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12/04/2007

On ne devrait jamais quitter Montauban

A la fin de cette Semaine Pascale, je viens à nouveau faire le point sur Caelum et Terra (C&T).
J’ai annoncé dans un précédent post que j’entamais une réflexion sur l’avenir de ce blogue. Je me suis posé la question de le continuer ou de l’interrompre.
Des lecteurs de ce blogue sont intervenus pour m’encourager (à quelques exceptions près) à continuer. Je les en remercie.
Je tiens à préciser que cette possibilité d’arrêter n’a pas été envisagée parce que j’aurais été l’objet de critiques et de l’expression de désaccord de la part d’amis et de lecteurs. Ces critiques et ces désaccords sont normaux et la règle de fonctionnement d’un blogue implique qu’ils s’expriment publiquement. Ce sont d’autres raisons qui m’ont conduit à m’interroger sur l’avenir de C&T. Ces raisons sont de deux ordres, intimement liés l’un à l’autre.


Première raison

La première raison repose sur le piège que représente ce formidable outil qu’est Internet, et plus particulièrement, le blogue.
Outil extrêmement facile à manier, le blogue favorise la spontanéité, la réaction immédiate, le « clic » à chaud. En contre-partie, il n’apporte pas toujours les nuances nécessaires, la vérification de l’information, la relecture et la vérification d’une bonne expression, aussi bien au plan de la syntaxe que de l’orthographe. Il encourage les approximations et gonfle l’ego qui habituellement n’en a pas besoin.
J’ai vérifié, dans le cadre des polémiques que j’ai suscitées ou auxquelles j’ai répondues, que le blogue, sans une grande force d’âme et une grande rigueur, conduisait facilement à ces travers. Je ne mets pas en cause mes correspondants, mais d’abord moi-même.

Deuxième raison

Par ailleurs, C&T a dévié de son objet initial. Dans le deuxième post que j’ai mis en ligne et qui explique le sens de ma démarche (je vous invite à en relire l’intégralité ici), j’écrivais :
« À qui s’adresse ce blog ? À tous ceux qui voudront bien y participer. Et qui se reconnaîtront dans les réflexions suivantes, points de départ d’une idée à approfondir et qui cherche surtout à récolter des expériences qui vont dans le sens de cette question fondamentale :
La société technique, mercantile, consumériste, de plus en plus globalisante, reposant sur l’appel à un progrès constant et aux dépassements de toutes les limites, ne met-elle pas en danger, non seulement l’environnement, mais au cœur de cet environnement, l’homme lui-même : sa vie concrète et sa vie future dans l’éternité ?
N’est-il donc pas temps d’essayer, chacun où il est, et autant que possible, de mettre en place des modes de vie, plus respectueux de la nature humaine ?
Je souhaite rencontrer des personnes et des familles qui refusent concrètement les travers de la société actuelle, en privilégiant ceux qui donnent à cette « dissidence intérieure » un fondement spirituel chrétien.
L’idée centrale de ma démarche repose sur le concept de vie sacramentelle. Religion de l’incarnation, le christianisme ne peut pas accepter n’importe quelle forme de vie sous prétexte qu’elle est vécue par le plus grand nombre. Aujourd’hui, les chrétiens militants acceptent, par exemple, d’avoir une pratique sexuelle régulée par l’ouverture à la vie (refus de l’avortement et de la contraception artificielle) et les méthodes naturelles de régulation des naissances. Mais pourquoi cette conception, qui s’appuie sur une certaine austérité et une certaine joie simple de vivre, s’arrête-t-elle à la question sexuelle et à la morale privée ? Pourquoi ne s’élargit-elle pas à la morale sociale, appelant à un retour à des pratiques plus naturelles concernant l’économie, la politique, la nourriture, le respect de l’environnement, l’éducation, etc. ? »
.

Sous le coup de l’actualité, des questions soulevées, des polémiques et des vrais débats, mais aussi de la nécessité d’entretenir ce blogue, je me suis éloigné de cette problématique première. J’ai eu tort.

Dans Les Tontons flingueurs, Lino Ventura s’exclame : « on ne devrait jamais quitter Montauban ». Exact !
On ne devrait jamais franchir les limites que l’on s’est soi-même données.
Mais – Lino Ventura ne le dit pas – on peut aussi revenir à Montauban.
On peut refranchir la frontière, retrouver les limites libératrices.
Après réflexions, c’est ce que j’ai décidé de faire.
Je dirais bientôt selon quel mode opératoire.

En attendant, soyons dans la Joie, le Christ, notre seul sauveur, notre unique espérance, est ressuscité.

Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat 

14:48 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (0)

28/03/2007

L'hypothèse Benoît XVI

Les actes du dernier colloque des juristes catholiques consacré à Loi Naturelle et loi civile viennent d'être publiés aux éditions Pierre Téqui. Outre celle de Joël-Benoît d'Onorio, on peut y lire les interventions du cardinal Grocholewski, Rémi Brague, Marie-Pauline Deswarte, Alain Sériaux, Jean-Baptiste Donnier et Francesco d'Agostino. 

Professeur à la Faculté de Droit d'Aix-en-Provence, Jean-Baptiste Donnier s'interroge sur "Les droits de l'homme, renouveau de la loi naturelle ?". Il présente, à un moment de son intervention, sous le titre L'hypothèse Benoît XVI, la question du lien entre l'existence de Dieu et la possibilité de formuler des valeurs communes.

" Dans un discours prononcé devant le clergé du diocèse d'Aoste le 25 juillet 2005, le pape Benoît XVI s'est livré à une réflexion d'une importance capitale. Après avoir rappelé qu'à 'l'époque où la foi était divisé entre catholiques et protestants, on pensa qu'il fallait conserver les valeurs morales communes en leur donnant un fondement suffisant (…) de façon à ce qu'elles existent “etsi Deus non daretur”, le pape constante qu'aujourd'hui “la situation est inversée”, car “les valeurs morales ne sont plus évidentes”; elles “ne deviennent évidentes que si Dieu existe”.
La tentative de fonder des droits naturels de l'homme sur l'hypothèse de l'inexistence de Dieu a échoué. D'où la suggestion du Saint-Père, adressée aux représentants de l'agnosticisme contemporain, de réfléchir sur le point de savoir si, “pour eux”, ce n'est pas le contraire de l'hypothèse de Grotius (1) qui devient valable aujourd'hui pour fonder une morale commune et des droits naturels de l'homme dotés d'une véritable consistance.
Et Benoît XVi de conclure : “nous devons vivre 'quasi Deus daretur’, même si nous n'avons pas la force de croire, nous devons vivre sur cette hypothèse, autrement, le monde ne fonctionne pas”. 

Cette contribution du professeur Donnier me semble capitale et fait bien ressortir l'apport exemplaire et important de Benoît XVI à notre temps. Sa lutte contre le relativisme ne consiste pas seulement en une dénonciation, mais s'épanouit en un rappel du fondement de toute chose qu'est Dieu, nécessaire pour fonder les droits humains (on se souvient du message de Puebla de Jean-Paul II allant dans le même sens) mais aussi notre manière de vivre.

Autrement dit :

Pas de droits de l'homme sans droits de Dieu.

Pas de discours chrétien sans une incarnation du message chrétien.

 

1) L'hypothèse de Grotius consiste à émettre l'hypothèse de l'inexistence de Dieu pour fonder les droits de l'homme et les valeurs communes aux croyants et aux non croyants. Reprenant l'offensive, et s'appuyant sur le désastre humain né de cette hyptohèse fondatrice de la modernité, Benoît XVI propose à l'agnosticisme honnête de renverser l'hypothèse et de poser désormais l'axiome que Dieu existe. 

27/03/2007

Un évêque dans la campagne présidentielle

Mgr Cattenoz, archevêque d'Avignon, vient d'écrire une Lettre ouverte aux candidats à l'élection présidentielle. Elle est à lire et à méditer (ici texte intégral). Après l'Italie, l'effet Benoît XVI, le radicalisme de l'évangile, y compris dans les aspects de la vie sociale, politique et économique, se fait sentir. Tout n'est pas négociable. Le relativisme et sa dictature doivent cesser. Et d'abord en nous. 

Extraits du message de Mgr Cattenoz :

 

"Aujourd’hui, je suis consterné par vos programmes qui portent en eux les germes d’une culture de mort pour notre société."

La famille :

"Au nom de l’Évangile, je veux défendre la vie, l’Évangile de la vie. Or je constate combien en laissant fragiliser la famille vous portez atteinte au patrimoine de l’humanité.

La famille est le sanctuaire de la vie, une réalité décisive et irremplaçable pour le bien commun des peuples. Elle est la cellule vitale et le pilier de toute vie en société. L’avenir de l’humanité passe par la famille. Elle est le centre névralgique de toute société, une école d’humanisation de l’homme où il peut grandir et devenir pleinement homme. La famille est le lieu privilégié et irremplaçable où l’homme apprend à recevoir et à donner l’amour qui seul donne sens à la vie. Elle est le lieu naturel de la conception, de la naissance, de la croissance et de l’éducation des enfants. Elle est le milieu naturel où l’homme peut naître dans la dignité, grandir et se développer de manière intégrale.

