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28/03/2008

Le marché sur le divan

1802380232.jpgDécidément, le monde de la suprématie économique a du mal à passer. De tout bord ou presque, l’univers néolibéral ne cesse d’être ausculté, analysé, critiqué alors que son hégémonie s’affiche chaque jour davantage sans complexe. Un peu comme s’il y avait une vie rêvée ou, plus exactement, espérée – un monde non soumis à la loi marchande – et une vie réelle, dans laquelle s’insèrent les hommes, souvent malgré eux. Dernière critique en date : l’approche psychanalytique ou le « sacro-saint » marché mis sur le divan. Ne bondissons pas trop vite en récusant d’emblée cette approche. Certes, la psychanalyse n’est pas exempte elle-même de maux importants. Certes, il est parfois difficile de s’y retrouver dans les écoles et dans les querelles d’écoles, celles-ci pratiquant à l’envi l’excommunication. Certes, le vocabulaire employé ressemble le plus souvent à un jargon pour spécialiste, inaudible pour l’homme ordinaire. Et pourtant ! Malgré toutes ces raisons, ou plutôt à cause de toutes ces raisons, il convient de lire le dernier livre de Dany-Robert Dufour.
Qui est l’auteur ? Au sens strict, Dany-Robert Dufour n’est pas un psychanalyste. Professeur en sciences de l’éducation à l’Université de Paris-VIII, directeur de programme au Collège international de philosophie, ses travaux l’ont porté à la jonction de la philosophie du langage, de la philosophie politique et de la psychanalyse. Il a notamment développé le concept de « néoténie » qui postule que l’homme est le seul animal qui naît inachevé d’où le développement par la culture de ce qui manque à la nature. C’est à l’aune de ce concept que Dany-Robert Dufour s’interroge sur les possibles dérives de ce processus de transformation de l’homme, notamment par le biais des techno-sciences. À ce titre, il a été amené à réfléchir sur un type fondamental de mutation, celle qui a fait passer l’homme moderne (en gros l’héritier de Kant et de Freud) à un sujet postmoderne, plus flexible et précaire et donc proie toute trouvée du néolibéralisme. Ce sujet, c’est nous ! Au passage, Dany-Robert Dufour s’en prend aux philosophes postmodernes qui par leurs critiques des institutions ont finalement préparé le terrain à une transformation profonde du capitalisme. Ce dernier, ou plutôt ce qui en a pris la place, ne trouve plus de contre-pouvoirs institutionnels face à lui et règne, de ce fait, sans partage.
Son dernier livre, Le Divin marché, la révolution culturelle libérale (Denoël, 342 pages, 22€), poursuit dans ce sens. La thèse centrale de l’ouvrage ? Pour Dany-Robert Dufour, loin d’être sortie de la religion, la société est tombée sous la coupe d’une nouvelle religion. Celle-ci offre les remèdes, promet le bonheur et présente un rachat possible. Si elle triomphe aujourd’hui, elle repose sur un axiome qui a émergé voici trois siècles sous la plume de Bernard de Mandeville : « les vices privés font la vertu publique ». Pour faire comprendre son propos, Dany-Robert Dufour a choisi un type d’énoncé qui correspond à la fois à la thèse proposée – nous avons affaire à une religion – et à la nécessité pédagogique. D’où ce « décalogue » du Divin marché qui forme les chapitres de cet ouvrage. Quelques exemples suffiront à illustrer le ton général : « Tu te laisseras conduire par l‘égoïsme » ; « Tu utiliseras l’autre comme un moyen pour parvenir à tes fins » ; « Tu pourras vénérer toutes les idoles de ton choix pourvu que tu adores le dieu suprême, le Marché ! ». Les deux premiers exemples ici cités débouchent ainsi sur une réflexion sur l’individualisme et la disparition, souvent glauque, de deux différences fondamentales : la sexuelle et la générationnelle. L’intérêt de l’auteur, même si l’on ne partage pas, et de loin, ses présupposés, consiste à descendre dans le concret, comme dans le cas du rôle de la télévision dans le grand jeu du marché ou de la mise en place d’une famille de compensation, toute virtuelle. Les exemples pourraient être multipliés à l’envi, depuis l’école, la transformation du langage ou celle du politique.
Au-delà des limites même de l’exercice et de l’insatisfaction qu’il entraîne parfois, il est important de saisir combien l’auteur met en relief une profonde mutation anthropologique qui conduit à un changement radical de cadre civilisateur. De ce fait, le néolibéralisme ne consiste pas seulement à une révision/adaptation du libéralisme d’antan. Il va plus loin. Il s’impose comme une nouvelle religion qui donne jour à une nouvelle civilisation et à un nouveau type d’homme.
Le danger, cependant, ne vient pas en tant que tel de l’aspect religieux du problème, mais plutôt que cette religion n’en est pas une. Elle ne relie à rien ; elle disjoint, au contraire, en permanence. Elle ne possède aucun caractère surnaturel, mais uniquement séculier. Elle emprunte seulement à la religion ou l’utilise comme un masque.
 
 
Le nouveau décalogue moderne selon Dany-Robert Dufour :
 
1°) Tu te laisseras conduire par l'égoïsme !
2°) Tu utiliseras l'autre comme un moyen pour parvenir à tes fins !
3°) Tu pourras vénérer toutes les idoles de ton choix pourvu que tu adores le dieu suprême, le Marché !
4°) Tu ne fabriqueras pas de Kant-à-soi visant à te soustraire de la mise en troupeau !
5°) Tu combattras tout gouvernement et tu proneras la bonne gouvernance !
6°) Tu offenseras tout maître en position de t'éduquer !
7°) Tu ignoreras la grammaire et tu barberiseras le vocabulaire !
8°) Tu violeras les lois sans te faire prendre !
9°) Tu enfonceras indéfiniment la porte déjà ouverte par Duchamp !
10°) Tu libéreras tes pulsions et tu chercheras une jouissance sans limite ! 

