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07/09/2007

Zoom rapide sur Karl Polanyi

 

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Recherches, la revue du Mauss (mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales) a consacré sa dernière livraison à Karl Polanyi (1). Sous-titré « contre la société du tout-marchand », ce numéro explore la vie et l’œuvre de ce penseur à la fois historien, économiste et anthropologue. Peu connue en France, ignorée souvent dans les milieux catholiques, la pensée de Karl Polanyi mérite d’être prise en compte, même si elle ne s’accorde pas en tout point avec la vision sociale catholique.
Né en 1886, décédé en 1964, Karl Polanyi, après une jeunesse autrichienne et hongroise, rejoint la Grande-Bretagne avant de se rendre aux États-Unis et au Canada. Membre fondateur du parti radical hongrois, proche ensuite de la social-démocratie, il évolue un temps vers le christianisme et tente alors de construire une « sociologie chrétienne ». S’il abandonne la foi, il garde à travers son œuvre le souci permanent de lier l’éthique à la sociologie et à l’économie. Sa réflexion sur le marxisme, qu’il critique en partie, sa dénonciation du fascisme (il quitte l’Autriche en 1933), son étude du développement du capitalisme, le conduit à écrire en 1944 son livre majeur : La Grande transformation. Polanyi y dissèque l’économie de marché auto-régulée fondée, selon lui, essentiellement sur sa dissociation avec la société.

Selon Polanyi, comme l’explique Alain Caillé, « dans toutes les sociétés humaines à l’exception de la société marchande, l’économie reste encastrée (embedded) dans les relations sociales ». La conséquence ? Dans un cas, les relations entre les hommes restent prioritaires alors que dans l’autre, la relation de l’homme aux choses devient première. On passe d’une économie avec « des marchés », à une économie « de marché ». Dès lors, celle-ci aura pour conséquence de « marchandiser » (Polanyi parle de « marchandises fictives ») trois types de biens : le travail, la terre et la monnaie.

Cette approche de l’économie conduit Polanyi à disséquer le « sophisme économiciste » et sa surestimation de la naturalité de l’Homo œconomicus. Ces thèmes (et d’autres) sont développés dans ce numéro de Recherches à travers des textes de Polanyi lui-même ou de contributeurs divers (Serge Latouche, Christian Laval, Alain Caillé et Jean-Louis Laville).

Sans aucun doute, l’intérêt d’une lecture de Polanyi réside dans le fait qu’il affirme que l’on ne peut dissocier l’économie de la vie sociale. Faut-il, pour autant, n’y trouver un intérêt que dans la perspective de définir une « social-démocratie radicalisée » (sic) ? Si c’était vraiment le cas, alors autant intégrer et purifier cette pensée à l’intérieur d’un autre cadre. Celui de la doctrine sociale de l’Église, par exemple.          

1. La Découverte/Mauss, premier semestre 2007, n° 29, 368 p., 25 €.

30/05/2007

Revivre à la campagne

C’est un classique de l’autarcie ou de l’autosuffisance (Self-sufficiency) que viennent de rééditer les Éditions de Borée (ici). Un classique d’origine anglaise, qui a connu plusieurs éditions en langue étrangère. En France, « The complete book of Self-sufficiency » a été édité sous le titre Revivre à la campagne. Il a été publié en 1976, 1996 et 2003. À chaque fois, des succès puisque l’ouvrage a toujours fini par être épuisé, demandé, âprement recherché, acheté, parfois à prix d’or, chez les bouquinistes. Il connaît aujourd’hui une nouvelle parution française, la quatrième.
Son auteur ? John Seymour (1914-2004) est à la fois le théoricien et le praticien de l'autosuffisance, idée qui vise à refuser la course en avant de la consommation et de l’industrialisation par une vie autarcique reposant sur l’indépendance familiale, la responsabilité, la petite propriété et la vie conviviale. Sans y faire directement référence, les idées de John Seymour sont proches du courant catholique distributiste, développé par G.K. Chesterton et Hilaire Belloc en Angleterre. Loin d’être un « idéologue », John Seymour a surtout présenté les moyens pratiques à mettre en œuvre pour tendre à l’autarcie. Il sait que celle-ci, dans le contexte moderne, n’est pas à la portée de tous et qu’elle n’est pas complètement atteignable. D’abord au Pays de Galle, puis en Irlande, Seymour a mis ses idées en application et a monté une ferme où il a vécu comme un petit exploitant. Il est allé cependant plus loin puisque celle-ci est devenue une véritable école de formation, accueillant des stagiaires du monde entier (le site de la ferme Seymour ).

