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17/11/2007

Hilaire Belloc, distributisme et propriété privée (V)

bab19bfa88a560c48a9b7ef267b7cc4a.jpgPoursuivant ma présentation de An Essay on the Restoration of Property de Hilaire Belloc, j'aborde maintenant les distinctions apportées par Belloc sur le trois types de sociétés qu'il détermine au regard de la question de la propriété privée. Il s'interroge aussi pour savoir si la liberté économique est un vrai bien. Je rappelle que ce présentation concerne pour l'instant le premier chapitre de son essai. Et que ce premier chapitre est en quelque sorte introductif par rapport au reste du livre. 

 

Trois voies
Il va cependant plus loin. Il estime que même si l'on faisait disparaître l'insécurité dans laquelle se trouve la propriété privée et l'insuffisance du nombre de propriétaires, cela ne rétablirait pas pour autant la liberté économique. Toujours selon Belloc, il existe trois voies pour supprimer les deux maux indiqués. Deux l'élimineraient sans restaurer la liberté économique alors que la troisième permettrait une renaissance de celle-ci :

1°) L'Etat servile. C'est un terme qu'affectionne Belloc. Il a déjà consacré un livre, publié en octobre 1912, à ce sujet et sous ce titre. Qu'entend-t-il ainsi ? Dans cet essai, il en donne une définition très limitée par rapport à son livre de 1912. Par ce terme, il désigne une société dans laquelle quelques capitalistes contrôlent les moyens de production et font vivre par le biais du salariat ou à défaut par des subventions, la grande majorité des non-propriétaires.
2°) L'Etat communiste. L'Etat contrôle le capital et la richesse est distribuée à la population devenue un réservoir de fonctionnaires.
3°) L'Etat distributiste. Le terme n'est pas utilisé pas Belloc. Je le fais par commodité, en sachant qu'il ne traduit pas tout à fait la pensée bellocienne. Dans ce type de société, suffisance et sécurité peuvent être combinées avec la liberté économique parce que la propriété privée des moyens de production est largement distribuée aux familles et que celles-ci contrôlent ainsi les forces productives et donnent la philosophie générale de cette société.

La liberté économique est-elle un vrai bien ?
A ce stade de sa réflexion, Belloc fait en quelque sorte une pause pour s'interroger sur le moyen terme de sa réflexion. Son raisonnement repose sur le fait que la propriété privée largement distribuée assure la liberté économique. Mais celle-ci est-elle un vrai bien ?
Est bon pour un être humain ce qui perfectionne sa nature. Les actions de l'homme n'ont de valeur morale que si elles sont accomplies selon sa propre initiative et non sous la contrainte.
Pour Belloc, la liberté économique est donc un bien parce qu'elle engendre des actions diverses chez l'homme, en fonction de ses désirs et qu'elle fait appel à ses facultés créatrices. Sans liberté économique, l'homme ne parvient pas à exprimer cette diversité de la vie. C'est l'uniformité noire et mécanique.

Le parlementarisme n'est pas la démocratie
Belloc s'attache ensuite à répondre aux défenseurs du système communiste qui prétendent que la liberté économique existe sans la propriété. Pour Belloc, cet argument vient de la théorie fausse née au moment de la Révolution française et qu'il met en cause sous le nom de parlementarisme. Il refuse que l'on qualifie le système parlementaire de démocratique. Pourquoi ? Le système parlementaire repose sur la délégation, laquelle est donnée à un moment, autour d'une question, d'un programme, plus ou moins clair, plus ou moins formulé. L'émotion joue également un rôle dans le processus de désignation. Le délégué par la suite peut prendre des décisions qui ne correspondent plus aux choix du votant, qui lui-même a pu changer, évoluer. Par ailleurs – c'est l'une des grandes luttes de Belloc –, le parlementarisme conduit au règne de l'oligarchie, réunions de politiciens professionnels.
Pour Belloc, la délégation détruit la liberté et la propriété par délégation est une contradiction dans les termes. Or la propriété est facteur de liberté…

Enfin, Belloc montre que le capitalisme industriel et libéral d'une part et le socialisme d'autre part sont des erreurs jumelles dans le même souci de produire une masse abondante de biens matériels au détriment de la liberé économique. 

10/11/2007

Hilaire Belloc, distributisme et propriété privée (IV)

Après avoir rappelé le rôle fondamental de la famille au plan économique ainsi que la nécessité de l'échange et de l'État, Hilaire Belloc, dans le premier chapitre de son essai, propose une première définition large de la propriété privée.



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Première définition de la propriété
Mais la propriété dans tout cela ? Belloc lui apporte une définition au sens large du terme qui pourra surprendre au premier abord. Il écrit, en effet, que « la propriété est le nom donné au contrôle des moyens de production ». Quand ce contrôle est exercé solidairement par des unités individuelles, nous parlons de « propriété privé ». Quand un grand nombre de familles possèdent la propriété privée, en quantité suffisante, nous pouvons parler de propriété largement distribuée. Pour Belloc donc, la « propriété largement distribuée comme condition de la liberté est nécessaire pour la satisfaction normale de la nature humaine ».
On touche là au sens du mot distributiste qui, en français du moins, entraîne d'autres interprétations, d'autres compréhensions. Au sens de Chesterton et de Belloc, au sens du courant distributiste catholique anglo-saxon en général, il s'agit bien d'une distribution de la propriété privée ou plus exactement de la possession et du contrôle par le plus grand nombre possible de familles – unité sociale et économique de base – de la propriété.

