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25/01/2007

Dissidence ?

Ici ou là, on s’est fait l’écho du dernier numéro de la revue Permanences, édité par Ichtus, également connu sous le nom familier de « Rue des Renaudes ». Thème de ce dernier numéro : « Cathos, vers la dissidence ? »
Le numéro en question est intéressant par les questions qu’il soulève, les sujets qu’il aborde, par les contributions qu’il réunit. Citons, entre autres, les articles de Michel Benoit et de Philippe Darantière ou le témoignage de Joël Hautebert.
Mais, peut-être, plus intéressant encore, est l’entretien que Nicole Buron, rédactrice en chef de Permanences, a accordé au blogue e-deo, entretien en son et en image. (ici)
Son intérêt est double. Dans cet entretien, Nicole Buron, en bonne rédactrice en chef, explique l’intention générale de ce numéro et, ce faisant, elle montre le hiatus, pour ne pas dire le fossé d’incompréhension, qui existe dans une partie du monde catholique. S’ajoute à cela – je le dis non comme une attaque personnelle, mais comme une remarque qui touche l’organisme qu’elle représente – une impression de suffisance qui semble venir du fait, qu’en matière de doctrine et d’action sociale et politique des catholiques, la « rue des Renaudes » tiendrait une sorte de magistère non-dit.
Ce thème de la dissidence a été abordé sur ce blogue dès le départ. Dans l’un de mes premiers textes, si ce n’est le premier, j’écrivais :
« La société technique, mercantile, consumériste, de plus en plus globalisante, reposant sur l’appel à un progrès constant et aux dépassements de toutes les limites, ne met-elle pas en danger, non seulement l’environnement, mais au cœur de cet environnement, l’homme lui-même : sa vie concrète et sa vie future dans l’éternité ?
N’est-il donc pas temps d’essayer, chacun où il est, et autant que possible, de mettre en place des modes de vie, plus respectueux de la nature humaine ?
Je souhaite rencontrer des personnes et des familles qui refusent concrètement les travers de la société actuelle, en privilégiant ceux qui donnent à cette « dissidence intérieure » un fondement spirituel chrétien. »
.
Devant l’incompréhension qui s’était fait jour, je précisais dans un autre texte :
« Parce que nous savons le danger de l'utopie, nous estimons nécessaire de poser des actes concrets, de réformer nos comportements. Remettre en valeur la vie de famille et la simplicité. Éduquer nos enfants, les voir grandir plutôt que de les confier à l'État. Redonner toute sa place à une économie à taille humaine qui associe la propriété et le travail, la responsabilité et l'autorité. Retrouver notre place au sein de la Création qui est l'un des plus beaux dons de Dieu et l'un des plus grands mystères. Contempler, prier, rire, chanter et boire les vins de nos terroirs. Préférer faire nous-mêmes que faire faire pour retrouver la leçon de l'effort, des limites et la liberté. Refuser le consumérisme qui est la course effrénée à l'accumulation de biens. Préférer le monde rurale que l'artificialité de la ville. Discuter et chanter ensemble plutôt que de regarder la télévision. Etc. Nous ne préconisons pas que tous les " alter cathos " fassent tout cela. Nous pensons pourtant que nous pouvons nous retrouver sur un certain nombre de points fondamentaux qui exigent d'entrer effectivement en dissidence avec les valeurs et les modes de vie de la société d'hyperconsommation.
Il y a une certaine radicalité dans ce que nous voulons, mais cette radicalité n'est pas violente. Elle est vraiment un retour à la source, un retour à la racine des choses, comme l'indique l'étymologie du mot. En même temps, nous pensons que ce que nous voulons vivre est la chose la plus normale du monde. Et que, si nous regardons bien la réalité, c'est le monde moderne qui est entré en dissidence avec ce que Dieu a voulu. Et cette dissidence est bien une fuite alors que celle que nous voulons est un retour. Et ce retour est un amour. De Dieu et de la création. »
Ici.

Revenons maintenant à l’entretien accordé par Nicole Buron. D’abord un constat général sur lequel nous sommes d’accords :
nous, catholiques, avons tendance à nous retirer de la vie sociale et politique. Constat facile à émettre et qui, au fond, ne mange pas de pain.
Par ailleurs, j’ai relevé trois points de désaccord qui se traduisent par l’emploi de plusieurs formules typiques et qui ne sont pas innocentes :
– les catholiques se retirent pour « cultiver leur jardin ».
– nous sommes face à un communautarisme qui ne dit pas son nom, même si dans certains journaux cette étiquette est de plus en plus revendiquée.
– Nous ne sommes pas persécutés comme les premiers chrétiens et de toute façon les premiers chrétiens ont joué leur rôle dans la société païenne.

