21.03.2007

Saint Benoît (II)

Hymne des vêpres de saint Benoît
21 mars


Habitants, entonnez des hymnes solennelles,
Que les chants de louange en ces temps résonnent,
Car Benoît, en ce jour s’élève
Au plus haut du ciel.

Il n’atteignait encore que la fleur de l’âge,
Quand il laissa, enfant, la maison de ses pères,
Pour se cacher, solitaire, au fond d’une grotte
Toute silencieuse.

Parmi les orties et les dures épines,
Il vainquit les passions que la jeunesse entraîne ;
Dès lors il composa une charte admirable
De la vie parfaite.

De l’infâme Apollon, il brisa la statue,
Il détruisit le bois consacré à Vénus,
Mais pour Jean Baptiste construisit un sanctuaire
Sur la montagne sainte.

Il siège désormais dans le bonheur du ciel,
Parmi les Séraphins de feu, il contemple ;
Et renouvelle le cœur de ceux qu’il protège,
Dans un doux breuvage.

Gloire soit toujours au Père,
Ainsi qu’au Fils qu’il engendre,
Et à l’Esprit, leur égal à tous deux,
Dieu unique, dans tous les siècles.
Amen

Saint Benoît

C’est aujourd’hui la saint Benoît d’hiver, la fête du trépas du fondateur du monachisme occidental. Pourquoi en parler ? Tout simplement parce que saint Benoît est l’un des patrons de ce blogue. Saint Benoît a préféré se retirer du monde plutôt que de pactiser avec une société en déchéance. Ce retrait – retraite – aura été finalement le plus fécond, permettant l’éclosion de l’Europe chrétienne à travers les monastères devenus centres de vie et de mission. Au sein de la Règle de saint Benoît sera finalement sauvegardé, tout en étant surnaturalisé, un reste de l’ancien monde : la figure du père de famille, centrale dans la spiritualité bénédictine.
Grâce à Alexandre et au Forum catholique (ici) voici les lectures des matines monastiques.


N. B. P. SAINT BENOÎT, abbé

Premier Nocturne

Du livre de l’Ecclésiastique 1. (44, 1-4) Faisons l’éloge de ces hommes glorieux qui furent les pères de notre race. Le Seigneur a donné la gloire avec profusion, et la majesté tout au long des siècles. Souverains dans leurs royaumes, hommes renommés pour leur puissance, bons conseillers par leur intelligence, messagers de Dieu par leurs prophéties, ils ont conduit le peuple grâce à leurs conseils, grâce à leur connaissance des écrits du peuple: leur enseignement est plein de sages paroles.
2. (44,5-7) Inventant des mélodies musicales, composant et rédigeant des poèmes, hommes riches et doués de force, ayant la passion de la beauté, vivant en paix dans leurs demeures, tous ceux-ci ont été glorifiés par leurs contemporains, ils furent l’honneur de leur époque.

3. (44, 8-11) Il y en a parmi eux qui ont laissé un nom, si bien qu’on raconte leur louange; mais il y en a aussi dont il ne reste aucun souvenir: ils sont morts, comme s’ils n’avaient jamais existé, ils sont comme s’ils n’avaient jamais été, et leurs enfants sont comme eux. Il n’en est pas ainsi des hommes de miséricorde: on n’a pas oublié ce qu’ils ont fait de bon. Après eux, dans leur race, demeurera un bel héritage: ce sont leurs descendants.

4. (44, 12-15) Leur race demeure fidèle à l’alliance, leurs enfants ont tenu bon grâce à eux. Au long des siècles, leur race subsistera, et leur gloire ne sera pas effacée. Leurs corps reposent dans la paix du tombeau, mais leur nom reste vivant pour toutes les générations. Les peuples racontent leur sagesse, et l’assemblée proclame leur louange.

Deuxième Nocturne


5. Benoît, issu d’une noble famille de Nursie, étudie à Rome les arts libéraux. Puis il se retire dans une profonde caverne, en un lieu appelé Subiaco, pour se consacrer tout entier à Jésus-Christ. Pendant trois ans, il y est si bien caché que l’endroit est seulement connu de Romain, le moine qui lui apporte sa subsistance. Un jour, le démon excite en lui le feu ardent de la volupté. Benoît alors se roule dans les épines jusqu’à ce que la passion soit domptée par la souffrance corporelle.

6. Déjà une réputation de sainteté s’échappe de la retraite de Benoît et quelques moines s’en remettent à lui pour qu’il les forme. Cependant ils ne peuvent supporter les reproches mérités par leur vie relâchée et décident de lui faire boire du poison. Mais à peine lui ont-ils présenté le breuvage que le saint, d’un signe de croix, brise la coupe et, abandonnant le monastère se retire dans la solitude. Cependant de nouveaux disciples affluent tous les jours. Il leur construit alors douze monastères qu’il dote de très saintes règles.

