Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

21/10/2011

Le distributisme de Chesterton fait la Une du Washington Post et descend dans la rue à New York

Image 2.png

 

Dans un article publié le 17 octobre dernier, et signé David Gibson, le Washington Post s’attarde à l’actualité du distributisme sous le titre éloquent : « Age-old ‘distributism’ gains new traction ».

Hé oui, le vieil idéal, diffusé naguère par Chesterton et Belloc, mais aussi le Père Vincent McNabb ou Arthur Penty, s’offre un petit retour en force en raison d’une crise que les solutions libérales et socialistes peinent à résoudre. L’article de Gibson évoque l’Anglais Phillip Blond à l’occasion de son passage à New York pour une conférence à l’université de cette ville. Blond, après avoir été théologien, professeur d’université, proche du mouvement « Radical Orthodoxy » et de son mentor, John Milbank, puis conseiller de David Cameron, préside aujourd’hui le « think tank » ResPublica, une fondation politique qui entend influer sur les débats politiques en Grande-Bretagne.

Image 3.pngBlond, qui a non seulement la pédagogie du professeur mais le sens des formules qui frappent, a théorisé sa pensée et sa démarche dans un ouvrage au titre percutant : Red Tory. S’il s’inspire du distributisme de Chesterton et Belloc, Phillip Blond a pris soin d’adapter les vieux principes aux problèmes de la société actuelle. C’est ce que note, à sa manière, le Washington Post qui rapporte quelques propos du président de ResPublica selon lequel le capitalisme n’a pas créé un marché libre, mais un marché fermé, détruisant en même temps le tissu social de la nation, qui laisse ainsi les individus et les familles sans liens sociaux et dépendant entièrement de l’État central. Prenant appui sur l’actualité, Blond estime ainsi que les Tea Party et les insurgés de Wall Street manifestent, chacun à sa manière, les mêmes craintes et les mêmes refus. Le refus d’un pouvoir étatique omnipotent et d’une concentration des richesses et du pouvoir dans les mains des seuls adulateurs du marché.

À ses auditeurs américains, Phillip Blond a répété que ce qui est petit et local vaut mieux que les grands appareils gigantesques qui loin des vrais problèmes ne le règlent pas ou mal. Il a argumenté pour la subsidiarité dans une société qui retrouve ses droits tout en soulignant que l’État a un rôle à jouer dans certains domaines. Plus de société,moins d’État donc, mais un État qui remplisse effectivement les grandes tâches qui lui appartiennent et qu’il est vraiment seul capable de réaliser. Il s’agit une fois encore de libérer la société des oligarchies qui l’empêchent de vivre normalement. Un langage que New York est peu habitué à entendre…

 

Image 4.png

 

Dans les rues de New York, justement, les insurgés découvrent un tract dont l’inspiration découle en droite ligne de la pensée politique de Chesterton. Sous le titre « Le Capitalisme est pour les riches ; Le socialisme est pour les bureaucrates », ce tract explique ce qu’est le distributisme, au-delà de son refus du libéralisme et du socialisme, concentration du pouvoir politique et économique dans les mains de quelques-uns dans le premier cas ; dans les mains de l’État dans le second.

Il explique surtout ce qu’est positivement le distributisme, une économique humaine fondée sur la famille, s’appuyant par exemple sur les entreprises familiales ou des coopératives, soucieuse du bien vivre jusque dans le respect de l’environnement et de la nourriture. Le tract souligne que cette forme d’économie est déjà mise partiellement en application par des milliers de petites entreprises familiales, des banques de microcrédit, des associations coopératives d'épargne et de crédit ou à plus grandes échelles par des entreprises comme les coopératives Mondragon en Espagne ou les coopératives d’Emilie-Romagne en Italie.