Conclusion de ces affirmations : il s’agit d’excuse à notre (sous-entendu à « votre ») inaction sociale et politique.
Je laisse de côté la part de mépris, pour ne pas dire plus, que contient cette façon de présenter les choses. Elle sous-entend : Vous n’êtes pas d’accord avec nous ; vous ne faites pas ce que nous préconisons, donc vous ne faites rien.
Sans vouloir entrer dans le détail, ni même présenter une argumentation, je voudrais discuter ces points très rapidement :
 
1°) Nicole Buron et l’équipe de la rue des Renaudes estiment que la dissidence revient à se retirer pour cultiver son jardin. Il y a une erreur fondamentale de perspective.
La dissidence, si l’on comprend bien ce terme et que l’on fait effort pour saisir de quoi il s’agit, vise non pas à fuir la politique, mais à choisir d’autres formes d’action que celles envisagées jusqu’ici.
On peut très bien récuser ces formules d’action ; pas les caricaturer, en disant : vous ne faites rien. On peut d’autant moins le faire que la différence entre les deux approches repose sur une différence fondamentale d’analyse sur ce qu’est devenue notre société actuelle.
À ce titre, la rue des Renaudes me semble avoir une analyse qui repose sur des présupposés qui datent au mieux des années 1970, au pire des années 1950. Or, si dans ces années, il restait un peu d’éléments d’une morale naturelle et chrétienne, ce n’est plus le cas dans la France des années 200O. D’ailleurs, Marcel De Corte, visionnaire, l’avait pressenti dès les années soixante-dix. On lisait Marcel De Corte à cette époque rue des Renaudes. Est-ce le cas aujourd’hui ? Quand De Corte parle de « dissociété » – ce qui pouvait sembler exagéré pour les années 70 – il utilise un terme repris en 2006, probablement en ignorant la source, par Jacques Généreux dans un livre de gauche publié au Seuil.
De ce fait, une réflexion sur l’État qui prend pour référence des textes de Pie XII, Jean Daujat, Marcel de la Bigne de Villeneuve, Gaston Fessard ou Louis Dauménie, textes dont le plus récent remonte à 1962, si l’on met de côté le Catéchisme de l’Église catholique, laisse à penser que l’on ne prend pas suffisamment en compte l’évolution profonde du pouvoir et de l’État séculariste.
Un seul exemple : peut-on parler de bien commun dans une « société » qui a les caractéristiques d’une « dissociété » ? C’est-à-dire dans une société qui n’en est plus une ?
On a l’impression qu’on laisse de côté toute une analyse de ce qu’est fondamentalement l’État moderne en évitant les réflexions qu’une partie de la gauche, notamment, a déjà entamées. Il suffit de lire Ellul (qui rejoint en beaucoup de points De Corte) ou Del Noce (sur l’État séculariste) pour s’en rendre compte.
L’État moderne n’est pas seulement un État « déconfessionnalisé » qui pourrait continuer à rechercher, par ailleurs, à la manière des Hussards de la République, un bien naturel sans Dieu. Nous sommes passés à un autre stade qui fait de cet État un État totalitaire ou pré-totalitaire.
Dans le film Sophie Scholl (ARTE vidéo), qui raconte l’histoire de cette jeune résistante allemande au nazisme, il y a un dialogue fondamental entre la jeune protestante et le gestapiste qui l’interroge. Celui-ci essaye de la convaincre du bien fondé du nazisme. Elle réplique en expliquant les raisons de son refus. La persécution des Juifs mis à part, il s’agit bien d’une description de notre société et de ce qui est enjeu aujourd’hui. Il y a une ressemblance frappante entre les deux sociétés malgré leurs différences criantes et qui invite à réfléchir sur l’évolution de la notre. Avec en toile de fond, la question : si nous sommes dans une société totalitaire ou pré-totalitaire, nos moyens d’action ne peuvent plus être les mêmes qu’auparavant.
 
2°) Le communautarisme est devenu le chiffon rouge que l’on agite aujourd’hui pour se convaincre que son adversaire a tort. Seulement, sous ce vocable, de quoi parle-t-on ? Le terme n’est jamais défini. Parle-t-on d’un communautarisme éthique qui reconnaît et institutionnalise toutes les déviances ? Parle-t-on d’un communautarisme qui vise à diviser la France en communautés ethniques ? Évoque-t-on, au contraire, les communautés intermédiaires nécessaires à une véritable vie sociale, entre la famille, qui n’est pas une communauté intermédiaire, mais la cellule de base, et l’État ? Rien n’est dit. On se pose la question de la légitimité de l’État sans même se demander si cet État légitime ou non « couronne » encore une société ou un agrégat.
Une sorte de réflexe « nationaliste » au mauvais sens du terme conduit des catholiques aujourd’hui à jeter le discrédit sur d’autres catholiques par l’emploi de cette terminologie aussi floue que dangereuse ? Connaissent-ils la différence entre communautaristes et communautariens aux Etats-Unis par exemple ? Ont-ils lu, par exemple, Alasdair MacIntyre ou Rémi Fontaine ?
 