Première différence avec le capitalisme libéral
Quelle est, alors, la différence avec ce que nous entendons habituellement par capitalisme, principalement dans sa version libérale ? Un capitalisme qui défend lui aussi la propriété privée et la vigueur de l'initiative personnelle ! Tout l'essai de Belloc tente de montrer la différence entre le distributisme et le capitalisme. Disons pour l'instant que cette différence porte sur les éléments suivants :

– Le distributisme s'insère dans une vision chrétienne et morale de la société et de l'économie qui fait que l'un et l'autre sont considérées comme devant permettre une vie suffisamment décente qui elle-même donne la possibilité aux hommes de poursuivre leur fin qui est Dieu, à travers une vie vertueuse, une vie morale. Le capitalisme libéral sépare radicalement la finalité de la vie humaine des moyens mis à la disposition de l'homme. Dans le meilleur des cas, il reconnaît seulement que l'économie ne doit pas se faire au détriment des hommes et il estime que la liberté est le garant de ce respect de l'homme.
– Le distributisme considère que la famille est la première unité sociale et économique et que l'organisation sociale et économique doit traduire cette priorité. En sens inverse, le capitalisme moderne et industriel ne considère que l'individu, déconnecté de ses responsabilités sociales.
– Le distributisme considère que la propriété privée doit appartenir, sous une forme ou une autre, au plus grand nombre possible de familles, à toutes les familles. Le capitalisme libéral estime que cette propriété sera le fruit d'une régulation naturelle due à l'échange, au marché. Autrement dit, il postule sans le dire le droit du plus fort.
– Le distributisme estime que l'Etat a un rôle à jouer pour favoriser les conditions de la liberté économique. Ce rôle est précis et limité. Nous y reviendrons.

Le rapport à la liberté
Belloc n'hésite pas à écrire qu'il considère le capitalisme industriel comme une maladie, contraire à la pleine santé morale de la famille. Cette maladie vient du fait que les moyens de production sont la propriété d'un petit nombre. Or la propriété privée des moyens de production est un signe concret de la liberté. Donc la liberté n'est plus la marque du grand nombre.
Il apporte également quelques distinctions de vocabulaire.
a) Le capitalisme ne signifie pas une société dans laquelle le capital est accumulé, protégé et investi en partie dans la production de nouvelles richesses. N'importe quelle société, même communiste, possède normalement cette caractéristique.
b) Le capitalisme ne signifie pas non plus une société dans laquelle les citoyens possèdent le capital.

Selon Belloc, le capitalisme est une société dans laquelle une minorité contrôle les moyens de production.
 
À suivre… 

09/11/2007

A propos de Jean Vanier


217c565c263691b2bf473624ebe3251b.jpegDenis Sureau (ici) ayant évoqué l'influence exercée par Jean Vanier, fondateur de l'Arche, sur William Cavanaugh, notamment dans sa perception de la communauté comme cellule de vie, une bataille de commentaires a été engagée. Celle-ci semble surtout reposer sur une confusion – voulue ou non ? – entre l'Arche de Jean Vanier et l'Arche de Zoé qui fait tristement la Une de nos journaux. Il m'a semblé intéressant de publier ci-dessous la note biographie de Jean Vanier, que l'on peut trouver sur le site de l'Arche (ici), afin que d'éventuelles discussions reposent sur des informations plus justes.
c3e89ffd2784064b56bf19fae1924736.jpeg La thèse de philosophie de Jean Vanier a porté sur la morale d'Aristote. Il en a donné une adaptation pour le grand public dans un livre publié en 2000, aux Presses de la Renaissance, sous le titre : Le goût du bonheur, au fondement de la morale avec Aristote. Une perception moderne de la morale la réduit aux règles de conduite individuelle ou à l'expression d'un système de valeurs. Jean Vanier montre qu'il n'en est rien, notamment quand il explique le lien chez Aristote, entre ce que nous appelons la morale (individuelle) et la politique. Voici l'explication (grand public) de Jean Vanier, extrait de son livre, Le goût du bonheur :
« À première vue, l'éthique d'Aristote apparaît très individualiste. Elle se fonde sur le désir de chacun d'être heureux, et celui-ci se réalise dans une recherche qui pour un petit nombre aboutit à l'émerveillement de la contemplation. C'est se méprendre sur Aristote que d'en rester à ce niveau. Dès le début de L'Éthique, il dit que cette science est subordonnée à la science politique. Car il est plus noble d'agir pour qu'un grand nombre atteigne le bonheur que d'agir seulement pour soi-même. Il y a une relation subtile entre ces deux sciences. Si l'éthique est orientée vers la politique, celle-ci est orientée vers l'éthique. Elle doit s'efforcer de créer des lois, avoir une constitution et des institutions qui encouragent chaque citoyen à faire de bons choix pour devenir autant que possible des hommes parfaitement accomplis » (pp.232-233).
Pour en revenir aux liens entre William Cavanaugh et Jean Vanier, on peut penser que l'expérience de l'Arche, communauté de vie avec les personnes atteintes d'un handicap, le livre Communauté, lieu du pardon et de la fête (Fleurus/Bellarmin) ainsi que cette réflexion sur la morale d'Aristote, ont joué un rôle sur la pensée de l'auteur d'Etre consommé (éditions de l'Homme Nouveau, voir ici).