Le but de ce tract ? Non pas résumer en peu de mots ce qu’est le distributisme, mais indiquer à une foule inquiète, perdue, en révolte et proie facile des mouvements révolutionnaires qu’une autre forme d’économie existe, qu’elle a déjà été appliquée et qu’elle répond aux attentes des gens ordinaires. À l’initiative de  ce combat militant, Richard Aleman, jeune président de The Society for distributism, qui n’hésite pas à descendre sur le terrain pour distribuer dans les rues ce simple tract et répondre aux questions. Comme lui, d’autres ont distribué ce document, reproduit par leurs propres soins, dans plusieurs villes des États-Unis. Grâce à eux, Chesterton et Belloc ont repris pieds dans la rue…

28/06/2010

Abbaye de Sept-fons : un modèle d'économie

 

 

Image 16.png

 

L’abbaye de Sept-Fons est notamment connue pour ses produits alimentaires, principalement pour la Germalyne, un produit lancé en 1930, bien avant la mode du bio, et qui est à base de germe de blé. Je viens de recevoir un dépliant de Sept-Fons qui présente plusieurs produits de l’abbaye. Ce dépliant était accompagné d’un mot du Père M.-Alexis, cellérier, qui explique le lien entre cette production et la vie religieuse.

Au-delà de la démarche publicitaire, cette lettre du frère cellérier a l’avantage de donner une idée de ce qu’une certaine vision de la vie économique incrustée (pour reprendre la terminologie de Karl Polanyi) dans une vie sociale plus large et plus riche, permet de produire. Je prends la liberté de reproduire certains passages de cette lettre.

 

 

 

Image 18.png

 

 

 

Le frère cellérier rappelle d’abord que l’abbaye cistercienne Trappiste Notre-Dame de Sept-Fons a été fondée en 1132. Il indique également que c’est sous l’abbatiat du célèbre Dom Chautard, auteur de L’âme de tout apostolat, que fut lancée la Germalyne, comme reconstituant général de l’organisme. Aujourd’hui, la communauté compte plus de 80 membres. Le frère cellérier explique ensuite :

« Fidèles à la règle de S.Benoît, nous nous efforçons de maintenir l’équilibre entre la prière, l’étude et le travail, notamment le travail manuel. »

Après avoir souligné cet équilibre d’une vie qui ne repose pas uniquement sur la dimension du travail (donc de l’économie) mais qui l’intègre à un ensemble, l’auteur de la lettre précise le style de vie mené à Sept-Fons :

« Connaissez-vous la vie que nous menons ? Nous nous levons bien avant le soleil, à 3h15. Quand le monde alentour commence à s’activer, les moines ont déjà consacré à la vie intérieure un tiers de leur journée. Jusqu’au soir où ils s’endorment vers vingt heures, ils alternent travail, office liturgiques, prière personnelle et études. Par leur existence à la fois laborieuse et priante mais qui n’est pas exempte de problèmes, les moines témoignent qu’il est possible de construire un avenir où la dimension spirituelle de l’homme demeure à la place qui lui revient, la première ».

Le drame de nos sociétés modernes est justement de refuser cette place et de mettre des idoles à sa place.

Il établit alors un premier lien – qualitatif – entres les produits de l’abbaye et son style de vie : « C’est cette qualité de vie que nous essayons de faire refléter dans nos produits et dans notre travail ».

Il poursuit en invitant à commander les produits de l’abbaye, au moins pour deux raisons :

1°) « vous bénéficiez de produits de qualité » ;

2°) « vous aidez une communauté de moines à vivre et à poursuivre sa mission de prière ».

 

Il ajoute finement : « Voilà, à mon sens, une excellente forme de “commerce équitable” ».

 

Pour nous qui vivons dans le monde, il ne s’agit évidemment pas d’adopter le rythme monastique, mais de s’en inspirer, en redéfinissant la finalité première de notre existence et en redonnant à l’économie sa véritable place, en l’incrustant dans une vie sociale plus large qu’elle doit servir et non anéantir et remplacer. Il s’avère ainsi nécessaire de réfléchir aux conditions du bien commun qui subordonne l'économie au politique.

09/12/2009

Et si on écoutait Maurice Allais ?

