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13/01/2012

Une introduction au distributisme (2)

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Mais le distributisme souffrit aussi d’un autre handicap qui, pour beaucoup, lui échappait. Né au début du XXe siècle dans une Angleterre souffrant directement d’une rapide et violente industrialisation, il allait très vite être étranglé par l’affrontement qui opposait de plus en plus la démocratie capitaliste, le communisme soviétique et le fascisme dans toutes ses composantes. Avec ces derniers, il avait en commun de prétendre proposer une troisième voie, ce qui allait lui nuire avec la victoire des « démocraties » en 1945, la facilité et la propagande l’associant à l’ennemi d’hier. Opposé au capitalisme, représenté par l’Ouest et au socialisme étatique, qui régnait à l’Est, le distributisme fut la victime de la bipolarisation constitutive de la Guerre froide. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il n’y avait pas de place pour un troisième terme dans la guerre opposant les démocraties aux fascismes. Il n’en eut pas davantage dans le conflit de la Guerre froide entre libéralisme et communisme. Celui-ci s’acheva en 1989 par la victoire par K.O. du libéralisme qui imposa dès lors son hégémonie. La fin de l’Histoire était arrivée et le distributisme appartenait plus que jamais à ses oubliettes.

Pourtant, la raison ultime qui laissait croire à une mort définitive allait être celle qui devait permettre une certaine résurrection du distributisme. Très vite, l’hégémonie libérale emportait avec elle les dernières protections des peuples et des nations. Facilitée par le développement fulgurant des moyens de communication et de transports, légitimée moralement par le besoin de paix des vieilles nations sorties exsangues du second conflit mondial, la mondialisation bousculait les modes de vie, déplaçait les populations, renversait les frontières, au nom d’une réussite économique devenue le seul critère de la vie sociale, portée par une philosophie ultra-matérialiste s’appuyant sur une conception infinie du progrès. Si pour les grandes multinationales, le résultat fut généralement positif, ce ne fut pas le cas pour les peuples et les nations. Les premiers découvraient l’écart de plus en plus grand qui se creusait entre les riches et les pauvres. Ils voyaient disparaître leurs campagnes et la ruralité tout comme l’artisanat, soumis lui aussi au déplacement des populations. Ils apprenaient à vivre dans une instabilité perpétuelle qui leur était présentée comme un progrès et un nouveau mode de vie. Ils devaient accepter le fait qu’ils étaient nés pour consommer et, qu’entre travail et loisir, leur horizon s’appelait désormais supermarché, lieu non seulement d’échanges économiques de base mais également lien social entre les familles et les individus. Quant aux secondes, elles devaient réaliser que leur souveraineté était appelé à disparaître au profit de grandes structures supra-étatiques, conciliant enfin organisation de la vie sociale et loi du marché.

Les réactions se firent assez vite sentir et elles prirent des aspects divers : installation de l’écologisme, résurgence de l’ultra-gauche, développement du populisme et des communautarismes, etc. Face à un tel éventail alternatif de plus en plus grand, allant des préconisations les plus folles aux solutions les plus inventives, certains se souvinrent d’une vieille théorie portée naguère par des écrivains catholiques et qui avait pour elle de ne pactiser en rien avec les deux grands systèmes qui avaient conduit le monde à la faillite humaine, sociale, économique et politique. Revisités, leurs écrits apparurent d’un coup prophétiques malgré l’enveloppe du temps. Leur refus de l’industrialisme, de la société et des valeurs modernes, du machinisme, de la consommation et leur préconisation du retour à la vie rurale, aux Guildes et à l’artisanat, dans une société de propriétaires, semblaient certes utopiques dans le cadre d’un monde qui avait définitivement tourné le dos à une vie stable et organique. Mais, en même temps, cette utopie même semblait répondre à certaines aspirations contemporaines qui se faisaient jour à travers l’émergence de la décroissance, de l’écologie, du désir d’échapper à l’anonymat des grandes mégapoles, de l’aspiration à une vie simple et responsable ou encore de l’anti-globalisme. Avant d’autres, ils avaient perçu que l’économie de marché n’avait pas seulement la prétention d’organiser la vie économique, mais qu’elle prenait possession de la vie sociale dans sa totalité.


© Philippe Maxence

08/01/2012

Une introduction au distributisme (1)

Nous commençons ici la publication d'une introduction au courant distributiste illustré dans le monde anglo-saxon par des écrivains comme G.K. Chesterton et Hilaire Belloc. 

 

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Objet de débat aux États-Unis, à la fois parmi certaines aulas universitaires, dans la presse catholique dont les meilleures plumes sont capables de se déchirer à son sujet ou encore sur le réseau Internet qui offre des agoras démultipliées, référence intellectuelle en Angleterre et en Australie, inspirateur de certains mouvements politiques en Europe de l’Est, le distributisme reste un parfait inconnu en France et dans les pays francophones. Si l’on évoque auprès du public français le terme de distributisme, celui-ci renvoie instinctivement à l’idée d’une certaine forme de socialisme et d’un État qui redistribue aux habitants du pays ce qu’il a acquis lui-même par l’impôt ou la confiscation. Ce réflexe, lié à la consonance même du mot, trouve d’ailleurs une vérification historique à travers la pensée de Jacques Duboin (1878-1976).

