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Texte - Page 2

  • Un monde postchrétien

     

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    « Que cela nous plaise ou non, nous devons admettre que nous vivons déjà dans un monde postchrétien, c'est-à-dire un monde où les idéaux et les comportements chrétiens sont de plus en plus cantonnés à une minorité. On s'aperçoit avec effroi que le vernis de christianisme qui subsiste encore généralement ne repose peut-être sur pas grand-chose voire sur rien, et que ce que qu'on qualifiait autrefois de "société chrétienne" est plus directemment un néopaganisme matérialiste derrière une façade chrétienne. Et là où cette façade est tombée, nous découvrons dans toute sa nudité la vacuité de la pensée de masse, dépourvue de morale, d'identité, de compassion, de sens, et qui retourne rapidement au tribalisme et à la superstition. Ici la spiritualité religieuse s'est rendue à la danse guerrière tribalo-totalitaire et à la vénération idolâtre des machines ».

     

    Thomas Merton, Peace in the post-christian era (La terreur ou la paix ?, Lethielleux, 2006), texte écrit en 1962… 

  • À l'école de Charles Péguy

     
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    Les théologiens sont bien nécessaires, mais les poètes disent parfois les choses plus profondément, et donc, plus justement. C’est un théologien d’ailleurs qui le fait remarquer. Au début de son livre consacré à Georges Bernanos, Hans urs von Balthasar écrit : « Il se pourrait bien qu’il y eût chez les grands écrivains catholiques plus de pensée vivante que dans notre théologie actuelle, au souffle un peu court et qui se contente à peu de frais ». Ce jugement sévère peut s’appliquer, à l’encontre des théologiens, aux poètes catholiques. Ce que le cœur d’un poète exprime, c’est l’être même des choses, qui n’est pas enfermé dans un raisonnement, mais est mis à nu dans le chant du âme. Je ne sais pas si la théologie de Charles Péguy est tout à fait juste au regard des catégories néo-scolastiques, ni de la théologie moderne. Peu importe, au fond ! Il nous apprend, à sa manière de poète, que nous devons voir toutes choses comme pouvant nous conduire à Dieu, comme autant de reflet de Dieu, car « l’éternité même est dans le temporel ». De ce fait, nous ne pouvons plus faire comme si les réalités avec lesquelles nous vivons sont neutres par rapport à notre vie de chrétien. La neutralité des techniques; la neutralité des conventions sociales; la neutralité des politiques; la neutralité des choix de vie, c'est le grand piège offert aux chrétiens auxquels on n'offre plus le luxe du martyre, mais la seule possibilité de vivre au chaud comme les autres avec un saupoudrage de spiritualité. Les choses, il est vrai, changent. Raison de plus pour vivre le plus possible détaché des modes de vie de la société non chrétienne. Mais écoutons Péguy : 
     
    Car le surnaturel est lui-même charnel
    Et l’arbre de la grâce est raciné profond
    Et plonge dans le sol et cherche jusqu’au fond
    Et l’arbre de la race est lui-même éternel.

    Et l’éternité même est dans le temporel
    Et l’arbre de la grâce est raciné profond
    Et plonge dans le sol et touche jusqu’au fond
    Et le temps est lui-même un temps intemporel.

    Et l’arbre de la grâce et l’arbre de la nature
    Ont lié leurs deux troncs de nœuds si solennels,
    Ils ont tant confondus leurs destins fraternels
    Que c’est la même essence et la même stature.

    Et c’est le même sang qui court dans les deux veines,
    Et c’est la même sève et les mêmes vaisseaux,
    Et c’est le même honneur qui court dans les deux peines,
    Et c’est le même sort scellé des mêmes eaux.
     

    (Extrait de Ève de Charles Péguy)

  • Relisons Saint-Exupéry

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    Au hasard d'une recherche, je viens de retrouver Écrits de guerre d'Antoine de Saint-Exupéry, un livre que je possède dans sa version de poche (Folio). En relisant certains passages, je suis tombé sur ces lignes qui me paraît utile de méditer venant d’un homme qui, comme aviateur, a été passionné par la technique et qui, en même temps, sous l’emprise de l’angoisse métaphysique, s’est profondément interrogé sur ce qui manque à l’homme moderne.

    « La termitière humaine, écrit Saint-Ex, est plus riche qu’auparavant, nous disposons de plus de biens et de loisirs, et, cependant, quelque chose d’essentiel nous manque que nous savons mal définir. Nous nous sentons moins hommes, nous avons perdu quelque part de mystérieuse prérogatives.
    […]
    On a cru que, pour nous grandir, il suffisait de nous vêtir, de nous nourrir, de répondre à tous nos besoins. Et l’on a peu à peu fondé en nous le petit-bourgeois de Courteline, le politicien de village, le technicien fermé à toute vie intérieure. « On nous instruit, me répondrez-vous, on nous éclaire, on nous enrichit mieux qu’autrefois des conquêtes de notre raison. » Mais il se fait une piètre idée de la culture de l’esprit, celui qui croit qu’elle repose sur la connaissance de formules, sur la mémoire de résultats acquis. Le médiocre sorti le dernier de Polytechnique en sait plus long sur la nature et sur les lois que Descartes, Pascal et Newton. Il demeure cependant incapa ble d’une seule des démarches de l’esprit dont furent capables Descartes, Pascal et Newton.  Ceux-là on les a d’abord cultivé. Pascal, avant tout, c’est un style. Newton, avant tout, c’est un homme. Il s’est fait miroir de l’univers. La pomme mûre qui tombe dans un pré, les étoiles des nuits de juillet, il les a entendues qui parlaient le même langage. La science pour lui c’était la vie ».