 

Image 3.pngL'hebdomadaire Marianne vient de publier dans son dernier numéro (5 au 11 décembre 2009) un document signé Maurice Allais, prix Nobel d'économie, et intitulé Lettre aux Français. Alors que nous traversons une crise importante, le seul Français Prix Nobel d'économie n'est jamais sollicité pour donner à ses concitoyens ses explications des phénomènes dramatiques que nous vivons. Ce sujet est l'objet de la dernière partie de cette Lettre aux Français qui mérite d'être lue crayon en main.

Sur le silence des médias français à son encontre, Maurice Allais s'interroge. Il constate, comme nous pouvons le faire, que ceux qui n'avaient pas vu venir la crise et qui défendaient le système en place avant le déclenchement de celle-ci, sont toujours là, à nous expliquer les raisons de ce bouleversement économique et financier et les moyens à mettre en œuvre pour en sortir. Ce constat pousse le Prix Nobel à s'e demander quel lien existe entre les grands médias et les « intérêts qui souhaitent que l'ordre économique actuel, qui fonctionne à leur avantage, perdure tel qu'il est. Parmi eux se trouvent en particulier les multinationales qui sont les principales bénéficiaires, avec les milieux boursiers et bancaires, d'un mécanisme économique qui les enrichit, tandis qu'il appauvrit la majorité de la population française mais aussi mondiale ». D'où les trois questions que pose Maurice Allais :


1°) « quelle est la liberté véritable des grands médias ? » ;

2°) « qui détient le pouvoir de décider qu'un expert est ou non autorisé à exprimer un libre commentaire dans la presse ? » ;

3°) « pourquoi les causes de la crise (...) sont-elles souvent le signe d'une profonde incompréhension de la réalité économique ? ».


Les fondements de la crise, Maurice Allais en voit deux. Cette analyse forme la partie principale de son intervention. La principale cause de la crise économique se trouve selon lui dans l'organisation mondiale du commerce ; la seconde étant le système bancaire. À ce titre, il stigmatise la récente dénonciation du G20 stipulant que le « protectionnisme » est dangereux et à bannir. Pour Allais, le protectionnisme est au contraire vertueux à condition qu'il s'exerce « entre pays de niveaux de vie très différents ». Il est alors « non seulement justifié, mais absolument nécessaire ». Au contraire, le protectionnisme entre pays à salaire comparable « n'est pas souhaitable en général ». Pour Maurice Allais, le chômage actuel « est dû à cette libéralisation totale du commerce » qui considère « les échanges comme un objectif en soi alors qu'ils ne sont que des moyens ». Partant donc du constat que « du chômage résultent des délocalisations elles-mêmes dues aux trop grandes différences de salaire » il préconise « de rétablir une légitime protection » à travers la recréation d'espaces régionaux économiques et sociaux homogènes, soit au sein des pays dits riches ou du côté des pays en voie de développement. Avec de telles régions, ces pays, en effet, pourraient développer « un marché interne suffisamment vaste pour soutenir leur production, mais suffisamment équilibré aussi pour que la concurrence interne ne repose pas uniquement sur le maintien des salaires bas ».

Image 4.pngAu début de son article, Maurice Allais se définit à la fois comme socialiste et libéral ; socialiste par souci de « l'équité de la redistribution des richesses » et libéral par souci « de l'efficacité de la production de cette même richesse ». Les mots ne prennent pas en compte toute la réalité du problème, socialisme et libéralisme trouvant des racines communes dans le matérialisme. Mais ils expriment bien une certaine orientation, une certaine ambition, qui consistent à refuser l'étatisme mais à ne pas se désintéresser de la justice sociale et à désirer l'efficacité économique dans la mesure où elle peut servir au plus grand nombre.

Sans forcément partager toutes ses opinions, il est clair que l'on aurait intérêt à lire et à entendre aujourd'hui Maurice Allais. Il est âgé de 98 ans. N'attendons pas qu'il soit trop tard...

 

Pour aller plus loin, un site consacré à Maurice Allais : ICI.