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21/07/2013

Et si nous lisions les classiques cet été ?

 

VirgileAu début du siècle dernier, l’université américaine a été touchée par le mouvement des Grands Livres. De quoi s’agissait-il ? Dans une perspective interdisciplinaire, ce programme invitait les étudiants à lire les grands textes de la tradition occidentale afin d’acquérir une base culturelle indispensable mais aussi de puiser dans l’expérience morale des siècles passés. Pour le professeur Mortimer Adler de l’université Colombia, un grand livre se caractérisait par le fait qu’il offrait des éléments de réflexion par rapport aux problèmes contemporains, que sa lecture pouvait être sans cesse reprise sans que l’intérêt s’épuise et, enfin, qu’il reflétait les grandes questions qui avaient toujours agité l’humanité. Une liste (forcément discutable) avait été mise au point, proposant aussi bien Platon, Aristote, Homère ou Virgile (photo) que Shakespeare, Voltaire, Corneille ou Chaucer. On y trouvait aussi des œuvres de saint Augustin, de saint Thomas d’Aquin ou de Martin Luther. Dans un essai paru aux États-Unis, puis traduit en français, Jacques Maritain avait salué l’effort du mouvement des Grands Livres dans lequel il voyait « le moyen d’éducation primordial ».

Dans les années soixante-dix, le professeur John Senior, ancien élève de Columbia, alors enseignant à l'université de Kansas, a dressé le constat de l’échec de cet effort. Non, parce que l’idée était mauvaise en soi, mais parce que proposée aux étudiants, elle arrivait trop tard. L’imagination encombrée, l’intelligence déviée dès le plus jeune âge, les étudiants n’arrivaient pas à en tirer un réel profit. D’une certaine manière, la situation est pire aujourd’hui et explique aussi bien les erreurs anthropologiques de nos contemporains que leur capacité à se laisser mouvoir par la propagande.

C’est pourquoi, sans lui donner l’ampleur de l’époque de Colombia, ne serait-il pas malgré tout utile de reprendre chacun pour soi-même quelques idées de ce mouvement ? Entre le dernier Marc Lévy et un dialogue de Platon ou un texte de Virgile, choisissons l'un de ces derniers cet été. Il faudra faire un effort au début mais la récompense sera au rendez-vous. Entre le dernier livre de spiritualité à la mode et nos grands auteurs spirituels,  saint François de Sales ou sainte Catherine de Sienne par exemple, n’hésitons pas non plus. Nous y gagnerons personnellement et nous favoriserons autour de nous le terrain de la reconquête spirituelle et culturelle. 

24/05/2013

Dimanche 26 mai ou l'apologue de la petite fille aux cheveux roux

chesterton.jpgPourquoi serons-nous dans la rue dimanche ? Le combat pour la famille n'est pas lié aux seules circonstances. Il est permanent et refondateur non d'un courant politique mais du pays. La société doit s'appuyer sur la famille et celle-ci doit être protégée par l'État et soutenue par l'ensemble des corps intermédiaires. La famille n'a pas seulement un rôle moral et éducatif. Elle est aussi la cellule de base de la vie économique, de la vie sociale et de la vie politique dans son ensemble. Une société qui s'organise contre la famille est une société qui non seulement meurt moralement, mais se suicide économiquement et politiquement. En nous battant pour la famille, nous ne défendons pas un pré carré politique (la droite contre la gauche; les catholiques contre les autres), nous entendons reconstruire ce que l'individualisme issu des Lumières a sapé au long de plusieurs siècles. Nous nous plaçons dans une perspective de bien commun devenue incompréhensible pour nos contemporains enfermés dans le cercle clos de l'individualisme. Or on ne fait pas du social avec de l'individuel, sinon à forcer l'individuel à s'épuiser pour être un monde à lui seul et le social à n'être plus que le garant des normes individuelles qui le nient par définition. À sa manière, dès 1910, dans Le Monde comme il ne va pas, Chesterton montrait que toute la reconstruction de la société part de la situation faite (pour parler comme Péguy) à une petite fille rousse. Voici un extrait de ce texte qui, avec les ajustements nécessaires au regard des circonstances différentes, est aussi pour notre époque : 

« Il y a quelques temps, certains docteurs et autres personnes que la loi moderne autorise à régenter leurs concitoyens moins huppés, décrétèrent que toutes les petites filles devaient avoir les cheveux courts. J'entends par là, bien entendu, toutes les petites filles dont les parents étaient pauvres. Les petites filles riches ont, elles aussi, de nombreuses habitudes très peu salubres, mais il faudra du temps avant que les docteurs tentent d'y remédier par la force. La raison de cette intervention était que les pauvres vivent empilés dans des taudis tellement crasseux, nauséabonds et étouffants, qu'on ne peut leur permettre d'avoir des cheveux car cela veut dire qu'ils auraient des poux. Voilà pourquoi les docteurs ont proposé de supprimer les cheveux. Il ne semblerait pas qu'il soit même venu à l'esprit de supprimer les poux. C'est pourtant possible. (…) Cette parabole, ces dernières pages, et mêmes toutes ces pages, visent à démontrer que nous devons tout recommencer, à l'instant, et par l'autre bout.

