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  • Les femmes et la vie ordinaire

    Dans son essai, Les femmes et la vie ordinaire (1), Christopher Lasch affirme que :

    1°) « la famille traditionnelle, au sein de laquelle le mari part travailler tandis que la femme reste à la maison avec les enfants n’avait rien de traditionnel. Ce fut une innovation du milieu du vingtième siècle ».
    2°) Il ajoute : « Au sujet du nouvel ordre des banlieues (celle des années 1950, ndlr), ordre fondé sur une séparation stricte du foyer et du lieu de travail, ainsi que sur une division stricte du travail sexuel, le commentaire le plus révélateur fut peut-être celui qui affirmait que chaque sexe envie l’existence que mène l’autre. Les hommes envient la sécurité domestique dont jouissaient leurs femmes ; les femmes enviaient les carrières excitantes dont jouissaient prétendument leurs maris »
    3°) De ces affirmations, Lasch conclut que le féminisme a débouché sur l’exaltation d’un modèle de famille qui préconise un seul choix : « la famille au sein de laquelle les adultes travaillent à temps plein dans le marché ».
    4°) Un vrai féminisme selon Lasch, « plutôt que de consentir à la subordination de la famille par rapport au lieu de travail (…) devrait chercher à remodeler le lieu de travail autour des besoins de la famille. Il devrait remettre en question l’idéologie de la croissance économique et de la productivité, ainsi que le carriérisme qu’elle engendre ».

    La question, au demeurant, n’est pas de promouvoir un vrai féminisme que de remettre la famille comme pivot à partir duquel s’organise la vie économique et sociale. Aujourd’hui combien de cadres vivent sans avoir en semaine une véritable vie de famille ? En réunissant à nouveau famille et travail dans une unité de vie, on donnerait peut-être un visage plus humain à la vie économique et on cesserait de donner mauvaise conscience aux femmes qui cherchent à éduquer leurs enfants, rendant ainsi un vraie service à la société.

    Au fait, que vous inspire les affirmations de Lasch ?


    (1) Éditions Climat

    Sur Christopher Lasch : ici

  • Deux réflexions du cardinal Ratzinger

    Non, nous ne sommes pas pour un retour en arrière (ce qui ne veut rien dire), ni d'ailleurs pour une fuite en avant. Nous cherchons un équilibre.
    Deux réflexions (que nous partageons) du cardinal Ratzinger, futur Benoît XVI à ce sujet :

    – « On ne peut pas non plus profiter soi-même des possibilités de la civilisation technologique et imposer en même temps aux autres son propre rêve romantique d'un monde qui ne connaîtrait pas encore la technique ».

    – « Cette civilisation technologique n'est pas neutre du point de vue religieux religieux et moral, même si elle s'imagine l'être. Elle change les normes et les modes de comportements. Elle change la compréhension du monde dans ses fondements. Elle met immanquablement en mouvement le cosmos religieux.L'apparition de ces nouvelles virtualités de l'existence est un tremblement de terre qui ébranle le paysage spirituel jusque dans ses fondations ».

    (Valeurs pour un temps de crise, pp. 110-112).

    Nous sommes en complet accord avec ces deux affirmations. Et nous cherchons les moyens concrets d'éviter les écueils de la civilisation technologique et du rêve romantique.
    Vos idées sont les bienvenues.

  • L'hérésie technologique

    Dans L'époque de la sécularisation (Éditions des Syrtes), le philosophe italien Augusto Del Noce s'attache à définir ce qu'il appelle « l'hérésie technologique ». Lisez et comparez avec notre société. Extraits :
    « dans la vision traditionnelle, il y a primauté de la contemplation d'un ordre idéal auquel notre action doit se conformer. La civilisation technologique lui substitue une primauté de l'action, en ce sens que la connaissance humaine n'a de valeur que dans la mesure où elle peut servir à des fins pratiques : la transformation de la matière pour les fins de l'utilité et de la domination sur les choses exercée par l'homme sensible ».
    « Passons à un autre point : ce qui doit arriver lorsque les hommes ne sont plus unis par des idéaux ou des valeurs surprasensibles. La recherche du bien-être remplace alors celle de la vie bonne; et il ne peut y avoir de bien-être, notion tout à fait distincte de la félicité, sans, précisément, de sensations "nouvelles". L'intellectuel est dès lors au service du public, non plus l'élever mais pour satisfaire ce besoin de nouveautés. Un individu ne sentira uni à un autre que lorsqu'il en aura besoin pour sa toujours plus grande réalisation sensible. Par conséquent, tout doit devenir objet d'échange ».
    « On pourrait m'objecter que le développement technologique, comme tel, n'est pas responsable de ces attitudes. Ceci est très juste : mais quand on parle de civilisation technologique on n'a pas à l'esprit l'activité technique en elle-même, mais son absolutisation. Nous somes dans le domaine des -ismes, à savoir de la perversion qui fait d'une activité humaine qui se déploie dans le sensible une idole : l'art en esthétisme, l'amour comme érotisme, la politique comme totalitarisme ».
    « apparemment, la civilisation technologique laisse ouvert un espace à la religion, au sens où elle distingue entre le vérifiable et l'invérifiable. D'un côté la zone du profane, de l'autre celle du sacré. Certains ajouteront que ceci entraîne une purification du sacré, ainsi débarassé de tout mélange avec le profane. Mais attention : de fait, dans la conscience courante de la civilisation technologique le vérifiable sera le réel, l'invérifiable illusion subjective. En supposant même une position plsu tempérée, la religion sera réduite à sa fonction "vitalisante". Par là, elle sera mise sur le même plan que les drogues; et il n'est pas du tout certain qu'elle soit la plus efficace quand on la considère sous ce rapport. Personnellement, je pense que dans cette subordination de l'aspest de vérité de la religion à celui de force "vitalisante" – ce qui implique entre autres que ses affirmations métaphysiques et ses dogmes soient considérés uniquement comme des symboles et jugés non dans leur vérité, mais dans leur capacité à exercer cette fonction stimulante – réside l'essence du blasphème ».
    « Malgré toute l'apparence contraire, les origines de la mentalité technologique ne résident pas du tout dans le développement technique, mais dans une déviation religieuse. Et à mon avis on n'insistera jamais assez sur le caractère avant tout religieux de la crise de notre siècle. Pour moi, l'idéal de la civilisation technologique n'est autre que la dernière forme, désormais complètement laïcisée, de l'hérésie millénariste »