04/12/2009
Petite précision sur Dorothy Day
J'avais laissé entendre que je reviendrais au livre de François Huguenin une fois que j'en aurais fini la lecture. Ce n'est pas encore le cas, mais je souhaiterais apporter une petite précision à l'une de ses affirmations. Évoquant la figure de Dorothy Day, François Huguenin parle d'elle comme d'une « épiscopalienne convertie au catholicisme ». Écrite ainsi, cette phrase ne rend absolument pas compte du cheminement de Dorothy Day, décidément mal connue des Français.
Dorothy Day est bien née dans une famille épiscopalienne, mais elle perdit la foi. Elle avait eu des doutes dès la période du collège, et elle rompit avec la religion pendant ses années d'étudiante. Plus exactement, elle remplaça un semblant de foi chrétienne par l'adhésion à une nouvelle foi : le marxisme. Elle devint alors une journaliste radicale, proche des milieux anarchistes et de l'ultra gauche américaine. Elle milita en faveur du droit des femmes, notamment pour la cause du contrôle des naissances puis contre la conscription - c'était au moment de la Première Guerre mondiale. Elle eut laors une liaison durable avec un homme dont elle était éperdument amoureuse. Ils concubinaient et évidemment un enfant s'annonça. Comme souvent il lui fallu choisir entre le père de l'enfant et celui-ci. Dorothy Day se fit avorter. Ce qui n'empêcha pas cet homme de partir. On a pensé qu'elle avait essayé alors de se suicider sans pouvoir en apporter la moindre preuve. Toujours est-il qu'elle était dans un profond désespoir. Mais six mois après le départ de l'amour de sa vie, elle se maria avec un autre homme avant de divorcer pour reprendre sa première liaison.
Puis, après une nouvelle rupture, elle travailla pour un mensuel communiste et devint la concubine d'un autre homme. Et elle fut de nouveau enceinte. Dans le même temps, elle se mit à prier spontanément, de manière non formelle, puis en prenant le Rosaire qu'on lui avait donné. Malgré les positions anti-familiale du père de l'enfant, Dorothy Day était décidée à ne pas avorter et à faire entrer son enfant dans l'Église. C'était, au regard de ses positions antérieures, une véritable révolution. L'enfant fut baptisé Tamar Teresa, ce dernier nom en l'honneur de sainte Thérèse d'Avila. Pour ce faire, Dorothy Day décida que ce serait dans l'Église catholique qui lui apparaissait comme la seule Église cohérente et existante de manière continue depuis le Christ. Contrainte d'apprendre comme une enfant le catéchisme en vue du baptême de sa fille, Dorothy Day décida de devenir elle aussi catholique. Cela fut possible après sa rupture avec le père de l'enfant. Et le lendemain de ce jour, elle reçut le baptême.
Ce n'est donc pas une épiscopalienne qui devint catholique, mais une anarchiste, une militante de gauche, une féministe, profondément engagée dans les combats de la gauche ultra de cette époque.
Son adhésion au catholicisme ne lui fit pas abandonner la cause des travailleurs. Sa rencontre avec un Français, Pierre Maurin lui fit découvrir la doctrine sociale de l'Église. Lorsqu'ils fondèrent ensemble The Catholics worker, leur source d'inspiration revendiquée et clairement affichée fut le distributisme de G. K Chesterton et Hilaire Belloc, ce que semble ignorer également François Huguenin. C'est pourquoi le Catholic worker entreprit de remettre les ouvriers sans emploi au travail dans des fermes communautaires, non pas communistes, mais d'inspiration profondément catholiques.
Dorothy Day est une femme forte, comme on en fait peu. Elle était orthodoxe en ce qui concerne l'enseignement et la morale de l'Église, mais elle était profondément « pacifiste » et opposée à toute idée de guerre. Ce paradoxe la fit mal voir à droite comme à gauche, jusqu'à ce que la gauche cherche à la récupérer et que la droite, toujours aussi intelligente, la dénonce comme une gauchiste dans l'Église.
Quand François Huguenin écrit pour appuyer sa démonstration : « le fait que Jean-Paul II ait ouvert en 2000 la cause de sa béatification n'est pas un hasard » me paraît être un peu rapide. Comme pape, Jean-Paul II a ouvert des centaines de cause de béatification. Il ne l'a pas fait seulement, ni pour toutes, parce qu'il s'agissait d'un choix personnel qui répondait à la sympathie qu'il éprouvait pour les futurs bienheureux. Un procès en béatification, l'ouverture d'une cause répondent dans l'Église à des normes précises. Pas aux sentiments personnels d'un pape. Jean-Paul II a ouvert cette cause parce que les critères étaient là pour le faire. Tirer des conclusions de connivence intellectuelles à partir de là est un peu rapide.