Que contient le livre ? Le mieux est de proposer la table des matières de cette nouvelle édition (cf. album photo Sommaire, colonne de droite).
Derrière, cette multitude de renseignements, John Seymour développe une philosophie de la vie qui mérite d’être prise en considération. Le terme de « philosophie de la vie » ne doit pas être entendu au sens de la pensée d’un auteur qui aurait bâti un système cohérent et logique. John Seymour n’est ni un maître, ni un gourou. L’expérience de son existence lui a appris que l’homme pouvait parvenir à vivre par lui-même, en s’inspirant notamment de l’héritage des anciennes pratiques et coutumes. Certes John Seymour a préféré vivre à la campagne qu’en ville. Mais il n’en détaille pas moins les moyens de mettre sur pied des jardins urbains, pratique expérimentée dans certaines villes en faveur des handicapés et des personnes âgées. Certes, encore, il peut être qualifié d’agriculteur biologique, mais jamais n’apparaît dans son livre un aspect militant.
Plus simplement, il explique comment organiser sa parcelle de terrain pour pouvoir vivre le plus possible de sa production. Il donne également des conseils très pratiques pour faire son vin, sa bière ou filer la laine de son mouton. L’ouvrage est tellement riche qu’il est en fait impossible de le résumer. Le mieux est de le lire. On aura la satisfaction de voir que ce n’est pas un programme que propose Seymour. Il ne s’agit pas de faire tout ce qu’il a fait ou tout ce qu’il préconise. Faites ce que vous pouvez, explique-t-il, et ne cherchez même pas à tout faire. La nature est exigeante. Elle implique un facteur important que nos sociétés modernes ont perdu de vue : le temps. Dans son avant-propos, Seymour est très clair : « Conseillerais-je à quelqu’un d’adopter ce style de vie ? Je ne conseillerai rien à personne. L’objet de ce livre n’est pas de forger la vie des autres mais simplement d’aider les autres à faire ce qu’ils ont décidé d’entreprendre. (…) Je donnerais simplement un conseil gratuit : n’essayez pas de tout faire d’un coup. Il s’agit d’un mode de vie organique et les processus organiques sont lents et réguliers. »
Derrière cet appel à l’autosuffisance, c’est en fait un réapprentissage d’une vie humaine plus calme, plus contemplative, plus ancrée dans le réel et dans le temps, que propose John Seymour.
On pourra, bien sûr, estimer que l’autosuffisance est une utopie, une nostalgie et forme un certain retour en arrière. Ce serait une utopie si elle s’élevait au rang d’un système total de pensée et de vie, qui prétendrait s’imposer à tous et immédiatement. C’est certainement une nostalgie et elle forme, d’une certaine manière, un retour en arrière. Mais il ne faut pas avoir peur des mots. La nostalgie du malade, c’est la santé. Le retour en arrière pour celui qui est perdu, c’est de retrouver le croisement et de prendre le bon chemin. Le vrai danger consisterait effectivement à ne pas respecter la démarche « organique » et de vouloir effectuer ce retour en arrière de manière moderne, c’est-à-dire en brûlant les étapes, vite, et sans précaution. Le malade que l’on gave ne retrouve pas la santé.
Ce que propose Seymour, c’est le fruit de son expérience et de l’expérience du passé, rassemblé dans un livre pour adopter lentement des styles de vie différents. « Il existe des changements simples que les individus peuvent apporter à leurs styles de vie et qui pourraient tout changer. Et, si nous faisons preuve de sagesse, nous n’attendrons pas l’apocalypse pour apporter ces changements. Je ne vous demanderai pas de suivre aveuglément ce que je préconise, mais tout simplement d’en tenir compte lorsque vous réfléchissez à l’avenir ».
En un mot, Seymour nous invite à réfléchir à la conséquence de nos actes, à prendre nos vies en main, en fonction de ce qu’il appelle la « tragédie des biens communs ». Ces « biens communs » sont la nature, l’air, la terre. Mais pourquoi parler à leur endroit de « tragédie » ? Tout simplement parce que personne ne nous paie pour les préserver alors qu’ils sont déterminants pour nos vies et que nous en sommes tous responsables. Nos actes quotidiens, les plus simples, peuvent jouer sur le sort de la nature en général, homme compris. Nous sommes co-responsable de la Création. D’où la conclusion de simple bon sens de Seymour : « Mais s’il est vrai que la seule personne dont je puisse maîtriser les actes est ma propre personne, alors ce que je fais m’importe. Le monde dans son ensemble peut s’en moquer, mais moi pas. Et, par chance, un facteur important peut nous aider à progresser en matière d’économie d’énergie. Car non seulement nos muscles aident-ils la planète, mais ils nous tiennent également en bonne santé et actifs. »
Étrangement, John Seymour, qui peut être considéré comme l’un des précurseurs de mouvement récupéré aujourd’hui par une certaine gauche, ne semble plus faire partie des références de celle-ci. Sa vision de la « maison » donne peut-être la clef de cette mise à l’écart. « La maison idéale, écrit-il, doit être le creuset de l’hospitalité retrouvée, de la vraie culture et de la convivialité, du plaisir, du confort et, surtout, de la vraie civilisation. Et tout un chacun en ce bas monde peut atteindre la créativité suprême : avoir une maison idéale. En effet, le maître (ou la maîtresse) de maison est aussi important que la maison elle-même, et la qualité de ‘femme au foyer’ est le travail le plus créatif et le plus important sur terre ». Parler de vraie civilisation pour ceux qui nient le concept même de civilisation (et qui préférent parler des civilisations) et mettre en avant la femme au foyer, voilà une manière de penser ni très progressiste, ni très à gauche.
On pourrait craindre que cette apologie de l’autarcie ne finisse surtout par être une apologie du repliement sur soi. Le danger n’est pas irréel. Le refus de la surconsommation, des nuisances citadines, le désir de vivre à la campagne (voir mon post sur les néo-ruraux, ici), peuvent très bien amener au refus pratique de la sociabilité, c’est-à-dire, si l’on en croit Aristote (pour qui l’homme est un « animal social »), de l’humanité qui est en nous. Seymour en est bien conscient. Il insiste sur la nécessité d’avoir de bons amis et un bon voisinage. « Assurément, précise-t-il, lorsque je parle d’autosuffisance, mes idées ne se bornent pas à la simple production d’aliments et de boissons. Nous devons également nous forger d’autres talents et participer comme nous le pouvons au tissu social qui nous entoure. Plus nous y contribuons, plus nous en serons récompensés. Et si nous pouvons nous amuser, spontanément, sans que l’industrie ne nous impose nos divertissements, alors, c’est tant mieux. J’ai passé des nuits fabuleuses au pub au son de la musique galloise, dans une ambiance extraordinaire ».
Y a-t-il des zones d’ombre dans ce tableau ? On regrette dans le livre de Seymour l’absence de tout enracinement spirituel, alors que l’homme est un être fondamentalement religieux et que l’on ne peut pas passer par perte et profit la Révélation. De la même manière, il semble que Seymour ait été sensible au mythe de la surpopulation (il parle ainsi de la « croissance démographique insupportable »). S’il honore la « femme au foyer », il ne parle guère de ce foyer. La famille, élément social de base et le plus traditionnel, le plus naturel, est absente de son discours comme elle l’est généralement des propos de ceux qui entendent refuser les styles de vie moderne pour retrouver des modes de vie plus conformes à la nature de l’homme. Mais ce faisant, ils oublient une grande part de ce qui constitue l’homme, comme la famille et la religion. Révélateur d’un refus moderne de la modernité, souvent plus dans ses accidents que dans ses fondements.
Ces bémols n’enlèvent rien aux conseils pratiques et à l’expérience de Seymour livrés dans cet ouvrage. Ils demandent seulement d’être replacés dans une perspective plus juste et plus complète.
 