Notice sur Jean Vanier, Fondateur de L’Arche
Jean Vanier est né le 10 septembre 1928 à Genève, en Suisse, où son père, le Général Georges Vanier, effectue une mission diplomatique. Jean Vanier effectuera la plus grande partie de sa scolarité en Angleterre où il vit avec sa famille jusqu'aux débuts de la guerre 40-45, moment où ses parents le rapatrient au Canada avec ses quatre frères et sa sœur.

Deux ans plus tard, le jeune Jean décide d'entrer au Collège de la Marine Royale en Angleterre. Trop jeune pour devenir soldat, il assiste sa mère à la Croix Rouge de Paris et aide les personnes revenant des camps de concentration. En 1945, Jean devient officier et entame sa carrière dans la Marine Royale Britannique.

Malgré la carrière prometteuse qui s'offre à lui dans la Marine, Jean Vanier s'investit de plus en plus dans la prière et dans ses réflexions sur l'appel de Dieu. En 1950, il démissionne de l'armée pour étudier la philosophie et la théologie à l'Institut Catholique de Paris. C'est là qu'il rencontre le Père Thomas Philippe, professeur et prêtre dominicain qui deviendra son père spirituel et ami.

En 1963, après avoir publié sa thèse sur Aristote, il retourne au Canada pour enseigner à l'université de Toronto. Il prend à nouveau une décision allant à l’encontre d’une carrière prometteuse et quitte son travail pour rejoindre le Père Thomas devenu aumônier au «Val Fleuri» à Trosly-Breuil, une institution pour hommes ayant des déficiences intellectuelles. En 1964, Jean décide de s'installer à Trosly pour vivre avec des personnes ayant une déficience intellectuelle et achète une petite maison pour les accueillir, un lieu qu’il baptise «L'Arche» en référence à l'arche de Noé.

Très impliqué dans la croissance rapide de L'Arche à Trosly, Jean commence aussi à donner des conférences et des retraites à travers le monde. En 1968, après une retraite donnée à Ontario, il fonde Foi et Partage, des communautés créées pour se réunir et prier en groupe une fois par mois. Trois ans plus tard, lors d'un pèlerinage à Lourdes qui réunit 12.000 personnes, comprenant des personnes ayant une déficience intellectuelle, leurs amis et leurs parents, Jean Vanier crée Foi et Lumière. Ce mouvement proche de L'Arche réunit, au moins une fois par mois, des groupes de 15 à 40 personnes (enfants, adolescents ou adultes ayant une déficience intellectuelle, leur famille, des amis) pour une rencontre d'amitié, de partage, de prière et de fête. Jean Vanier est aussi le fondateur de Intercordia qui encourage des étudiants universitaires à vivre une expérience inter-culturelle parmi les personnes pauvres et marginalisées dans les pays en voie de développement.

Jean Vanier a reçu de nombreuses récompenses dont la «Légion d'Honneur» française, le «Companion de l'Ordre du Canada», le Prix «Rabbi Gunther Plaut Humanitarian» 2001 et le prix de l’Union Théologique Catholique de Chicago «Blessed are the peace makers» en 2006.

Jusqu’à aujourd’hui, Jean Vanier, continue à donner ses conférences et à mener des retraites autour du monde. Sa conférence de carême donnée à Notre-Dame de Paris en 2006 ou son intervention aux JMJ de 2005 n'en sont que des exemples. En 2006, il a voyagé en Afrique, Indonésie, et Etats-Unis mais il reste très proche de sa première communauté à Trosly où il habite encore aujourd’hui. Jean continue à écrire et ses livres ont été traduits dans 29 langues.
 
 
4f523638bcf6107017a140f600b6442a.jpegLa version de poche de ce livre, disponbile auprès de la librairiecatholique.com () et le petit commentaire de présentation paru dans L'Homme Nouveau sous la signature de Stéphen Vallet :
" Sous ce titre éclairant, Jean Vanier, fondateur de l’Arche, fort de son expérience auprès des personnes handicapées et de sa formation philosophique, explore la morale aristotélicienne. Grande nouvelle: le bonheur est une idée aussi ancienne que l’homme lui-même et Aristote en fait le fondement même de son éthique. Destiné à un grand public, très accessible, ce petit traité, qui ne cache pas les limites historiques d’Aristote, non seulement explique et explicite mais donne vraiment goût au bonheur. Une vraie réussite. Un petit format pour un grand livre."