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Éducation - Page 3

  • La liberté scolaire sous contrôle

    Le blogue de Jeanne Smits nous annonce que « Le Sénat vient d'adopter la loi sur la protection de l'enfance. Il met fin à la liberté de fonder des petites écoles familiales en interdisant totalement le regroupement de plusieurs familles pour assurer l'instruction à domicile » (à lire ici).
    C’est la fin des écoles familiales. C’est la fin de la liberté de choix des parents. Et c’est la conclusion logique de la longue démission des catholiques, notamment des évêques, qui ont préféré remettre la survie de l’enseignement catholique entre les mains d’un État foncièrement laïciste plutôt que d’encourager les catholiques à une forme de dissidence pratique. Nous goûtons ici les fruits amers, très amers, de la mise sous tutelle de l’enseignement catholique par le biais des contrats d’association. Nous voyons la logique de la Loi Debré atteindre son terme : l’impossibilité pour les parents d’être les responsables effectifs de l’éducation et de l’enseignement de leurs enfants.
    Malheureusement, nous avions perdu avant d’avoir mener la bataille, car les catholiques prennent un état de fait – la scolarisation dans l’école publique ou sous contrat – comme une forme normale et légitime. Elle peut l’être. Mais pas à n’importe quelle condition. Pas, en tous les cas, en niant le devoir et le droit premier des parents à être les premiers responsables de l’éducation.
    C’est à raison que Jeanne Smits estime qu’une liberté fondamentale disparaît ainsi, sans éveiller la moindre réaction. Au moins, apparente. Je sais pour ma part qu’il y a eu des tentatives pour arrêter le mouvement. En vain, semble-t-il ! Il aurait fallu davantage de mobilisation et de personnalités pour au minimum alerter l’opinion.
    Jeanne Smits termine son article en notant « Jamais, jamais une élection présidentielle n’aura été aussi cruciale… » Au risque de passer pour un défaitiste, je me pose la question : est-ce si sûr ? Notre pays va de plus en plus mal et c’est une lapalissade. Nous pouvons espérer que certains candidats, certains élus, allument des contre-feux, concernant tels ou tels sujets. L’immigration ou la sécurité, par exemple. Concernant l’avortement ou la liberté scolaire, les choses me semblent moins claires. Suffit-il, dans ce cadre, d’attendre le miracle des élections présidentielles ? Jeanne Smits note : « Lorsque Marie-Ségolène Royal – qui hait l’école vraiment libre et catholique – propose en campagne de rendre obligatoire la scolarisation dès trois ans (dès trois ans !), elle est vraiment dans l’air du temps. » Mais, par ailleurs, c’est toujours sous un gouvernement de droite que les décisions les plus catastrophiques ont été prises. Contraception, avortement, divorce par consentement mutuel,etc. et maintenant cette interdiction du regroupement scolaire familial.
    Jeanne Smits entend évoquer le véritable « avortement des esprits ». Elle a raison. Mais il faut aussi reconstruire. D’abord en déconstruisant en nous-mêmes ces fausses évidences qui font, que comme catholiques, nous avons accepté pendant des années de conforter un système séculariste. Nous devons nous retrouver nous mêmes. Penser et vivre en catholiques. Pleinement. Le mieux possible, en fonction des circonstances. Au risque d’entrer dans une forme de dissidence. On y revient. On y reviendra de toute façon de plus en plus.
    Claude Polin parlant naguère de certains dissidents d’Europe de l’Est, écrivait :
    « Ces dissidents sont en effet avant tout des dissidents de la modernité. Une foi commune les anime : ‘seul le christianisme – écrivent-ils – recèle l’énergie, possède le dynamisme susceptibles de transfigurer notre monde… l’héroïsme spirituel est la seule voie qui conduira l’homme et toute la société à la libération… Il y a une attitude chrétienne qu’on appelle ‘le dépouillement’. C’est une purification de l’âme, une concentration spirituelle, une aspiration à la simplicité et à l’harmonie intérieure. Voilà par quoi il faut commencer. Parce que c’est seulement à un esprit dépouillé que s’ouvre la vérité, et que seule vérité libère. Il faut arriver par un état tel que des solutions extérieures soient dictées par les lois de la compassion et de l’amour’ ». (Item, novembre 1979, p. 37).

    Cette voie s'impose à nous.  

