Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Belloc - Page 2

  • Distributisme : la vidéo

    Bon d'accord, c'est en anglais. Mais c'est une bonne manière de réviser.

     

  • Docteur No a lu Hilaire Belloc

    234fa9bfc9c3c3bdb42fb3f09a339d61.jpgY a-t-il un rapport entre les élections présidentielles américaines et Hilaire Belloc (ici à la fin de sa vie) ? Pour saugrenue qu’elle paraisse, la question ne manque pas de fondements. Elle en manque d’autant moins que la réponse est : « oui » ! On serait pourtant bien en peine de trouver au sein des grands médias américains et français (surtout français…) une simple évocation de ce rapport. Une illustration, au passage, de l’intérêt de petits blogues comme celui-ci.
    Alors que nous découvrions les résultats des primaires dans l’État de l’Iowa puis dans le New Hampshire, un petit livre nous est arrivé : The Party system. Signé de Hilaire Belloc et de Cecil Chesterton (le frère de Gilbert Keith Chesterton), cet ouvrage ne date pas d’hier. Sa première édition remonte à 1911. Plusieurs fois réédité, ce petit livre connaît aujourd’hui une édition américaine. La surprise, à vrai dire, n’est pas venue de cette réédition. Le courant « distributiste » connaît dans le monde anglo-saxon un beau renouveau depuis la fin de la guerre froide et de la victoire par K.O. du libéralisme dans sa version mondialiste. Non, la surprise vient de l’avant-propos signé par un des candidats à la candidature aux élections présidentielles américaines.
    Démocrates ? Républicains ? C’est, en effet, parmi ces derniers qu’il faut chercher celui qui a osé accoler son nom à ceux de deuxd390b8e10754fc56575e09f44c978225.jpg catholiques du début du siècle dernier, virulemment anti-capitalistes et néanmoins anti-socialiste forcenés.
    Les noms des candidats Républicains ne sont peut-être pas tous familiers aux lecteurs de ce blogue. Rappelons-les pour mémoire :
    – Sam Brownback
    – Rudolph Giuliani
    – Mike Huckabee
    – Duncan Hunter
    – John McCain
    – Ron Paul
    – Tom Tancredo
    – Fred Thompson
    – Mitt Romney