3°) La comparaison avec la société romaine est révélatrice. Nicole Buron nous laisse entendre que les chrétiens ont participé à la vie sociale et politique romaine sous l’empire. La remarque est en partie vraie. Seulement, les chrétiens ont fondamentalement refusé d’adorer des faux Dieu et des idoles, ce qui dans la société païenne de l’époque est un acte de dissidence d’une portée sociale et politique. Autre remarque : l’État païen, aussi sanguinaire qu’il fut, n’a rien à voir avec l’État moderne. Comparaison n’est donc pas raison.Hitler ou Lénine ou Staline ne sont pas des équivalents contemporains de Néron. Ils sont pires. Non pas seulement comme personne, mais surtout par l’État totalitaire mis en place par leurs soins. Il y a un appareil d’État, une prise en main des consciences, une utilisation de l’opinion publique, etc., dans l’État moderne que l’on ne retrouve pas dans l’État païen antique.
 
 
Il ne s’agit pas de vouloir imposer un point de vue. Dissidence contre utilisation du système. J’estime, au contraire, que nous avons besoin des deux démarches, parce qu’elles se complètent plutôt qu’elles ne s’excluent. On peut encourager des jeunes professeurs à tenter d’enseigner dans le Public ou l’école sous-contrat tout en faisant tout pour que se développent les écoles hors-contrat. Mais cela n’empêche pas d’analyser ce qu’est profondément l’État moderne et la société. La dissidence, comme nous l’ont appris ceux de l’Est, ne consiste pas à revenir chez soi pour y cultiver son jardin, sauf si cet acte même revient à poser un acte de refus d’un monde qui induit par ses effets un comportement non chrétien.
La dissidence consiste donc, individuellement et socialement, a adopté des comportements qui récusent la modernité dans ses traductions les plus évidentes : refus de la vie, de la famille, consumérisme, système technicien, économisme, découplage du pouvoir et de la responsabilité. Etc. Nous ne sommes plus simplement ou seulement dans la confrontation entre des formes différentes de régime, d’institution ou de doctrine politique. L’enjeu est plus profond. De ce fait, chaque acte que nous posons aujourd’hui nous engage et devient ou non un acte de dissidence. Nous avons perdu notre innocence ; nous ne sommes plus dans une société normale.
Soljenitsyne nous a également appris que le premier acte de dissidence est le refus du mensonge. Toujours et partout.
Le premier acte de la dissidence consiste peut-être même à se défaire des idées préconçues et des schémas préfabriqués pour retrouver sa capacité de voir le monde tel qu’il est et non tel qu’on le rêve. Que nous voulions ou non être dissident !

17:10 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (13)

24/01/2007

Reprenons la barre

Un ami m’écrit pour me dire tout son intérêt pour la discussion initiée par l’entretien avec Denis Sureau qui a conduit à une joute intellectuelle entre Denis et Joël Hautebert, sans oublier les autres intervenants.
L’ami en question ne cache pas qu’il a été un peu dépassé par la haute volée de ce dialogue et par les références. Qu’il se rassure : il n’est pas le seul.
Mais c’est le propre des discussions qu’elles échappent très vite – trop vite ? – à ceux qui les lancent.
Mon souhait initial était de parler du rôle de l’État, de la place qu’il occupe aujourd’hui, de sa légitimité ainsi que la nécessaire reconstruction de la société que nous devons initier en retrouvant des modes de vie en rupture, en dissidence, avec le monde de la suprématie économique, du consumérisme, de la technique érigée en système, etc.
La réflexion personnelle de Denis Sureau et celle de Joël Hautebert les ont poussés en quelque sorte à remonter aux causes profondes du monde moderne et, partant, aux raisons d’une différence profonde d’analyse dans le monde catholique.
Des effets, il sont remontés aux causes.
Du souci d’incarner un mode de vie chrétien qui n’hésite pas à la dissidence avec la société et les pratiques qu’elle impose, ils sont allés à la source de notre désenchantement. À nous, lecteurs, de digérer tout cela. D’y réfléchir. D’accepter de nous laisser remuer par certains arguments, pour tenter de trouver les réponses concrètes à la situation présente.
L’ami dont j’évoquais les remarques au début de ce texte me demande de revenir à des considérations plus concrètes, dans le droit fil des raisons qui ont fait Caelum et Terra.
Au risque de surprendre, je répondrai à cette demande au cours de la journée.
En attendant, trois mots d’explications sur mon silence depuis plusieurs semaines :
– une maladie assez handicapante et qui n’est pas complètement finie, mais qui s’estompe.
– Un voyage et une conférence à prononcer sur Chesterton à l’Université de Fribourg où j’ai revendiqué d’être « chestertonien » après des intervenants plus distants, notamment sur ces positions religieuses et politiques.
– Des enfants qui me font l’agréable surprise de réclamer ma présence. Entre l’ordinateur, mes élucubrations et mes plus petits, j’ai donc choisi.

12:38 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (0)

10/01/2007

Ne partez pas en vacances,

vous risquez de vous retrouver malade. C'est mon cas, en ce moment, d'où un blogue qui peine à redémarer. N'est-ce pas Henri Salvador qui disait que le travail, c'est la santé ?

16:56 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (2)