Sous le terme « d’économie distributive », ce député français du siècle dernier avait théorisé la nécessité de passer de l’économie de l’échange à l’économie de la répartition et fut à l’origine de l’idée d’un revenu social dispensé par l’État.

Nous sommes loin, ici, du distributisme anglo-saxon dont l’écrivain anglais, G.K. Chesterton fut l’un des principaux hérauts. L’idée principale de Chesterton ne consistait pas à faire dépendre le citoyen de l’État, mais au contraire de le libérer de l’emprise étatique ou de l’emprise oligarchique pour qu’il retrouve la maîtrise de son destin, afin de lui permettre d’exercer concrètement sa liberté et ses responsabilités dans les domaines qui dépendent directement de lui.

Ainsi entendu, le distributisme repose en fait sur une conception globale de la société, laquelle s’appuie sur la famille et permet à l’homme à travers un certain nombre de moyens, dont la propriété privée, d’exercer concrètement et directement sa responsabilité d’homme, pour retrouver ainsi les chemins d’une vraie liberté. À ce titre, le distributisme refuse autant le socialisme étatique qui confisque la propriété des moyens de production au profit de l’État que le capitalisme monopolistique qui réduit la propriété des moyens de production seulement au profit de quelques-uns. Chesterton l’expliquera à G.B. Shaw dans un débat public qui opposait les deux amis : « la personne qui possède une terre la contrôle directement et réellement. Elle possède réellement les moyens de production. De même pour l’homme qui possède une machine. Il peut l’utiliser ou ne pas l’utiliser. Celui qui possède ses outils ou qui travaille dans son propre atelier possède et contrôle d’autant ses moyens de production ». (Do we Agree ? Chesterton/Shaw).

Inconnu ou incompris à la fois parce qu’il est d’origine anglo-saxonne et qu’il manifeste dans l’esprit français le contraire de ce qu’il est, le distributisme rencontre d’autres handicaps plus fondamentaux liés à sa propre histoire et à celle du monde. Paradoxalement, s’il bénéficia de la voix de grands écrivains comme G.K. Chesterton et Hilaire Belloc, il fut aussi déconsidéré par cette même raison qui le faisait connaître du grand public de cette époque.

 

© Philippe Maxence

22/10/2011

Propriété privée et bien commun

Sur le blog de l'Observatoire sociopolitique du diocèse de Fréjus-Toulon, Cyril Brun consacre un bon article aux rapports entre droit à la propriété privée, destination universelle des biens et bien commun.

On constate avec satisfaction que la primauté du bien commun fait ainsi sa réappararition dans le cadre de la réflexion politique catholique. Très justement l'auteur note que le respect de la destination universelle des biens passe par la large diffusion de la propriété privée. Un rapport paradoxal, que Cyril Brun met bien en évidence, comme avant lui l'école distributiste, avec Chesterton et Belloc, ou en France les travaux de Louis Salleron, notamment avec son livre Diffuser la propriété


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Voici un extrait du texte de Cyril Brun : 

Tous les biens terrestres appartiennent en commun et indistinctement à tout le genre humain. Ils sont à la disposition de tous selon les principes de la justice et de la charité. Ce qui faisait dire à saint Basile : « mon superflu est le vol du nécessaire des autres. » Les biens terrestres doivent en effet servir au bien de tous et à procurer à ceux qui sont dans le besoin des conditions de vie plus humaines. Ils sont destinés à satisfaire les besoins de tous les hommes. En effet, « avec la terre, la principale ressource de l’homme, c’est l’homme lui-même. » Par-là Jean-Paul II signifie que le bien par excellence qui est destiné à tous c’est l’homme lui-même. Aussi la tâche primordiale, qui commande tout développement humain, est-elle d’éveiller l’homme à lui-même, par l’éducation afin qu’il puisse faire un usage responsable de sa liberté. Au plan international, ce principe fonde l’étroite solidarité des peuples dans la mise en œuvre des richesses du monde pour un mieux-être de l’humanité. Ainsi, un État ne peut-il refuser sans cause juste et raisonnable l’accès de son territoire à des étrangers privés de ressources. Mais l’accueil ne peut se faire au détriment de l’équilibre et du bien-être du pays. « Il s’agit, rappelait Pie XII en 1941, de réaliser une meilleure distribution des hommes sur la surface que Dieu a créée et préparée pour l’usage de tous. » À l’intérieur même d’une nation, il faut « ramener aux exigences du Bien Commun et aux normes de la justice sociale la distribution des ressources du monde. » (Quadragesimo AnnoOr cela passe donc par une plus large diffusion de la propriété privée. En effet, seule l’extension à tous de la propriété privée rendra possible la réalisation du droit qui concède à tous l’usage des biens matériels. Mais ne nous trompons pas, ce droit à la propriété privée est second. Il n’est qu’un moyen de réaliser le droit premier et fondamental de la destination universelle des biens.