    6db860f37bdd6b9634d8d6d1e48dc9fa.jpeg Avouons-le, pas facile de faire son choix ! Le plus surprenant, c’est que cet avant-propos à la réédition du livre de Belloc et de Chesterton ne vient pas d’un des candidats pointés parmi les plus « religieux ». Il s’agit, en fait, de Ron Paul, surnommé « Docteur No » (il est médecin obstétricien) à cause de ses nombreux votes négatifs envers la politique du Président Bush. La surprise pourtant ne s’arrête pas là. Ron Paul est pour le mariage des couples homosexuels et pour la dépénalisation de la marijuana. Il est également farouchement contre l’avortement et le droit du sol. Dans la suite de ces idées si paradoxales, Ron Paul s’est déjà présenté aux élections présidentielles de 1988 pour le compte du Parti libertarien (tout en restant membre du Parti républicain).
    Libertarian Party ? Cette formation politique, fondée en 1971, appartient à la myriade des partis politiques minoritaires étatsuniens. Adversaire absolu de l’État providence, il milite pour une déréglementation totale de l’économie. Ce sont des « libéraux » conséquents et qui vont au bout des théories libérales.
    Cette présentation succinte et de Ron Paul et du Libertarian Party pour lequel il a concouru à la Présidence des États-Unis ne laisse pas de surprendre quand on la rapproche des positions de Belloc et de Chesterton.
    Pour cette campagne 2008, Ron Paul ne se présente plus sous l’étiquette libertarienne. Il commence même ainsi son avant-propos à The Party system. Répudiation et rupture avec son passé et son engagement dans ce domaine ? Pas vraiment ! En fait – et c’est le point de rencontre entre le candidat et le livre de Belloc/Chesterton – Ron Paul a expérimenté au cours des différentes rencontres électorales auxquelles il a participé que la démocratie n’est pas soluble dans le système des partis. C’est la thèse centrale du livre de Hilaire Belloc et de Cecil Chesterton. Les partis politiques ne sont pas la démocratie ; les partis politiques ne représentent même pas la démocratie. Ils sont au mieux des instruments pour mettre en œuvre la démocratie. Et parfois, et même souvent, ils s'opposent à la véritable démocratie.
    S’appuyant sur la théorie bellocienne de la démocratie, Ron Paul dénonce, en fait, le système bipartite américain qui est, selon lui, une confiscation de la démocratie au profit de deux oligarchies. Cette confiscation est également selon lui contraire à la constitution des États-Unis, texte fondateur auquel il appelle constamment à se référer. Libertarien, Ron Paul partage, de fait, plusieurs vues en commun avec le courant distributiste qui contrairement à lui postule malgré tout une certaine régulation de l’économie (mais non par l’État, mais par les corps sociaux professionnels) et la référence à un ordre moral qui éclaire la liberté qui n’est pas perçue comme un absolu.
    Cependant le terme même de libertarien concernant Ron Paul semble fausser la perception que nous pouvons avoir de lui. Avant73790ae6344c4d526088d3024a4454a6.jpeg tout, c’est un jeffersonien, un décentralisateur. Fédéraliste tempéré – et même très tempéré –, anti-fédéraliste plus exactement, Ron Paul a voté systématiquement contre le budget des agences fédérales comme la CIA ou le FEMA. Il s’est prononcé également pour la suppression de l’impôt sur le revenu et l’abolition de la Réserve fédérale. Il préconise pour les États-Unis leur sortie de l’ONU, de l’OTAN et de l’OMC.
    Et au plan religieux ? Protestant et pratiquant, il a introduit en 2005 une proposition de loi visant à la reconnaissance du caractère sacré de la vie dès la conception. Fidèle à son anti-fédéralisme et au droit des États (décentralisation), ce texte prévoyait que chaque État puisse prendre individuellement des mesures contre l’avortement. Devant le Congrès, il n’a pas hésité à rendre un vibrant hommage à Jean-Paul II lors de son décès : « Jean-Paul II a compris que la liberté, à la fois personnelle et économique, est une condition nécessaire à l’épanouissement de la vertu humaine ».
    Opposé à l’avortement et à l’euthanasie, Ron Paul l’est aussi à la peine de mort. De la même façon, il a vigoureusement combattu la guerre en Irak et préconise un retrait immédiat des troupes américaines. Il s’est notamment opposé à la majorité des Républicains sur ce sujet et notamment aux « théocons » (à ce sujet, voir ici) qui ont tenté de justifier cette aventure en recourant à la thèse catholique de la juste guerre. Selon Ron Paul, ils ont déformé cette thèse en la transformant en celle de guerre préventive.
    Enfin, il n’est pas inutile de souligner que comme candidat à l’élection présidentielle, Ron Paul s’est déclaré partisan du « homeschooling », de l’école à la maison. Son argument de fond est simple : il faut rendre aux parents la responsabilité de l’éducation.
    On trouvera plus d’information sur Ron Paul :ici, et
    Dans son avant-propos, Ron Paul souligne combien Hilaire Belloc et Cecil Chesterton ont perçu avec une singulière acuité l’un des maux terribles de notre époque : la place des grands médias (alors seulement les grands quotidiens) et la pression constante qu’ils exercent sur la vie démocratique. Pour Belloc et Chesterton, ces grands médias nécessitaient toujours davantage d’argent, imposaient une opinion souvent anonyme et favorisaient la vie urbaine. Ron Paul note qu’à ce sujet s’impose l’antique question de la poule et de l’œuf. Qui a favorisé cette situation, cette relation incestueuse entre la (grande) presse et les partis politiques ? Est-ce la presse ? Sont-ce les partis ? Ou est-ce finalement le système lui-même qui s’auto-construit ainsi jusqu’à créer les conditions d’un système bipartite (comme on le voit aussi en France) et empêcher toute critique d’être entendue et relayée politiquement ?
    De ce point de vue-là, il y a un phénomène Ron Paul. Volontairement ou pas, l’homme a un peu grippé la machine. Candidat anti-système, l’utilisation d’Internet par ses partisans s'est révélé bénéfique. Le 17 décembre dernier, il a battu le record des dons reçus en 24 heures : 6 millions de dollars. Pas de gros patrons, de grosses firmes, de grosses fondations ou associations. Ces derniers ne l’aiment pas. Non, cette générosité a été celle de 25 000 nouveaux petits donateurs.
    Candidat anti-système, Ron Paul doit faire face aux médias qui ne l’aiment pas et qui évitent de parler de lui. Même en France, des magazines, pourtant réputés à droite, l’ignorent. Il est vrai qu’il n’a pas hésité à créer le scandale en s’attaquant à la figure d’Abraham Lincoln en personne, à propos de la Guerre entre les États (guerre de sécession) : « acheter les esclaves et les libérer aurait évité de faire 600 000 morts ».
    Alors, faut-il soutenir Ron Paul ? Au-delà des deux points importants de son programme auquel nous ne pouvons pas souscrire, il convient de respecter la démarche du candidat anti-système. Il veut reconquérir la liberté et la souveraineté de l’Amérique. Même si les répercussions des élections américaines sont énormes pour le reste du monde, ce n’est pas à nous de choisir. Mais aux Américains. God bless America.

