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Chesterton - Page 2

  • Le distributisme de Chesterton fait la Une du Washington Post et descend dans la rue à New York

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    Dans un article publié le 17 octobre dernier, et signé David Gibson, le Washington Post s’attarde à l’actualité du distributisme sous le titre éloquent : « Age-old ‘distributism’ gains new traction ».

    Hé oui, le vieil idéal, diffusé naguère par Chesterton et Belloc, mais aussi le Père Vincent McNabb ou Arthur Penty, s’offre un petit retour en force en raison d’une crise que les solutions libérales et socialistes peinent à résoudre. L’article de Gibson évoque l’Anglais Phillip Blond à l’occasion de son passage à New York pour une conférence à l’université de cette ville. Blond, après avoir été théologien, professeur d’université, proche du mouvement « Radical Orthodoxy » et de son mentor, John Milbank, puis conseiller de David Cameron, préside aujourd’hui le « think tank » ResPublica, une fondation politique qui entend influer sur les débats politiques en Grande-Bretagne.

    Image 3.pngBlond, qui a non seulement la pédagogie du professeur mais le sens des formules qui frappent, a théorisé sa pensée et sa démarche dans un ouvrage au titre percutant : Red Tory. S’il s’inspire du distributisme de Chesterton et Belloc, Phillip Blond a pris soin d’adapter les vieux principes aux problèmes de la société actuelle. C’est ce que note, à sa manière, le Washington Post qui rapporte quelques propos du président de ResPublica selon lequel le capitalisme n’a pas créé un marché libre, mais un marché fermé, détruisant en même temps le tissu social de la nation, qui laisse ainsi les individus et les familles sans liens sociaux et dépendant entièrement de l’État central. Prenant appui sur l’actualité, Blond estime ainsi que les Tea Party et les insurgés de Wall Street manifestent, chacun à sa manière, les mêmes craintes et les mêmes refus. Le refus d’un pouvoir étatique omnipotent et d’une concentration des richesses et du pouvoir dans les mains des seuls adulateurs du marché.

    À ses auditeurs américains, Phillip Blond a répété que ce qui est petit et local vaut mieux que les grands appareils gigantesques qui loin des vrais problèmes ne le règlent pas ou mal. Il a argumenté pour la subsidiarité dans une société qui retrouve ses droits tout en soulignant que l’État a un rôle à jouer dans certains domaines. Plus de société,moins d’État donc, mais un État qui remplisse effectivement les grandes tâches qui lui appartiennent et qu’il est vraiment seul capable de réaliser. Il s’agit une fois encore de libérer la société des oligarchies qui l’empêchent de vivre normalement. Un langage que New York est peu habitué à entendre…

     

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    Dans les rues de New York, justement, les insurgés découvrent un tract dont l’inspiration découle en droite ligne de la pensée politique de Chesterton. Sous le titre « Le Capitalisme est pour les riches ; Le socialisme est pour les bureaucrates », ce tract explique ce qu’est le distributisme, au-delà de son refus du libéralisme et du socialisme, concentration du pouvoir politique et économique dans les mains de quelques-uns dans le premier cas ; dans les mains de l’État dans le second.

    Il explique surtout ce qu’est positivement le distributisme, une économique humaine fondée sur la famille, s’appuyant par exemple sur les entreprises familiales ou des coopératives, soucieuse du bien vivre jusque dans le respect de l’environnement et de la nourriture. Le tract souligne que cette forme d’économie est déjà mise partiellement en application par des milliers de petites entreprises familiales, des banques de microcrédit, des associations coopératives d'épargne et de crédit ou à plus grandes échelles par des entreprises comme les coopératives Mondragon en Espagne ou les coopératives d’Emilie-Romagne en Italie.