  • Entretien avec Denis Sureau sur l'État et la société

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    Je publie ci-dessous la première partie d’un court entretien avec Denis Sureau sur le thème  de l’État et la société. Écrivain et journaliste, Denis Sureau est aussi chef de famille et chef d’entreprise. Il a créé la lettre d’information Chrétiens dans la cité (lien ci-contre), consacrée aux nouvelles touchant à la doctrine sociale de l’Église et aux mouvements catholiques travaillant dans ce sens. Il a repris aussi le mensuel Transmettre (ici) consacré à la transmission de la foi. Il est enfin le Président des éditions de l’Homme Nouveau (lien ci-contre). À ce titre, il vient de conclure un accord de partenariat avec l’édition française de L’Osservatore romano, le journal du pape, pour sa diffusion en France.
    Depuis plusieurs années, Denis Sureau réfléchit aux fondements de la réflexion catholique en matière sociale et politique. Philosophe, sa pensée est nourrie de Platon et de saint Thomas ainsi que des travaux de William Cavanaugh, jeune théologien américain, dont l’un des ouvrages a été traduit en français sous le titre Eucharistie et mondialisation, la liturgie comme acte politique (Ad Solem, 2001).
    Je suis heureux de donner à Denis Sureau l’occasion de discuter sur ce sujet qui est, si l’on prend le temps d’y regarder de près, d’une actualité brûlante. Denis Sureau est prêt à débattre. C’est, bien sûr, le sens de la publication de cet entretien. La seconde partie – qui constitue le cœur de l’entretien et concerne l’État moderne – sera publiée lundi.


    1°) Sur ce blog (ici), vous avez remis en cause l'idée de salaire parental financé par l'État. Est-ce à dire que vous refusez de reconnaître l'apport des familles à la vie de la société ?

    Non, bien sûr, mais je conteste l’idée que les familles devraient normalement attendre des subsides de l’Etat. Dans une société bien ordonnée, les familles devraient pouvoir vivre de leurs activités économiques et non dépendre d’un tiers. Je me situe dans une perspective à long terme, non dans le contexte actuel où chacun se bat contre tous pour maximiser son profit.

    2°) Votre critique de l'État est-elle une critique « libérale » de celui-ci ?

    Pour les libéraux, seul l’individu et l’Etat existent. Pour la tradition catholique sociale, la famille (et non l’individu) est la cellule de base, et elle est insérée dans un environnement social aux multiples composantes communautaires (organisations professionnelles, communes, associations, paroisses etc.). Les libéraux s’emploient à détruire cette réalité sociale qui, à leurs yeux, empêche le libre échange, entrave le fonctionnement libre du marché. Dans ma critique, ce sont les communautés d’appartenance qui doivent, subsidiarité oblige, disposer de la plénitude de leurs ressources (économiques, sociales, législatives, juridiques, fiscales etc.) et enchâsser les pratiques sociales en poursuivant des fins communes objectivement bonnes.

    3°) Vous reprenez le slogan du mouvement catholique italien « Communion et libération » : moins d'État; plus de société »*. Mais concrètement, qu'est-ce que cela veut dire ?
    C’est une formulation disons publicitaire de cette conception. Par exemple, cela peut entraîner que les accords collectifs riment sur un droit du travail uniforme. Ou, dans un autre ordre d’idée, que la Corse ait son organisation législative spécifique, conforme à ses traditions (sous cet angle, on revient à un authentique fédéralisme, que Pie XII avait encouragé). Ou encore que l’école soit séparée de l’Etat et rendue aux familles. Ou que le monopole de la sécurité sociale soit aboli au profit de mutuelles professionnelles, familiales ou régionales. Que du concret !


    * : et je rajoute, antérieur à Communion et Libération, et sans vue publicitaire, qui aurait été dénoncé comme telle, l'un des points essentiels, formulé aussi clairement, de la pensée de Dorothy Day et de Peter Maurin, co-fondateur du Catholic Workers. 

  • Pourquoi nous allons encore perdre ce combat (II)



    Initialement, j’avais rédigé cette rapide réflexion en lisant un article qui posait la question du « droit » à l’école à la maison. La période de Noël ne m’a pas semblé favorable à une publication. Aujourd’hui, un autre article repose un peu la question en ces termes. D’où ma décision de publier ce texte. Pour l'heure, je ne peux pas faire plus et mieux.
    Par ailleurs, l'un des évêques contactés par mes soins s'est entretenu voici plusieurs jours avec moi sur le sujet. Conscient du danger, il travaille la question.
    Sur l’évolution de la situation de l’instruction à domicile, je renvoie au texte du Salon Beige (ici).