  • Hilaire Belloc, distributisme et propriété privée (VIII)

    a3cb24849190bfa32408241acb1d5472.jpegSuite de la présentation du chapitre II de An essay on the restauration of property de Hilaire Belloc dans lequel l'auteur discute les avantages des grandes unités de production. On notera l'aspect visionnaire de son analyse concernant le pouvoir de la publicité. Visiblement, Belloc sentait venir la société de consommation, même s'il ne pouvait pas encore en prévoir la forme précise. Plusieurs décennies après, cette réflexion sera poursuivie par E.F. Schumacher qui montrera, en écho au principe de subsidiarité, la nécessité des petites unités de production, et même, ce qu'il baptisera les technologies intermédiaires, susceptibles selon lui à la fois de permettre le développement sans détruire le tissu social et humain. 

     

    Au prix de la liberté ?
    Belloc s'attache surtout à montrer que certains de ces avantages de la grande unité de production ont surtout conduits dans les faits – il prend l'exemple des petits producteurs de lait et des petits commerçants – à une diminution de la liberté, rendant les producteurs et les commerçants esclaves du salaire. Il estime également que ces avantages conduisent au monopole avec toutes les conséquences qu'une telle situation génère. De manière visionnaire, il critique la publicité dont il sent bien que les effets sur le consommateur sont énormes. Dans une société urbaine, soumise à une éducation d'État, on obéira facilement à la suggestion de la publicité, malgré son caractère insensé et arbitraire. Par ce biais, un marché peut être créé de toute pièce, sans répondre directement à une nécessité ou à une demande. Et, inévitablement, cette présence accrue de la publicité entraînera une baisse de la qualité des produits. Car, ainsi, on entre dans un système économique, dans lequel il faut toujours vendre plus. Pour vendre plus, il faut donc que les produits soient rapidement renouvelables. Notons que nous sommes aujourd'hui, exactement dans ce type de système et de société. Là où nos ancêtres entendaient fabriquer des produits durables, nous faisons exactement le contraire, pour alimenter en permanence le système de croissance.
    Concernant la facilité de crédit, Belloc constate que la grande entreprise est favorisée. Elle l'est parce qu'elle peut négocier des taux d'intérêts spéciaux; parce qu'elle peut payer la banque plus facilement; parce que la négociation se déroule entre deux « grandes entreprises ». Mais le prix vient de l'accroissement du pouvoir des banques. Ce sont elles qui finissent par imprimer la marque et le sens de l'économie et, plus largement de la société. Le problème de la ploutocratie n'appelle pas selon lui une grande démonstration. Elle est une évidence, favorisée qu'elle est par le système parlementaire. Il penche donc, de ce point de vue -là, pour la monarchie active, seule capable de faire pression sur les féodalités d'argent.
    Belloc ne semble pas répondre directement ou en totalité aux arguments en faveur de la grande propriété. Il y a là une tournure paradoxale. Il ne nie pas, en effet, certains de ses avantages ou de ses effets, dans le cadre d'un système favorable à la propriété concentrée. Mais justement ! Il estime, au regard des principes affirmés dans le premier chapitre, qu'à chaque fois ces arguments favorisent une minorité au détriment de la majorité des petits propriétaires, devenus une espèce en voie de disparition, aliénée à un système qui l'empêche d'exercer pratiquement sa liberté. 

     

    Plus largement, sur le distributisme, signalons une réalisation basque, influencée notamment par ce courant. Denis Sureau en parle sur son blog en écho à un article de Challenge : c'est ici.  

     

    À suivre… (pour les courageux…).