège, le Conseil pontifical Justice et Paix a tenu à émettre des propositions en vue de la conférence de Doha (Qatar), organisée par les Nations unies sur le financement au développement, qui se tient depuis le 29 novembre et jusqu'au 2 décembre.Un travail intéressant dont les échos, donnés par l'agence Zénit, méritent d'être médités. Vous n'en avez pas entendu parlé dans les grands médias ? Normal, l'Église dérange lorsqu'elle refuse d'être limitée à la sacristie.

    Dans cette Note, le Conseil pontifical invite les organismes internationaux à  « repenser le système financier international ». But de cette réflexion  : que la finance retrouve sa vraie nature qui consiste à servir le développement et le bien commun.
    Dans son constat, trois éléments principaux ressortent de la Note pontificale :
    1°) la crise financière révèle une crise de confiance;
    2°) l'une des causes principales de la crise vient de « l'utilisation excessive du 'levier' financier par les opérateurs, et (du) manque de considération accordée aux éléments de risque que cela implique »
    3°) enfin, le Saint-Siège, estime que la recherche du gain à très court terme entraîne une subversion de la finance. Elle ne sert plus à soutenir le développement économique, mais trouve sa propre finalité en elle-même, sans s'interroger sur les conséquences possibles.

    Le Saint-Siège n'hésite pas non plus à dénoncer  très clairement les « paradis fiscaux ». Ils ont « permis un réseau de pratiques économiques et financières démentes : fuites de capitaux aux proportions gigantesques, flux ‘légaux' motivés par des objectifs d'évasion fiscale et canalisés à travers la sur /sous facturation des flux commerciaux internationaux, recyclage de fonds issus d'activités illégales ».
    Les conséquences sont elles-mêmes bien précisées. Les paradis fiscaux ont :

    – favorisé les revenus les plus élevés, qui peuvent échapper au contrôle fiscal dans leurs propres pays;
    – pénalisé les petits revenus, soit les travailleurs et les petites entreprises.

    Pourquoi une telle crise ?

    Pour le Conseil pontifical Justice et Paix, « Certaines autorités, en particulier dans les pays financièrement plus développés, ont renvoyé des choix ponctuels, sous prétexte d'avantages économiques, dus à l'existence d'une industrie financière forte sur leur sol, qui ne durent que le temps de l'euphorie financière ».

    Comment sortir de la crise ?

    Premièrement, l'examen de conscience est nécessaire. « Comment en est-on arrivé à cette situation désastreuse, après une décennie pendant laquelle se sont multipliés les discours sur l'éthique des affaires et de la finance et que s'est répandue l'adoption de codes éthiques ? ». Le Saint-Siège souligne également la nécessité de tenir en compte le fait qu' « on en est arrivé à cette situation financière critique d'aujourd'hui après une longue période pendant laquelle, pressés par l'objectif immédiat d'atteindre des résultats financiers à court terme, on a perdu de vue la dimension propre de la finance », sa vraie nature, qui est d' « utiliser l'épargne de préférence là où celle-ci favorise l'économie réelle, le bien-être, le développement de l'homme et de tous les hommes ».

    Deuxièmement, « Le plus urgent n'est pas toujours le plus important ! » Au contraire, ajoute le texte, « repenser les priorités est d'autant plus nécessaire que la situation est devenue plus difficile ».

    Troisièmement, un nouveau pacte international en matière de finance et de fiscalité, pour favoriser le retour à la confiance et à la transparence, est nécessaire. « Les marchés financiers ne peuvent opérer sans la confiance ; et sans la transparence et sans règles il ne peut y avoir de confiance. Le bon fonctionnement du marché exige une intervention importante de l'Etat, et le cas échéant, celle de la communauté internationale, qui doit fixer et faire respecter des règles de transparence et de prudence ».
    Mais, ce nouveau pacte et cette intervention de l'État ne seront pas suffisants. Il faut qu'émerge une « conscience morale bien formée ». Les lois et les règlements à eux seuls ne peuvent garantir le fonctionnement de l'économie. « Aucune intervention de régulation ne peut ‘garantir' son efficacité en faisant abstraction de la conscience morale bien formée et de la responsabilité quotidienne des opérateurs du marché, en particulier celles des entrepreneurs et des grands agents financiers ».

    Le salut ne vient jamais seulement de l'extérieur souligne le Conseil pontifical Justice et paix. C'est pourquoi, « il faut atteindre l'être moral plus profond des personnes, il faut une réelle éducation à l'exercice de la responsabilité vis-à-vis du bien de tous, de la part de tous les sujets, à tous les niveaux : agents financiers, familles, entreprises, institutions financières, autorités publiques, société civile ».
    Cette éducation peut s'appuyer sur la doctrine sociale de l'Église qui promeut le bien commun universel, la destination universelle des biens, la priorité du travail sur le capital.

     

    Le document n'est disponible pour l'instant qu'en italien : ICI.

  • Benoît XVI et la création

    Reproduction d'une Tribune parue dans Le Figaro du 13 septembre. Il y a bien sûr des détails à discuter, mais l'ensemble est pas mal vu. Reste que cette vision s'inscrit dans une dimension plus générale. Et qu'elle n'est pas nouvelle chez Benoît XVI. Ni non  plus son insistance sur nos modes de vie. Alors qu'il était encore evêque de Munich, il a consacré plusieurs sermons au sujet du respect de la Création. Ceux qui s'intéressent à la question en trouveront une présentation ici, et, enfin, .