    En s’en prenant à l’instruction à domicile, ses adversaires s’attaquent, en fait, à quelque chose de plus fondamentale, de plus essentielle, qu’un simple choix de mode de scolarisation. Ils touchent directement à la famille (et c’est une attaque supplémentaire) et par ce biais à la société dans son ensemble. Ils imposent une logique totalitaire qui veut que l’État ou de super-structures de type étatique contrôlent la vie sociale. Mais, le plus grave ne me semble pas se trouver là. Après tout, ils sont dans leur rôle et dans leur logique. Plus étonnant pour moi est le regard des bons catholiques qui voient bien le danger, mais en même temps ne peuvent se départir d’une timidité à défendre ce qui leur apparaît malgré tout comme un risque ou une faute de goût. Parmi ces bons catholiques, se trouvent nombre de mes amis ou connaissances, personnes estimables, intelligentes et courageuses. Mais elles n’arrivent pas à se mouvoir dans un schéma conceptuel autre que celui qui veut que les parents donnent naissance aux enfants, les nourrissent, les habillent, les distraient et confient leur instruction à d’autres estimées plus compétents, voire à l’État, jugé susceptible de se porter garant d’une bonne instruction.
    Ces bons amis estiment ainsi que les parents ont le droit d’instruire leurs enfants, mais que ce droit est limité par le devoir d’enseigner vraiment quelque chose. C’est cette limitation du droit par une impossibilité pratique qui conduirait les parents à confier leur progéniture à l’école. Il y aurait là un devoir de moralité.
    L’argumentation est séduisante et semble aller dans un sens similaire à celle que j’ai essayée moi-même de développer de manière plus longue et plus confuse (ici) en partant de l’articulation de deux principes essentiels de la doctrine catholique en la matière :
    – la famille, cellule de base de la société ;
    – le principe de subsidiarité, moteur de l’organisation sociale.

    Il y a pourtant, me semble-t-il, une différence majeure entre les deux approches. Entre une approche que je serais tenté de qualifier, si je me laissais aller à la polémique, de « timide et d’incertaine (au sens d’incertaine de son bon droit) » et une approche qui n’accepte pas un seul instant la remise en cause du principe de l’école à la maison au risque sinon de voir tomber tout l’édifice.

    À mon avis, là où le bât blesse dans l’approche « timide et incertaine » tient au fait que le raisonnement s’appuie sur l’idée que « les parents ont le droit d’instruire leurs enfants ». De ce fait, il est très facile de dérouler un ensemble d’arguments qui concluent à la limitation de ce droit. On énonce un principe qui n’est pas universel. Un principe qui ne l’est pas. En faisant ainsi, nous entrons dans une logique pernicieuse qui conduit, au final, à admettre comme tout à fait normal que l’État prenne en charge nos enfants.
    S’il faut se placer dans cette dialectique droit/devoir, il me semble plus juste de postuler que les parents ont le « devoir » d’instruire leurs enfants. Dans cette logique, l’école à la maison ou le recours à l’école à l’extérieur, répondent au même principe. Cette logique garantit à la fois l’instruction à domicile et le recours subsidiaire à des précepteurs ou à des écoles que l’on veut tant sauvegarder. C’est bien parce que nous avons ce devoir que certains d’entre nous choisissent, tout à fait légitimement, de recourir à des écoles. Ils accomplissent, là, leur « devoir » de parents avant d’exercer un droit.
    Il ne s’agit pas d’une simple querelle de mots, mais bien de deux façons de concevoir la place de la famille, et partant de l’organisation sociale et de la vie en société elle-même.
    Le monde catholique me semble habité d’une véritable crainte, une crainte de perdants, dès qu’il s’agit d’école à la maison. En soi, cette crainte pourrait n’être pas si grave, si elle ne concernait que l’instruction à domicile. Mais, de la même manière, que les adversaires de l’école à la maison s’attaquent en fait à la famille comme cellule de base de la société en mettant en cause la liberté d’instruction à domicile, de la même façon, en acceptant un simple doute sur la légitimité de l’école à la maison, les catholiques scient la branche sur laquelle la liberté scolaire repose. Ils tuent, dans l’œuf, leurs arguments de défense de l’école à l’extérieur de la famille.