17/03/2008

Vent de mars

Il nous faut « le contraire de l'aise et de la facilité » ! C'est en quelque sorte le message d'Henri Pourrat dans son livre Vent de Mars, que rééditent les éditions DMM. Un message qui n'a rien perdu de son actualité. 
 
Malgré plusieurs rééditions chez Gallimard, et surtout chez DMM, Henri Pourrat souffre encore aujourd’hui d’être mal perçu. Sans même entrer dans des considérations idéologiques, certains s’acharnent à faire de lui un auteur de province, réduit aux frontières de sa région, incapable en fait d’exprimer quelque chose qui dépasse les limites du clocher. Il faut n’avoir rien lu de Pourrat pour ne pas saisir que son enracinement (réel) est un bel exemple d’ouverture sur l’universel. D’ailleurs, plusieurs jurys ne s’y sont pas trompés. Celui du Figaro, par exemple, qui lui attribue en décembre 1921 le prix du même nom pour le premier volume de Gaspard des montagnes ou l’Académie française qui couronne les quatre volumes du même Gaspard de son Grand Prix du roman. Enfin, comment ne pas mentionner le prix Goncourt reçu par Pourrat en 1941 pour Vent de Mars.
Ce livre vient d’être réédité par DMM justement et connaît ainsi sa troisième édition. On retrouve dans cet ouvrage le style lent, chaleureux et incarné de Pourrat, qui vit et écrit au rythme du temps de Dieu, et non de celui de la modernité énervée. De quoi déplaire aujourd’hui aux jeunes critiques parisiens aux dents longues et à la carrière pressée. Vent de Mars reflète aussi la douleur d’un pays qui connaît l’attente de la guerre, celle de la descente aux enfers de la défaite et l’espoir de la renaissance. Il faut compter les forces vives et discerner les causes du malheur. C’est ce que fait Pourrat sans hargne ni haine, avec beaucoup de sensibilité et de délicatesse, avec cette charité chrétienne qui ne cèle pas la vérité mais n’en fait pas non plus une lame tranchante. Et lourde !
Oui, ce Vent de Mars peut être un vent froid, mais aussi l’amorce du printemps : « Encore mortifiées par l’hiver, dans les pierrailles de la pente, les ellébores pied de griffon déploient à peine leurs palmes noires ; et déjà ont fleuri en grappes de pâles écailles vertes leurs roses qu’on nomme roses de serpent .»
Pourrat dépeint ici la civilisation rurale et chrétienne enfouie désormais sous les décombres de la Seconde Guerre mondiale et de l’industrialisation lourde de l’après-guerre. Ce faisant pourtant, preuve qu’il garde quelque chose à nous dire, quelque chose d’universel, il nous rejoint puisque nous sommes les enfants égarés pris dans les tenailles du progrès censé apporter un bonheur qui n’est que jeu d’ombres dans la caverne de l’enfermement. Pourrat gardait pourtant une note d’espérance, lui qui estimait que l’on ne pouvait aller contre le progrès industriel. Il y mettait pourtant des conditions : mettre au-dessus les enfants et les âmes, vraies richesses de la vie. Cette vie dont il voyait qu’il lui fallait « le contraire de l’aise et de la facilité ». Voix perdue dans le désert, l’écrivain n’a pas été entendu. Les forces de l’esprit n’ont pas cessé de reculer devant la barbarie de la machine. Et pourtant il serait fou de croire que l’espérance a disparu. Ce Vent de Mars qui souffle à nouveau jusqu’à nous apporte avec lui, pour qui sait l’entendre, le murmure d’une renaissance.

27/02/2008

Réédition des Confessions d'un converti

785514510.jpgAuteur de nombreux ouvrages spirituels et d’un best-seller avec Le Maître de la terre, Mgr Robert Hugh Benson est l’un des plus illustres convertis de l’anglicanisme du début du XXe siècle. Né en 1871, fils du Primat de l’Église d’Angleterre, il devient prêtre catholique avant de mourir en 1914. Les éditions de l'Homme Nouveau viennent de rééditer l'ouvrage dans lequel il raconte son itinéraire vers la foi catholique. Voici ce qu'en dit la quatrième de couverture :

« Fils du Primat anglican, le pieux et réfléchi Robert Hugh Benson (1871-1914) était promis aux plus hautes destinées tant sociales qu’ecclésiastiques. Mais sa quête incessante de la vérité, née dès l’enfance, stimulée par les nombreux et fameux retours à Rome d’anglicans de son temps, finit par lui faire découvrir la vérité catholique dans toute sa splendeur. La conversion de cet homme silencieux fit grand bruit. Elle lui occasionna de perdre quelques relations familiales ou mondaines, mais élargit son horizon à l’universalité catholique.
Dans ses Confessions d’un converti, ce prêtre catholique nous confie son cheminement spirituel parsemé de questions qui s’adressent aussi à notre propre fidélité. Dans son avant-propos, Philippe Maxence replace ce journal d’une âme dans le contexte religieux et intellectuel d’un temps qui interroge aussi le nôtre. »

Le livre est disponible auprès de l'Homme Nouveau (10, rue Rosenwald, 75015 Paris – tél. 01 53 68 99 77 – contact@hommenouveau.fr) ou directement sur son site sécurisé : .

Enrichi d'un index des noms, ce livre de 260 pages est disponible au prix de 15 €.