     

    “ Benoît XVI place enfin l'environnement au coeur des priorités catholiques

    L'ANALYSEde Hervé Yannou, Correspondant du Figaro au Vatican. Publié le 13 septembre 2007Actualisé le 13 septembre 2007 : 08h12
    Site



    Au moment où Benoît XVI succédait à Karol Wojtyla, en avril 2005, L'Écologiste, une revue franco-britannique, titra « Habemus papam ecologistum ». Site Elle relevait que le théologien Joseph Ratzinger, un Bavarois sensible aux questions écologiques, avait renoué avec ce thème oublié. Alors que les experts internationaux tirent la sonnette d'alarme, Benoît XVI a donc placé l'écologie au coeur des sujets prioritaires de l'Église catholique. Si aucun texte fondateur n'est encore venu la sanctionner, sa doctrine est en train de s'élaborer.

    Depuis plus d'un an, le Pape décline un discours qui commence à se faire entendre. Le Vatican veut montrer l'exemple. Le plus petit État du monde a pour ambition de devenir neutre en émission de carbone. Il n'y a sur ses 44 hectares de souveraineté aucune industrie polluante, mais il multiplie les effets d'annonce : panneaux solaires pour alimenter la grande salle des audiences qui jouxte la basilique Saint-Pierre, plantation d'une « forêt climatique du Vatican » en Hongrie, un « puits de carbone » de 7 000 hectares. Aux jeunes Italiens réunis à Lorette au début du mois de septembre, Benoît XVI a surtout demandé d'agir « d'urgence » pour « protéger les équilibres fragiles de la nature » et recréer « un lien fort entre l'homme et la Terre ».

    Le Pape ne succombe pas à une mode écologique. Sa problématique relève avant tout de la théologie, du spirituel et de la morale. Pour Benoît XVI, la question environnementale embrasse une très vaste dimension, celle du respect de la vie et de la sauvegarde de l'oeuvre de Dieu : la Création. Contrairement aux Églises orthodoxes, qui ont toujours estimé que les hommes pouvaient entrer en contact avec Dieu à travers la Bible et la nature, l'Église catholique n'a pris que très tardivement le train de l'écologie.

    Au cours des mille dernières années, l'Occident chrétien a en effet perdu son lien spirituel avec la nature. Il n'existe qu'un seul saint un peu écologiste : François d'Assise. C'est une exception. Les docteurs de l'Église sont restés quasi muets sur la question. La notion de respect de la Création a été presque totalement perdue au XVIIIe siècle, à la suite de Descartes, qui présentait l'homme comme « le maître et le possesseur de la nature ». Dès lors, la société moderne n'y a plus vu une oeuvre de Dieu à préserver, mais un milieu exploitable par l'homme capable de se substituer à son créateur. Les théologiens ne traitèrent donc pas du rapport de l'homme à son milieu. Au point que certains militants écologistes ont pu avancer l'idée que le saccage de la Terre était lié à la mentalité judéo-chrétienne. Ils défendaient la thèse que si l'homme détruisait son écosystème, c'était parce que la Bible affirmait qu'il devait dominer le reste du monde vivant.

    Pour y répondre, Jean-Paul II commença donc à développer une réflexion catholique sur l'écologie. Reprenant ces arguments, il voulut montrer que dans la Bible, le sort de l'homme et celui de la nature sont intimement liés. Dans le jardin d'Éden, l'homme vivait en paix avec Dieu et en harmonie avec son environnement. Après qu'Ève eut mangé la pomme, l'homme perdit d'une part la connaissance de Dieu et d'autre part l'équilibre avec la nature.

    Tout se détractait déjà. « Maudit soit le sol à cause de Toi ! À force de peines, tu en tireras subsistance tous les jours de ta vie. Il produira pour toi épines et chardons et tu mangeras l'herbe des champs », lança Dieu au couple pécheur en le chassant du Paradis terrestre (Genèse, 3, 17-18). Le destin entre l'homme et la Terre existait donc bien.

    En 1985, le pape polonais marqua son engagement en faveur de la préservation de l'environnement en expliquant à des jeunes réunis à Viterbe, au nord de Rome, que Dieu avait remis entre les mains de l'homme la maîtrise et la gérance de la Terre, créée pour lui, mais pas sa possession. Par la suite, il devait appeler les chrétiens à « une conversion écologique » et signer en 2002, à Venise, avec le patriarche oecuménique de Constantinople, Bartholomé Ier, une déclaration commune pour la sauvegarde de la Création qui n'eut alors que très peu d'échos.

    Avec Benoît XVI, ce discours a pris une autre ampleur. Il y a certes la destruction de l'environnement, mais surtout les manipulations génétiques et embryonnaires. Loin du recours aux énergies alternatives, Benoît XVI insiste sur le fond même du respect de l'oeuvre de Dieu : celui de la vie humaine, de sa conception à sa fin naturelle.”

     

    L'Homme Nouveau consacre une série d'articles sur ce sujet, tous les deux numéros, sous la responsabilité de Fal van Gaver.