Je commencerai par les cheveux d'une petite fille. Si mauvais que soit le reste, la fierté d'une bonne mère pour la beauté de sa fille est chose saine. C'est l'une de ces tendresses inaltérables qui sont les pierres de touche de toutes les époques et de toutes les races. Tout ce qui ne va pas dans ce sens doit disparaître. Si les propriétaires, les lois et les sciences s'érigent là-contre, que les propriétaires, les lois et les sciences disparaissent.

Avec les cheveux roux d'une gamine des rues, je mettrai le feu à toute la civilisation moderne.

Puisqu'une fille doit avoir les cheveux longs, elle doit les avoir propres; puisqu'elle doit avoir les cheveux propres, elle ne doit pas avoir une maison mal tenue; puisqu'elle ne doit pas avoir une maison mal tenue, elle doit avoir une mère libre et détendue; puisqu'elle doit avoir une mère libre et détendue, elle ne doit pas avoir un propriétaire usurier; puisqu'elle ne doit pas avoir un propriétaire usurier, il doit y avoir une redistribution de la propriété; puisqu'il doit y avoir une redistribution de la propriété, il doit y avoir une révolution.

Cette gamine aux cheveux d'or roux (que je viens de voir passer en trottinant devant chez moi), on ne l'élaguera pas, on ne l'estropiera pas, en rien on ne la modifiera; on ne la tondra pas comme un forçat. Loin de là. Tous les royaumes de la terre seront découpés, mutilés à sa mesure. Les vents de ce monde s'apaiseront devant cet agneau qui n'a pas été tondu. Les couronnes qui ne vont pas à sa tête seront brisées. Les vêtements, les demeures qui ne conviennent pas à sa gloire s'en iront en poussière. Sa mère peut lui demander de nouer ses cheveux car c'est l'autorité naturelle, mais l'empereur de la Planète ne saurait lui demander de les couper. Elle est l'image sacrée de l'humanité. Autour d'elle l'édifice social s'inclinera et se brisera en s'écroulant; les colonnes de la société seront ébranlés, la voûte des siècles s'effondrera, mais pas un cheveu de sa tête ne sera touché. »

 

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Non, ce n'est pas la petite fille aux cheveux roux, ni son frère, ni sa sœur, pas plus que sa mère et son père, ses oncles, tantes, cousins et cousines qui doivent changer. S'il y a un problème, c'est la politique qui entraîne ce problème qui doit changer. Le problème, ce n'est pas le mariage d'un homme et d'une femme, le problème, c'est l'union que l'on veut nous faire passer pour un mariage, comme si un pied était une main et que tout se valait dans la grande valse des égoïsmes individualistes. Aujourd'hui, demain et jusqu'à ce que les choses reprennent le cour normal de la vie, nous mettrons le feu à la civilisation moderne, au nom des cheveux roux d'une gamine des rues.

27/03/2011

RIP : Dennis Quinn, le dernier de l'IHP Kansas

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Après John Senior et Frank Nelick, le dernier professeur du célèbre trio qui anima dans les années soixante-dix l'« Integrated Humanities program » (IHP) de l’Université de Kansas., vient de retourner à la Maison du Père.

Dennis Quinn est décédé le 15 mars dernier à l’âge de 82 ans. Avec John Senior, plus connu en France en raison de la traduction de deux ouvrages chez DMM – La mort de la culture chrétienne et La restauration de la culture chrétienne –, Dennis Quinn a formé une génération d’étudiants dont beaucoup se convertirent au catholicisme par la seule porte de la littérature classique. On trouvera une présentation de cette aventure extraordinaire de l’IHP ici.

Dennis Quinn est né le 3 octobre 1928 à Brooklyn. Ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale, engagé dans le Pacifique, il devint dans les années cinquante docteur en anglais et en littérature comparée. Il effectua des recherches en Hollande et en Espagne, puis fut directeur du Pearson College et l’un des animateurs de l’IHP à l’université de Kansas. À ce titre, il conduit deux groupes d’étudiants en Grèce et en Italie et un autre groupe en Irlande. Il lui fut décerné plusieurs prix récompensant son travail. Il publia en 2006 "Iris Exiled" about the history of wonder, un livre malheureusement non traduit en français et qui évoque la Bible et Homère comparés aux regards modernes. 

Marié depuis 1952, veuf depuis 2006, il était le père de deux filles et d’un fils. Signe d’une relation toujours féconde avec certains de ses anciens élèves, la famille a demandé que les dons pour les messes soient notamment transmis à l’abbaye de Clear Creek. Certains de ses anciens élèves ont témoigné de leurs dettes envers ce « great professor ». 

18:31 Publié dans Éducation | Lien permanent | Commentaires (0)