Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

14/04/2008

Socrate en Amérique


Dans la vie d'un homme, certaines rencontres marquent d'une manière indélébile l'intelligence et le cœur. Rencontre directe par le face-à-face qui permet de découvrir l'être sous l'échange de paroles. Ou rencontre différente par le biais du livre qui transporte une part – seulement une part – de l'esprit de l'auteur.
1228357300.jpg La rencontre avec John Senior (photo) fut un choc. Un choc pour l'intelligence. Un choc pour l'âme. Cette voix venue d'outre-Atlantique nous disait ce que nous n'avions jamais entendu dit de cette manière. Et en même temps, elle nous plongeait dans un univers qui nous était familier. Dans La Pensée catholique, le père Bruckberger présentait l'auteur de La Restauration de la culture chrétienne à l'égal de l'auteur de ce chef-d'œuvre de la littérature chrétienne qu'est L'Imitation de Jésus-Christ. "J'ai lu d'une traite le livre de John Senior. Je m'attendais si peu à ce genre de livre que j'en reste stupéfié. J'ai mes catégories de livres, de grands livres. Je mets celui-là dans la catégorie Imitation de Jésus-Christ. Lecture terminée, il n'y a plus qu'à se faire moine ou à regretter de ne pas l'être ”. Plus loin le dominicain tonitruant ajoutait “ J'aime beaucoup les USA où j'ai vécu huit années décisives pour moi. Jamais, jamais, je n'aurais imaginé qu'un jour un Américain publierait un tel livre et qu'il aurait une audience. Il n'y a aucun cordon sanitaire efficace contre l'épidémie de vérité. On pourra toujours dire que Senior y va fort. Saint Paul y allait très fort ” .
Emportement ? Débordement de la plume qui dépasse la pensée par recherche de comparaison ? Exagération dont on peut croire qu'elle est comme une marque du célèbre dominicain ? Nous l'avons pensé. Nous l'avons cru. Nous n'avions pas encore commencé une seule ligne de La Restauration de la culture chrétienne. Pourtant, le genre littéraire de ce livre comme celui qui le précède dans la pensée de John Senior ne ressemble en rien à celui de L'Imitation. Mais le ton, la force du propos, l'humilité de son auteur en même temps que son extraordinaire assurance pouvait entraîner la comparaison. Tout comme les centaines d'étudiants convertis à la suite de leur rencontre directe avec le professeur John Senior.
Sans que nous le sachions, sans que la nouvelle traverse aussitôt l'Atlantique, John Senior est mort le 8 avril 1999 après une longue maladie. La messe d'inhumation a eu lieu à Saint Mary's de Kansas, selon le rite tridentin qu'il affectionnait et qu'il défendait. Et nous nous trouvons un peu plus orphelin, un peu plus seul, même si dans le cas de John Senior, le face-à-face sur terre n'avait pu se faire. Nous l'attendons donc, pour l'éternité, réunis, espérons-le, dans le Royaume éternel du seul vrai Roi, pour qui tout est fait, sur le Ciel comme sur la terre. C'est peu dire que John Senior a été mal ou peu compris en France. Nous n'avons aucune trace qu'il l'ait été mieux aux États-Unis. Mais là-bas au moins avait-il délivré d'abord son enseignement par oral, au sein de l'Integrated Humanities Program, fondée par ses soins et ceux de deux collègues à l'Université de Kansas. Il pratiquait là-bas une maïeutique chrétienne qui fait de lui, disciple d'Aristote, de saint Augustin et de saint Thomas d'Aquin, un véritable Socrate chrétien. Au moins aux États-Unis a-t-il pu enseigner dans cette transmission directe de maître à disciple par laquelle l'intelligence de l'élève, placée d'abord dans les conditions de l'humilité, peut être fécondée et s'épanouir à son tour selon les ressorts propres de son être, dans le respect de la vocation que Dieu lui a donné. Pour nous Français, il nous reste donc ses deux livres, édités courageusement par DMM, maison d'édition à laquelle il faut rendre hommage pour ce bienfait qu'elle nous a donné. Éditeur de Pourrat, des Charliers, DMM est aussi celui de John Senior. C'est un signe, une indication d'un univers profond, mais qui finalement s'avère être le seul univers, celui où l'intelligence et l'ensemble de la vie humaine tendent de toutes leurs forces, avec la grâce de Dieu, à se placer sous le regard de Dieu et non pas du moi destructeur.
Il y aurait beaucoup de choses à écrire sur John Senior pour lui rendre l'hommage qu'il mérite. Ayant eu le bonheur d'une courte correspondance avec lui, rompue par la maladie, nous voudrions seulement présenter, esquisser deux points. Deux points qui se rapportent finalement au thomisme, à cette fécondité issue de saint Thomas, l'un indirectement et l'autre de manière plus directe.
Des religieux qui se veulent disciples de saint Thomas, et qui cherchent certainement à l'être véritablement, se sont étonné publiquement que John Senior préconise le retour aux lettres, à la poésie, comme nécessaire préalable à la restauration d'une culture chrétienne. Ils se sont formalisés que ce disciple de saint Thomas, lecteur de Garrigou-Lagrange et de Charles De Koninck, ait pu écrire que le renouveau du thomisme était actuellement impossible : “ Je ne préconise rien qui ressemble à un renouveau thomiste. Je le crois impossible dans la situation actuelle. Le thomisme est à la place où il doit être. Saint Thomas ne doit pas “renaître” pour la bonne raison qu'il n'est pas mort. Mais nous, nous sommes morts ou mourant. Le loyer n'est pas payé, nous n'avons plus rien à manger et l'immeuble menace ruine ” . Il y avait là de la part de ces religieux une incompréhension manifeste, certainement partagée par beaucoup de ceux, qui aiment se placer sous la lumière de l'Aquinate.773835745.jpg