7. Dans la suite, Benoît part pour le mont Cassin. Là, il brise l’idole d’Apollon encore honorée en cet endroit, renverse l’autel et incendie les bois sacrés pour y construire un petit oratoire dédié à saint Martin et une chapelle à saint Jean, tandis qu’il inculque la loi du Christ aux habitants du bourg et des environs. Ainsi Benoît grandit de jour en jour dans la faveur divine au point que, mû par l’esprit prophétique, il annonce même l’avenir. Totila, roi des Goths en est informé et veut en voir la preuve. Aussi se rend-il chez Benoît en se faisant précéder de son écuyer revêtu des ornements royaux et entouré de la suite royale comme s’il était le roi lui-même. Dès que le saint aperçoit l’écuyer, il l’interpelle: «Dépose, mon fils, dépose ce que tu portes, car cela n’est pas à toi!» A Totila lui-même, il prédit l’entrée dans Rome, la traversée de la mer, et la mort neuf ans plus tard.

8. Quelques mois avant de quitter cette vie, Benoît annonce à ses disciples le jour de sa mort. Six jours d’avance il fait ouvrir le tombeau dans lequel il désire être inhumé et le sixième jour se fait porter à l’Église pour recevoir l’Eucharistie. Tandis qu’il prie, les yeux fixés au ciel, il s’éteint dans les bras de ses disciples. Le jour même, deux moines voient un chemin couvert de tapis et brillant d’innombrables feux qui va de sa cellule jusqu’au ciel. Ils entendent un homme d’aspect lumineux leur dire: «C’est le chemin par lequel Benoît, le bien-aimé du Seigneur, est monté au ciel.»


Troisième Nocturne


Lecture du saint Évangile selon saint Matthieu (19, 27-29)
9. En ce temps-là, Pierre dit à Jésus: «Voici que nous avons tout quitté et que nous t’avons suivi; quelle sera notre part?» Jésus leur dit: «Je vous le dis en vérité, lorsque, au renouvellement, le Fils de l'homme siégera sur son trône de gloire, vous qui m'avez suivi, vous siégerez vous aussi sur douze trônes, et vous jugerez les douze tribus d'Israël. Et quiconque aura quitté maisons, ou frères, ou sœurs, ou père, ou mère, ou enfants, ou champs, à cause de mon nom, il recevra le centuple et aura la vie éternelle en possession.»

Homélie de saint Pierre Damien, évêque (Sermon 9)

«Voici que nous avons tout quitté et que nous t’avons suivi.» Parole solennelle, grande promesse, œuvre sainte, digne de bénédiction: Tout quitter et suivre le Christ. Ce sont ces paroles engageant à la pauvreté volontaire qui ont fait naître les cloîtres, qui ont surabondamment rempli les monastères de moines, les forêts d’anachorètes. Car ce sont ces paroles que l’Église chante: «A cause de la parole de tes lèvres, j’ai gardé de durs commandements» (Ps 16, 4). Ce sont ces paroles qui recevront le repos pour prix du labeur, pour la pauvreté les richesses, pour la tribulation la récompense. Assurément il est grand de tout quitter, mais il est plus grand encore de suivre le Christ, car nous lisons que beaucoup ont tout quitté sans avoir pourtant suivi le Christ. Voilà l’œuvre, voilà le labeur, voilà le point capital du salut humain. Nous ne pouvons pas suivre le Christ si nous n’abandonnons pas tout, car «il s’élance vaillant pour courir sa carrière» (Ps 18, 6) et celui qui est chargé ne peut le suivre.

10. «Voici, dit-il, que nous avons tout quitté», non seulement les biens du monde mais aussi les désirs de l’esprit, car il ne quitte pas tout celui qui conserve ne fût-ce que lui-même; bien plus, rien ne sert d’avoir quitté tout le reste sauf soi-même puisqu’il n’y a pas de fardeau plus pesant pour l’homme que l’homme lui-même. En effet, quel tyran est plus cruel, quelle puissance est plus exigeante pour l’homme que sa propre volonté? Le texte poursuit: «Quelle sera notre part?» Déjà Pierre a tout quitté, déjà non seulement il se met à la suite du Christ, mais il l’a même suivi longtemps, et voilà maintenant qu’il demande d’abord ce qu’il va recevoir. Quoi donc, Pierre? N’as-tu pas promis sans contrat «d’être tout oreille et d’obéir»? Mais écoutez maintenant ce que dit le Seigneur Dieu et prêtez attention à l’espérance à laquelle nous devons nous accrocher au milieu de l’agitation du monde. «Vous siégerez», dit le Seigneur, dit la Vérité. Session solennelle! Délicieux repos! Abondance parfaite!