    Le but de ce tract ? Non pas résumer en peu de mots ce qu’est le distributisme, mais indiquer à une foule inquiète, perdue, en révolte et proie facile des mouvements révolutionnaires qu’une autre forme d’économie existe, qu’elle a déjà été appliquée et qu’elle répond aux attentes des gens ordinaires. À l’initiative de  ce combat militant, Richard Aleman, jeune président de The Society for distributism, qui n’hésite pas à descendre sur le terrain pour distribuer dans les rues ce simple tract et répondre aux questions. Comme lui, d’autres ont distribué ce document, reproduit par leurs propres soins, dans plusieurs villes des États-Unis. Grâce à eux, Chesterton et Belloc ont repris pieds dans la rue…

  • Une émission française avec le Père Boyd

    Le jeudi 24 septembre dernier, Daniel Hamiche s’entretenait, dans son émission de Radio Courtoisie, avec le Père Ian Boyd, président du Chesterton Institute et directeur de la Chesterton Review. La traduction était assurée en direct par Anne Fouques Duparc. Dans le studio, étaient également présents l’abbé Claude Barthe et Philippe Maxence.

    Le thème de l’émission était, bien sûr, la Table ronde consacrée à Chesterton et au renouveau littéraire catholique, qui se tiendra le 15 octobre prochain au Collège des Bernardins. Surtout inscrivez-vous auprès des amis.de.chesterton@free.fr ou au 01 53 68 99 72 pour y participer. Vous aiderez ainsi à l’organisation de cette soirée unique en France.

    Rappelons que le tarif est vraiment dérisoire (5€ tarif normal ou 3€ pour les moins de 26 ans, prêtres, étudiants, demandeurs d’emploi, bénéficiaires de minima sociaux) alors que nous serons accueillis dans un lieu exceptionnel : le Collège des Bernardins.

    Merci à Philippe V. pour avoir recueillis cette émission. Et merci à Daniel Hamiche à l’origine de celle-ci.

     


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  • Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste