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18/03/2009
Quand nos provinces avaient un parlement : l'exemple de la Normandie
Conférence de Didier Patte, président du Mouvement Normand, sur l'histoire du Parlement de Normandie, donnée à Thiberville le 21 janvier 2009 pour la Fédération Royaliste de Normandie. Un point de vue à découvrir et l'idée d'une autre France.
12:34 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : normandie, décentralisation, parlement, province
28/11/2008
La Tour du Pin (2)
Voici un article publié par Benjamin Guillemaind dans le dernier numéro de L'Homme Nouveau. Il est consacré lui aussi à René de La Tour du Pin.
Fondateur et animateur des cercles d’ouvriers catholiques, René de La Tour du Pin fut aussi la tête de file du catholicisme social. Une biographie rend justice à son rôle pour l’instauration d’un ordre social chrétien.
Benjamin Guillemaind
Avant de disparaître sans atteindre ses 100 ans, Antoine Murat nous a laissé une histoire du catholicisme social dans La Tour du Pin en son temps (1). Avec Albert de Mun et Maurice Maignen, La Tour du Pin (1834-1924) fut à l’origine de la législation sociale instaurée à la fin du XIXe siècle. Cet ouvrage magistral arrive à point pour montrer combien on s’est éloigné des principes qui inspiraient alors l’instauration d’institutions économiques et sociales, conformes à un ordre naturel. Les deux erreurs du libéralisme et du socialisme étalent aujourd’hui tous leurs méfaits.
La confrontation entre chrétiens sociaux et chrétiens libéraux fut virulente. Les débats portaient surtout sur les notions de justice et de charité et se projetaient dans l’organisation du travail. Ceux-ci prétendaient que « le patron est quitte lorsque le salaire est conforme à l’usage (on dirait aujourd’hui : le marché) des lieux, même si le salarié meurt de faim. S’il est insuffisant, c’est à la charité à compléter la justice », citant le bâtonnier Théry. « Il est inadmissible, répondait La Tour du Pin, d’assimiler le salaire à une marchandise. » Pour lui « le contrat de travail n’est ni celui d’une location, ni celui d’une vente, mais d’un échange de services. La valeur d’échange prime sur la valeur d’usage. Les services échangés doivent être équivalents et les fruits du travail partagés entre le travail et le capital. Un juste salaire ne saurait dépendre du bon ou du mauvais vouloir d’un patron, de l’égoïsme ou de la générosité d’un employeur ».
Cette organisation du travail ne peut s’appliquer que dans un régime de type corporatif, où grâce à un patrimoine commun aux entreprises d’un même secteur économique, une caisse gère les compensations complétant le salaire nécessaire pour l’entretien d’une famille. Face à la théorie libérale de la concurrence sur les prix – et par déduction entre salariés – en faveur du consommateur roi, sans tenir compte du producteur, La Tour du Pin suggérait des formules d’association comprenant tous les membres de la profession pour en régler tous les problèmes. C’est le principe du syndicat mixte, différent de celui mis en place par la loi de 1884, qui sépare les syndicats de patrons et ceux de salariés.
Ce type d’organisation mutualiste repose sur deux principes essentiels : la propriété du métier, qui consacre des droits au travailleur en raison de sa capacité professionnelle et de facto lui assure la stabilité de son emploi. La propriété collective (le patrimoine corporatif) en assure la garantie. Ce régime de coopération organisée, adaptée à chaque profession et se corrigeant dans le temps, refuse l’absolutisme du capitalisme libéral et rejette étatisme et collectivisme.
Ce courant du catholicisme social, dont La Tour du Pin fut la tête de file, se développa en Autriche, Suisse, Allemagne. Il se concrétisa dans l’Union de Fribourg sous la houlette de Mgr Mermillod. Ses travaux inspirèrent la première encyclique sociale Rerum novarum (1891), parfaite par Léon XIII, qui résolument préconisa la solution corporative et suscita un immense retentissement et des levées de bouclier du côté patronal libéral, réticent aux lois sociales. G. Théry alla jusqu’à écrire : « Quand un ouvrier ne gagne pas de quoi vivre, il émigre. » Le Sillon avec Marc Sangnier naquit de ces soubresauts.
Le premier syndicat agricole fut fondé en 1864, tandis que Léon Harmel organisait un corporatisme d’entreprise dans sa filature du Val des Bois. Plus tard Romanet créa la première caisse d’allocation familiale, commune à plusieurs entreprises. Malheureusement l’idéologie dominante de la démocratie dite représentative, maintint le clivage entre l’utopie libérale (fondée sur l’individualisme) et l’utopie socialiste (omnipotence de l’État), sans parvenir à établir une démocratie organique, reconnaissant l’autonomie des corps intermédiaires où sont unis tous les membres d’une profession, d’une branche ou d’un métier. Une démocratie organique : tout un programme !
1. Antoine Murat, La Tour du Pin en son temps, (1834-1924), Via Romana, 384 p., 29 e
14:18 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : la tour du pin, catholicisme social