11. Mais, pour que la longueur de l’attente ne gâte pas la douceur de cette grande promesse, le Christ calme la mobilité de notre esprit par une parole plus consolante, car «il sait de quoi nous sommes façonnés» (Ps 102, 14), il sait que notre pusillanimité ne supporte pas les retards d’un délai. C’est pourquoi, dans sa bonté, il rencontre aussi cette pensée, et même va au-devant d’elle en disant: «Ceux qui auront quitté maison, père, mère, frère, épouse, domaines ou enfants à cause de mon nom, ceux-là recevront le centuple et auront en héritage la vie éternelle.» Voilà fermée à coup sûr «la bouche des menteurs». Désormais, «honte à qui trahit sans raison!» Car nous avons la promesse de la vie non seulement présente, mais aussi future, et il est clair que la promesse du centuple vaut pour le temps présent d’après ce qui suit notamment: «Et ils auront en héritage la vie éternelle.»

12. Que ceux donc qui n’ont pas encore reçu le centuple, scrutent leur cœur, qu’ils examinent avec soin tous les efforts de leurs mains. Aucun doute qu’ils ne trouvent quelque coin ou refuge que le Seigneur ne connaît pas. Mais qu’est ce centuple? N’est-ce pas les consolations, les visites, les prémices de l’Esprit qui est plus doux que le miel? N’est-ce pas le témoignage de notre conscience, l’heureuse et très joyeuse attente des justes, le souvenir de l’abondante suavité de Dieu et la grande plénitude de sa douceur? Il n’est point nécessaire de l’expliquer à ceux qui l’ont goûtée; à ceux qui ne l’ont pas goûtée, qui pourrait jamais l’exprimer par des mots? Est-il un homme, par contre, auquel tout ce passage de la lecture évangélique puisse aussi bien s’appliquer qu’à notre père et Maître saint Benoît? Celui-ci, dès son jeune âge, quitta le monde et sa beauté. D’une course très rapide il a suivi le Christ dans son élan et il ne s’est pas arrêté avant de l’avoir atteint.


08.11.2006

Frère François n'est pas un écolo-bobo

 
medium_Francois.jpg
J'ai toujours été intrigué par le fait que l'on fasse de saint François d'Assise une sorte d'écolo-bobo avant l'heure, sous prétexte qu'il a chanté les beautés de la Création ou qu'il a su parler aux oiseaux et au loup. En fait, ce n'est pas saint François qui est en cause, mais le mouvement écologiste dans son ensemble quand il dissocie la défense de la nature de la défense de l'homme, ou, quand il sépare jusqu'à l'évacuer complètement Dieu de sa Création, rebaptisée, Nature, sous l'influence de la Renaissance et des Lumières.
 
Dans un sermon sur saint François d'Assise, le cardinal Ratzinger soulignait que frère François « fait figure de patron des défenseurs de l'environnement, de meneur du mouvement de protestation contre une idéologie obsédée par la production et la croissance, d'avocat de la vie simple ».
Mais, le cardinal Ratzinger notait aussi « on ne peut pas se contenter de reprendre chez saint François le seul rejet de l'idéologie méprisable de l'utilitarisme et le souci de la conservation des espèces. » Contrairement à beaucoup de contemporains défenseurs de la seule nature, frère François n'a pas condamné l'homme parce qu'il n'a pas séparé l'homme de Dieu, ni Dieu de l'ensemble de sa Création.

La conclusion pratique est simple : « le respect de l'homme et le respect de la nature sont une seule et même chose mais l'un et l'autre ne peuvent se développer et trouver leur juste place que si nous respectons en l'homme et dans la nature le Créateur et sa création. Il n'est possible de les faire harmonieusement cohabiter qu'en partant de Lui ».
 
Oui, nous remettons en cause l'obsession de la production et de la croissance; oui, nous ne voulons pas nous prélasser dans l'artificialité d'une vie placée sous l'emprise de la technique et de la jouissance des biens de consommation; oui, nous lui préférons une vie simple et frugale, respectueuse de la Création. Non pour en faire une fin en soi. Mais parce que nous voulons faire de nos vies des signes d'adoration de Dieu. 
Saint François d'Assise, priez pour nous. 

06.10.2006

Saints patrons

Ce n'est pas une bouteille à la mer que je lance, mais un blog dans l'océan d'Internet. Je reviendrai plus tard sur le but que j'assigne à ce blog. Avant tout, je le confie à la protection de :
– saint Benoît, le modèle des moines et de ceux qui veulent refaire un tissu social à base de communautés;
– saint François d'Assise, modèle de la pauvreté et du détachement, amoureux de la création qu'il relie toujours à son Créateur;
– sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, pour sa voie de l'enfance et de la simplicité.
Trois phares, trois guides et trois réponses au monde moderne.