Pour découvrir Revivre à la campagne, n'hésitez pas à tourner quelques pages (soit ci-dessous, en pointant la souris sur le bas ou le haut de la page, soit pour voir les images en grand dans un diaporama, dans la rubrique Album, colonne de droite) :  
 
 

09/05/2007

Actualité du cardinal Billot

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Les éditions de L'Homme Nouveau publie le 10 mai prochain Prophéties de l’Histoire du cardinal Louis Billot.
Du songe mystique de Nabuchodonosor annonçant l’effondrement des empires terrestres à l’avènement du Royaume de Dieu à travers les sept âges de l’Eglise, le cardinal Billot promène son regard visionnaire sur l’aventure humaine.
Développant un sens chrétien de l’histoire, le grand théologien se montre aussi un critique intransigeant du libéralisme sous toutes ses formes, pourvoyeur du nihilisme moderne et de la sécularisation. Ecrits dans une langue magnifique qui fait penser à Bossuet, les essais qui composent ce livre laissent passer un souffle passionné et prophétique. Comme une lumière « à travers les ténèbres de l’heure présente ».

Qui est le cardinal Billot ?
Haute figure de la théologie thomiste du XXe siècle naissant, Louis Billot (1846-1931) est inséparable du pontificat de saint Pie X, qui le créa cardinal et en fit l’un des ses plus proches collaborateurs.

– Théologien profond, esprit indépendant, le cardinal Billot a marqué des générations de prêtres.
– Sa réflexion de haute volée sur l’histoire a peu d’équivalents au XXe siècle.
– Ce livre est composé de deux textes inédits (traduits du latin) et de deux autres textes introuvables.
– Cette publication inaugure le lancement véritable du département livres des Editions de L’Homme Nouveau à travers deux collections et un programme ambitieux.

Genre : Théologie
Format : 178 x 110 cm
128 pages
Prix : 13 €
 
À commander dès maintenant sur le site sécurisé de L'Homme Nouveau (ici).
Ou à commander à l'Homme Nouveau, 10 rue Rosenwald 75015 Paris. Tél. : 01 53 68 99 77 en ajoutant les frais de port.