L’institution du mariage, fondement de la famille, échappe à la fantaisie de l’homme ; le mariage plonge ses racines dans la réalité la plus profonde de l’homme et de la femme, il est l’union de l’homme et de la femme. « Impossible de contester cette norme sans que la société ne soit dramatiquement blessée dans ce qui constitue son fondement. L’oublier signifierait fragiliser la famille, pénaliser les enfants et précariser l’avenir de la société » (Benoît XVI, 20 février 2007).

Or, la plupart de vos programmes électoraux loin de protéger et de promouvoir la famille fondée sur le mariage monogame entre l’homme et la femme ouvrent la porte au mariage entre personnes du même sexe et à l’adoption d’enfants par des couples homosexuels."

Mariage homosexuel

"Concernant le “mariage homosexuel”, il faut distinguer l’homosexualité comme fait privé et l’homosexualité comme relation sociale prévue et approuvée par la loi. La légalisation d’une telle union finirait par entraîner un changement de l’organisation sociale tout entière qui deviendrait contraire au bien commun."

Divorce

"Le nombre de séparations et de divorces s’accroît, rompant l’unité familiale et créant de nombreux problèmes aux enfants, victimes innocentes de ces situations. La fragilité et le nombre de foyers monoparentaux ne sont pas sans poser question. La stabilité de la famille est aujourd’hui menacée ; pour la sauvegarder, il ne faut pas avoir peur d’aller à contre-courant de la culture ambiante."

Avortement

"La banalisation de l’avortement et le silence sur les conséquences psychologiques, les blessures et les souffrances cachées qui marquent à jamais les femmes sont intolérables. L’information tronquée sur les séquelles provoquées par l’avortement chez les femmes qui y ont eu recours est insupportable.

La liberté de tuer n’est pas une vraie liberté, mais une tyrannie."

Euthanasie

"L’acceptation de l’euthanasie fait peser des menaces graves sur les malades incurables et sur les mourants. Certes, le contexte social et culturel actuel augmente la difficulté d’affronter la souffrance à l’approche de la mort. Il rend plus forte la tentation de résoudre ce problème en l’éliminant à la racine par l’anticipation de la mort au moment considéré comme le plus opportun. Pourtant, les médecins affirment aujourd’hui savoir soulager la quasi-totalité des douleurs. La vraie question est donc celle des soins palliatifs.

La vie humaine est sacrée, de son commencement naturel jusqu’à son terme. Tout être humain a le droit au respect intégral de ce bien qui est pour lui primordial. Nous ne pouvons accepter la promotion de lois visant à légaliser l’euthanasie."

Manipulations génétiques 

"La manipulation des embryons fait peser une lourde menace sur notre société. L’embryon est un être vivant qui possède un patrimoine génétique humain. Il est une personne humaine, il faut la protéger parce qu’elle est membre à part entière de l’espèce humaine et mérite notre respect.

Les progrès de la science et de la technique peuvent se transformer en menace si l’homme perd le sens de ses limites. Il faut prendre conscience que la chosification de l’embryon nous conduira tôt ou tard à l’eugénisme.

Effectivement, cette manipulation débouche sur un eugénisme subtil."

Immigration, écologie et économie

"Certes, il appartient aux politiques de gouverner, mais je ne peux m’empêcher de vous rappeler que l’économie se doit d’être au service de l’homme et du bien commun dans le respect de la justice sociale et de la solidarité humaine. La mondialisation des échanges commerciaux et la globalisation de l’économie semblent se fonder sur une conception intégralement libérale de l’économie, de ses mécanismes. L’économie prime sur tout et là encore des conceptions individualistes et libérales dominent au détriment du respect de l’homme et de la solidarité entre les hommes.

Comment vivre une authentique fraternité humaine dans notre pays ? Comment respecter les plus pauvres ? Comment répondre au droit au logement et à des logements qui n’accentuent pas la déstructuration de la cellule familiale ? Comment prendre en compte l’émigration comme un fait désormais structurel de notre monde ? Comment accueillir de manière juste tout en étant généreuse ? Comment lutter contre tous ceux qui exploitent les immigrés clandestins, les marchands de sommeil, les employeurs véreux ? Comment réfléchir à la question de l’emploi, du travail et de sa juste rémunération ? Comment prendre en compte les menaces écologiques ?"

La racines de ces maux

"un individualisme à tout crin qui gangrène notre société".
"Dans notre culture, on exacerbe souvent la liberté de l’individu conçu comme sujet autonome, comme s’il se suffisait à lui-même, en marge de ses relations avec les autres, étranger à ses relations avec autrui. Beaucoup voudraient organiser la vie sociale seulement à partir des désirs subjectifs et changeants, sans aucune référence à une vérité objective comme la dignité de tout être humain, ses droits et ses devoirs au service desquels doivent se mettre les responsables de notre société."

 

 

 

 

 

09:37 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (0)