John Senior n'a jamais nié le caractère universel de la pensée de saint Thomas. Ni en raison de son étendue, ni en raison de sa permanence dans le temps. Simplement, John Senior, vrai poète et peut-être poète d'abord, ne ressemble en rien à un cartésien. Même quand il lit, commente, s'inspire de saint Thomas. Fidèle à Aristote et au Docteur Angélique, John Senior était persuadé, intellectuellement et par expérience, que l'intelligence ne peut être véritablement, réellement, restaurée que dans l'exacte mesure où la sensibilité n'a pas été déformée, défigurée, massacrée comme elle l'est aujourd'hui par la culture moderne. Sans ce préalable, l'intelligence ne peut trouver l'assise nécessaire qui lui permette, en quelque sorte, de jouer son rôle. Cette approche repose tout simplement sur cet aspect élémentaire que le réel nous est d'abord connu par les sens avant d'être conceptualisé par l'intelligence. Sans la connaissance sensible, l'intelligence ne peut accomplir son œuvre de conceptualisation et d'universalisation. De ce point de vue, l'existence d'un saint Thomas au XIIIème siècle n'est pas le fruit du hasard. Ce siècle que beaucoup d'entre nous chantent et magnifient, à juste titre, est celui du véritable réalisme, non seulement parce que Thomas le couronne, ainsi que saint Louis, mais parce que les êtres étaient plongés dans un univers sain d’abord pour la sensibilité. Siècle des cathédrales. Siècle des croisades. Siècle enfin où l'intelligence peut s'épanouir le plus possible et culminer au plus haut degré, jusque sur le plan de la science des sciences qu'est la théologie.
Partant de ce lien nécessaire entre sens, mémoire, imagination et intelligence, John Senior a préconisé une restauration préalable de la sensibilité par le mode poétique. En rien et jamais ce mode-là ne s'est opposé au mode rationnel. Mais toujours et partout il l'a précédé. Avant les Présocratiques, nous le trouvons par exemple chez Homère. D'où le conseil insistant de Senior de recourir à Virgile, à nos poètes chrétiens et peut-être plus encore à l'Office traditionnel, prière du chrétien et long poème qui chante Dieu, le loue et recourt à Lui dans la peine et les joies des hommes. (…) D’où cette remarque :  “ Se lancer dans l'étude de la philosophie et de la théologie ne peut pas guérir une imagination malade, parce que quiconque a une imagination malade est incapable d'étudier la philosophie et la théologie. Les tentatives comme celles de Gilson et de Maritain sont salutaires, certes, mais ne peuvent suffire. Elles ont mis à la mode une néo-scolastique qui, comme toutes les modes, s'est vite démodée, avant de disparaître, parce que l'étude sérieuse de ces disciplines suppose une immersion dans la culture chrétienne. Bien qu'il ait étudié saint Thomas toute sa vie, Maritain lui-même est tombé dans les erreurs qu'il réfutait chez les autres, aveuglé par ce qu'il désirait ” . (…)
Il faut maintenant pour conclure revenir au point de départ, c'est-à-dire à l'incompréhension que l'œuvre de John Senior a rencontrée chez nous. Cette incompréhension ressemble, toutes proportions gardées et dans les limites de genre littéraire différent, à celle qui naîtrait d'une lecture superficielle des livres de Chesterton. On a cru que John Senior préconisait comme moyen de restauration de la culture chrétienne, la mise à la casse de nos téléviseurs, de nos machines à laver linge et vaisselle. Il l'a écrit en effet. Et pour bien comprendre ces propos, il faudrait avoir une connaissance élémentaire des distinctions de base du thomisme en effet per se et per accidens. Senior écrit au sujet de la télévision : “ Mais d'abord, soyons sérieux : inutile de parler de restauration de l'Église et de la cité si l'on n'a pas assez de bon sens pour jeter son poste de télévision. La télévision, dit-on, n'est ni bonne ni mauvaise. C'est un instrument ni plus ni moins qu'un pistolet. Sa moralité dépend donc de l'usage qu'on en fait ; il n'est pas mauvais per se mais accidentellement, selon la terminologie des moralistes. C'est vrai, mais les situations concrètes sont per se accidentelles ! Entre le per se et l'accidentel, il y a ce qu'on appelle le déterminant : ce qui arrive si souvent ou si intensément que le résultat s'en trouve déterminé ” .
Plus profondément, loin de proscrire le thomisme, loin de rejeter la philosophie et la théologie, il appelle à la restauration première de ce qui permettra une véritable renaissance du thomisme, de la philosophie et de la théologie. Il préconise le recours au mode poétique, c'est-à-dire les retrouvailles de notre imagination avec nos grands poètes, nos grands classiques et avec la prière chrétienne la plus traditionnelle. L'essentiel de John Senior se situe là ainsi que dans la carpe diem sur lequel il insistait tant dans nos correspondances. Pour bien penser, pour penser droit, il faut au préalable bien imaginer.
Cependant dans l'état général de nos sociétés, John Senior préconisait surtout le recours à la Vierge Marie, Sedes Sapientæ, elle qui transmit au Christ, par oral, les prières de la tradition judaïque, lui apprenant aussi certainement les chants, les paraboles et les contes de son pays. C'est une œuvre à accomplir, sinon pour nous-mêmes, du moins pour nos enfants.