    Chesterton.JPGL'événement du moment pour les amis de G.K. Chesterton est constitué par la sortie de Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste, traduction française de Outline of sanity, livre que Chesterton fit paraître en 1926. Inédit en langue française, cet ouvrage complète ainsi la vision que nous pouvions avoir de l'écrivain, qui ne fut pas seulement un romancier, un apologiste, un essayiste chrétien, mais aussi un homme engagé pour une plus grande justice sociale.
    Édité par les Éditions de l'Homme Nouveau, Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste, est formé de cinq grandes parties, comprenant chacune de deux à quatre chapitres. Il se termine par un ultime chapitre conclusif dans lequel Chesterton, conscient de l'aspect un peu éparpillé de ses essais, donne une synthèse générale de sa pensée.
    L'ouvrage a une coloration nettement polémique, au meilleur sens du terme. Chesterton défend une vision de la société, argumente en sa faveur, mais, par le fait même, la distingue de conceptions opposées. Bien sûr, le contexte dans lequel furent publiés les articles réunis dans ce livre est aujourd'hui largement dépassé. Bien sûr, le vocabulaire a évolué et le monde est devenu largement plus complexe. Chesterton écrit à une époque où le monde est sorti de la Première Guerre mondiale depuis moins de dix ans. Le fascisme est au pouvoir en Italie depuis quatre ans seulement. En revanche, le monde libre regarde en direction de la Russie, devenue l'URSS, et affiche une grande crainte devant la menace communiste. En France, l'expérience du Front populaire n'a pas encore eu lieu; l'Espagne ne connaît pas encore la guerre civile. En Allemagne, le nazisme devra attendre 1933 pour parvenir au pouvoir. Deux grands modèles socio-économiques s'affrontent donc alors : le capitalisme et le socialisme étatique. L'un est incarné par les États-Unis et l'autre par l'URSS.
    C'est face à ces deux conceptions que Chesterton propose une autre vision, inspirée directement de l'encyclique Rerum novarum du pape Léon XIII. C'est si l'on veut une vision chrétienne de la société, une conception conforme à la doctrine sociale de l'Église, mais qui, en même temps, ne nécessite pas forcément d'avoir la foi. Chesterton et ses amis, notamment Hilaire Belloc, lui ont donné le nom de « distributisme ». Ce terme n'est pas en soi très clair et il demande quelques explications.
    Distributisme implique l'idée de « distribution ». Mais de « distribution » de quoi ? C'est ici que le contexte anglais est largement différent du contexte français. En France, les catholiques sociaux, également inspirés par Rerum novarum de Léon XIII, ont été amenés à porter leurs efforts dans une direction différente de celle qui fut prise par les catholiques sociaux anglais comme Chesterton. En France, l'effort sera mis sur la réconciliation des classes à travers la proposition d'un ordre corporatif, capable également d'améliorer la condition ouvrière. De ce fait, une partie des catholiques sociaux français estimera nécessaire de parvenir à changer les structures de l'État pour permettre l'émergence de cet ordre corporatif. En revanche, comme la société française est encore largement paysanne et que la propriété privée, même de petite dimension, y est présente, l'accent est moins mis sur cette question.
    L'Angleterre se trouve dans une autre situation. La question du régime ne se pose pas. Mais les chrétiens sociaux sont confrontés à une organisation sociale qui réserve encore la majorité des terres à une petite classe : l'aristocratie. Il n'y a quasiment pas d'équivalent de la paysannerie française en Angleterre. Les prolétaires – c'est-à-dire ceux qui ne sont pas propriétaires (et d'abord d'eux-mêmes) – ne sont pas seulement les ouvriers de l'industrie, mais également les paysans qui peuvent du jour au lendemain se retrouver sans emploi. En gros, c'est cette situation que dénonce Chesterton, tout en tentant d'y apporter une réponse satisfaisante au plan humain et politique. Il lui donne le nom de distributisme puisqu'il s'agit de rendre les familles et les hommes vraiment libres en leur donnant à tous la propriété privée des moyens de production. À partir de là, il développe toute une conception de la vie sociale qui s'oppose au mythe du progrès, base commune de la conception « capitaliste » et de la conception « socialiste ».
    En quoi, un tel livre peut-il concerner des Français du XXIe siècle ? Au-delà des mots et du contexte d'une époque, Chesterton montre bien que notre monde n'est pas le fruit du hasard. Il répond à un développement logique, dont il dénonçait les prémisses en 1926 et dont il voyait bien ce qu'il donnerait. Dans un monde globalisé, en partie grâce à la technologie, en partie grâce aux moyens de communication et en partie, en raison de la victoire de l'idéologie libérale, la situation dénoncée par Chesterton est devenue la nôtre. Alors que l'effort et le travail sont des valeurs mises en avant constamment, il semble que seuls certains en bénéficient. Alors que le monde de l'entreprise est exalté, seuls les grands groupes internationaux bénéficient de l'intérêt de l'État, au détriment des petits commerces, qui formaient encore naguère le tissu économique de notre pays. Alors que la famille traditionnelle n'est en soi ni une valeur de droite ni une valeur de gauche, celle-ci ne cesse d'être attaquée au point non seulement de n'être plus considérée comme la cellule de base de la société, mais d'être mis en concurrence avec d'autres formes de « famille ». Alors que la France est une terre paysanne, comprenant un large éventail de productions agricoles, notre agriculture n'a cessé de diminuer, transformant autant le visage économique de la France que le visage de la société.
    La question qui se pose est donc de savoir si cette nouvelle situation a rendu l'homme plus heureux, la société plus stable, la paix plus assurée ?
    En lisant les propositions de Chesterton – qui reste toujours habité de la flamme de l'espérance et d'une philosophie de la gratitude même en matière politique – il ne s'agit pas forcément de tomber d'accord avec chacune d'entre elles, mais de prendre le temps de réfléchir un instant en compagnie d'un auteur qui reste un grand écrivain. L'enjeu, c'est tout simplement notre propre liberté, notre capacité à redevenir réellement les maîtres de notre destin, à redevenir propriétaire de nous-mêmes.
    Pour se procurer le livre, il suffit de le commander en ligne sur www.hommenouveau.fr (envoi immédiat) ou en écrivant aux Éditions de l'Homme Nouveau, 10 rue Rosenwald 75015 Paris ou en téléphonant au 01 53 68 99 77. Le prix du livre est de 22 €. Ce tirage est limité et il est offert en priorité à ceux qui commanderont le livre au mois de mars, avant que le reste éventuel soit mis en vente en librairie en avril.

     

    Ce texte est également disponible sur le blog des Amis des Chesterton.