01:38 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : john senior

11/04/2008

Un évêque et John Senior

Sur son blogue (ici), Daniel Hamiche nous apprend la nomination de Mgr James D. Conley comme évêque auxiliaire de Denver aux États-Unis et il précise qu’il est le filleul de John Senior (1923-1999).
Ce nom déjà évoqué ici ne dira peut-être pas grand-chose à une majorité de Français. Une petite minorité aura peut-être acheté et lu, voire médité, deux ouvrages de John Senior, édités naguère par les éditions DMM : La mort de la culture chrétienne et La restauration de la culture chrétienne (DMM). Au-delà des détails qui peuvent surprendre certains lecteurs, je tiens personnellement ces deux ouvrages pour des maîtres livres. En complément, on peut découvrir aussi l’intuition fondamentale de John Senior dans l’entretien qu’un de ses élèves m’a accordé et qui a été publié d’abord dans L’Homme Nouveau puis qui a paru sous la forme d’une brochure, avec un titre en clin d’œil à l’un des livres de John Senior : Restaurer l’éducation chrétienne (ici).
574146112.jpg J’ai eu l’immense joie de réaliser un entretien avec le professeur Senior, lequel fut publié dans La Nef. Par la suite, nous avons entamé une correspondance, qui aurait dû déboucher sur un livre si la Providence n’en avait pas décidé autrement.
L’influence de John Senior a été énorme aux États-Unis. Professeur de littérature, disciple et héritier en catholique de grand professeur que fut Mark van Doren (professeur aussi de Thomas Merton qui l’évoque dans son La Nuit privé d’étoiles, son récit de conversion), John Senior a enseigné à l’Université de Kansas. Mais il n’a pas enseigné seul. Son enseignement fut donné, chose très singulière, à trois voix. La sienne, celle du professeur Dennis Quinn et celle, enfin, du professeur Franklyn Nelick.
Que faisaient ces trois professeurs ? Plutôt que d’offrir un cour magistral, ils discutaient devant leurs élèves, nourrissant leurs intelligences de la manière la plus vivante qui soit. Socrate et Platon et Aristote aussi n’avaient pas fait autrement. 
Je reviendrais plus tard sur l’extraordinaire aventure spirituelle et intellectuelle de l’IHP au sein de l’Université de Kansas. Elle prit fit lors du départ à la retraite des professeurs. Il faut dire aussi qu’elle avait déchaîné contre elle des adversaires redoutables, rendus haineux par les fruits indirects de cet enseignement. Plus d’une centaine de conversions (200 !) au catholicisme sont, en effet, le fruit per accidens de l’enseignement de Senior et de ses amis. La majorité des moines américains que l’on trouvait encore voici quelques années à Fontgombault, Triors, Randol ou Gaussan avait suivi les cours du professeur Senior. Ils sont aujourd’hui au monastère de Clear Creek, la fondation américaine de Fontgombault. Des jeunes filles devinrent moniales, principalement à l’abbaye de Jouques. D’autres jeunes gens sont entrés dans le clergé diocésain, à la Fraternité Saint-Pie X ou à la Fraternité Saint-Pierre. D’autres encore sont mariés et ont formé des familles catholiques solides, restant marqués à vie par la rencontre avec cet homme simple que fut John Senior, lequel fut quand même salué par la revue Esquire comme l’un des cinquante meilleurs professeurs des Etats-Unis.1356379783.jpg
Son œuvre littéraire est modeste, mais son influence a été énorme et elle continue auprès de nombre de catholiques américains. Preuve par l’exemple qu’un seul homme, accomplissant son devoir d’état, peut engendrer un véritable renouveau, pour peu qu’il place toute son espérance en Dieu. Ce fut le cas de John Senior.
La nomination d’un évêque ne fait pas le printemps. Mais il peut être un signe d’un renouveau, certainement encore lointain. Saint Augustin a vu le monde dans lequel il vivait mourir sous le coup des barbares. Il a lutté contre l’hérésie. Il est mort. Puis le renouveau de l’Église est venu. Et saint Augustin, père de l’Église, a été lu, médité,  notamment par un humble moine dominicain du nom de Thomas d’Aquin. On connaît la suite.
Pour dire qui fut le professeur John Senior, je reproduirai bientôt une partie du chapitre que je lui ai consacré dans un petit livre intitulé Au jardin de notre piété (DMM), livre toujours disponible.

04/01/2008

Hilaire Belloc, distributisme et propriété privée (VIII)

a3cb24849190bfa32408241acb1d5472.jpegSuite de la présentation du chapitre II de An essay on the restauration of property de Hilaire Belloc dans lequel l'auteur discute les avantages des grandes unités de production. On notera l'aspect visionnaire de son analyse concernant le pouvoir de la publicité. Visiblement, Belloc sentait venir la société de consommation, même s'il ne pouvait pas encore en prévoir la forme précise. Plusieurs décennies après, cette réflexion sera poursuivie par E.F. Schumacher qui montrera, en écho au principe de subsidiarité, la nécessité des petites unités de production, et même, ce qu'il baptisera les technologies intermédiaires, susceptibles selon lui à la fois de permettre le développement sans détruire le tissu social et humain. 

 

Au prix de la liberté ?
Belloc s'attache surtout à montrer que certains de ces avantages de la grande unité de production ont surtout conduits dans les faits – il prend l'exemple des petits producteurs de lait et des petits commerçants – à une diminution de la liberté, rendant les producteurs et les commerçants esclaves du salaire. Il estime également que ces avantages conduisent au monopole avec toutes les conséquences qu'une telle situation génère. De manière visionnaire, il critique la publicité dont il sent bien que les effets sur le consommateur sont énormes. Dans une société urbaine, soumise à une éducation d'État, on obéira facilement à la suggestion de la publicité, malgré son caractère insensé et arbitraire. Par ce biais, un marché peut être créé de toute pièce, sans répondre directement à une nécessité ou à une demande. Et, inévitablement, cette présence accrue de la publicité entraînera une baisse de la qualité des produits. Car, ainsi, on entre dans un système économique, dans lequel il faut toujours vendre plus. Pour vendre plus, il faut donc que les produits soient rapidement renouvelables. Notons que nous sommes aujourd'hui, exactement dans ce type de système et de société. Là où nos ancêtres entendaient fabriquer des produits durables, nous faisons exactement le contraire, pour alimenter en permanence le système de croissance.
Concernant la facilité de crédit, Belloc constate que la grande entreprise est favorisée. Elle l'est parce qu'elle peut négocier des taux d'intérêts spéciaux; parce qu'elle peut payer la banque plus facilement; parce que la négociation se déroule entre deux « grandes entreprises ». Mais le prix vient de l'accroissement du pouvoir des banques. Ce sont elles qui finissent par imprimer la marque et le sens de l'économie et, plus largement de la société. Le problème de la ploutocratie n'appelle pas selon lui une grande démonstration. Elle est une évidence, favorisée qu'elle est par le système parlementaire. Il penche donc, de ce point de vue -là, pour la monarchie active, seule capable de faire pression sur les féodalités d'argent.
Belloc ne semble pas répondre directement ou en totalité aux arguments en faveur de la grande propriété. Il y a là une tournure paradoxale. Il ne nie pas, en effet, certains de ses avantages ou de ses effets, dans le cadre d'un système favorable à la propriété concentrée. Mais justement ! Il estime, au regard des principes affirmés dans le premier chapitre, qu'à chaque fois ces arguments favorisent une minorité au détriment de la majorité des petits propriétaires, devenus une espèce en voie de disparition, aliénée à un système qui l'empêche d'exercer pratiquement sa liberté. 

 

Plus largement, sur le distributisme, signalons une réalisation basque, influencée notamment par ce courant. Denis Sureau en parle sur son blog en écho à un article de Challenge : c'est ici.  

 

À suivre… (pour les courageux…).