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10/11/2006

Yves Daoudal victime de Caelum et Terra

Aujourd'hui, j'ai mis en ligne une lettre qui revient sur la discussion entre Yves Daoudal et moi. Elle ne va pas dans le sens d'Yves Daoudal. Légitimement, celui-ci aurait bien aimé répondre. Malheureusement, une erreur technique, dont je suis le seul responsable, l'en a empêché ainsi que tous ceux qui voulaient répondre à cette lettre placé dans le texte intitulé « Retour sur une discussion concernant la société, la technique et les Crunchy cons » ou, ceux, qui voulaient répondre au texte précédent intitulé « Un colloque à Toulon ».

Normalement, les choses sont rétablies.

Je présente toutes mes excuses à Yves Daoudal et à tous nos amis visiteurs, particulièrement à ceux qui auraient voulu montrer leur opposition aux textes en question. C'est désormais possible.  


18:25 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (0)

Retour sur une discussion concernant la société, la technique et les Crunchy cons

 

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Au lancement de ce blog, j'ai rompu quelques lances avec Yves Daoudal (ici et ) qui très aimablement avait signalé l'existence de Cælum et Terra sur son blog () avant de se rendre compte qu'il ne partageait pas l'approche développée ici. Tout naturellement, il a voulu donner son point de vue. Il l'a fait à partir de l'actualité liée aux Crunchy cons (voir ici) et au passage de Rod Dreher à l'Orthodoxie (). Dans cette controverse, nous nous sommes expliqués lui et moi, mais je pense que nous ne nous sommes pas compris. Quelques mots malheureux de ma part, on laissait croire à Daoudal que je refusais la critique – ce qui n'est pas le cas – alors que son discours m'a semblé mal distinguer ce qu'il reprochai à Rod Dreher de ce qu'il me reprochait. Nous avons depuis encore un peu échangé sur le Salon Beige (), à la suite de l'annonce faite d'un entretien d'explication de Rod Dreher paru dans L'Homme Nouveau (ici). 

Depuis, j'ai reçu la lettre d'un ami qui vit à l'étranger et qui a suivi avec retard, étant en mer, la confrontation entre Yves Daoudal et moi. Connaissant bien le sujet, par sa propre vie et ses propres modes d'existence, ses voyages à l'étranger et les rencontres qu'il a pu faire, cet ami m'a livré une réflexion qui me semble suffisamment intéressante pour vouloir la publier aujourd'hui, malgré le côté ancien de la polèmique. Je prie le lecteur, et particulièrement Yves Daoudal, ne pas y voir une attaque personnelle, même s'il est nommé directement, cette lettre réagissant aux propos que nous avions échangés. Le fond de cette lettre mérite, en revanche, une véritable discussion autant sur la place de la famille dans la société que sur le rôle de la technique et la différence entre société et système. 

On trouvera peut-être étrange et anormal le fait que cette lettre soit simplement signée de deux initiales. Les responsabilités de cet ami sont telles aujourd'hui qu'il se voit contraint à réduire son prénom de baptême à une lettre ainsi que son nom.

Cher Philippe,

Daoudal ne saura jamais que le retard apporté à cette réponse va chercher ses racines dans les thèses qu'il pourfend. Cet été, nous avons fait l'acquisition d'un voilier de 8,20 mètres que je m'emploie - cela prend du temps et explique le retard - à transformer en école de tradition, en retour aux sources, en terrain d'analyse, en observatoire du ciel. D'aucuns ont inventé des instruments pas plus gros qu'un téléphone cellulaire et qui vous donnent en 35 secondes la position de votre bateau partout dans le monde - avec une erreur de quelques mètres. Époustouflant ! Cela s'appelle le progrès technique. Cela s'appelle aussi la division du travail. Il s'est trouvé des ingénieurs particulièrement habiles pour procurer à leurs semblables, complètement dépourvus de connaissances scientifiques mais qui voulaient naviguer, les moyens modernes et pratiquement infaillibles de savoir où ils sont.

Ces ingénieurs ressemblent aux professeurs ou aux boulangers de Daoudal. Ils apportent à la communauté un savoir qui est en même temps une étape vers la sophistication de la vie. Mais la comparaison va encore beaucoup plus loin. Comme les professeurs qui enseignent trop souvent un conformisme vénéneux, comme les boulangers qui trop souvent oublient ce que fut du bon pain, nos ingénieurs magiciens des coordonnées géographiques ne sont, en fait, que des saccageurs de la mer. Ils nous ont apporté un produit meurtrier. Pis : ils nous ont masqué les voies secrètes de la découverte personnelle. Avec eux et par eux, nous n'avons plus besoin de savoir ce que signifie une route vraie, une latitude croissante, un gisement d'amers ou un relèvement transporté. Nous avons tout en appuyant sur un bouton. Un tout qui repose sur du vide. À la limite, peu importe que l'on se trouve sur la mer ou sur la terre : ce ne sont que des lieux quadrillés et repérables, sans autre identité que des chiffres de sonde et des distances en miles.

La fonction d'ingénieur poussée jusqu'à sa logique extrême nous a privés de la nature, privés de ce qu'elle avait à nous dire, privés de ce que nous pouvions lui arracher. Comme les professeurs privent nos enfants d'une culture humaine. Comme les boulangers privent nos tables d'une manne civilisatrice. Daoudal renverse les facteurs. Ce ne sont pas les parents qui singent les enseignants et les boulangers. Ce sont les enseignants et les boulangers qui ont fini par singer leur propre métier. Alors, devant cet échec, les parents ont pris la relève. De même que j'interdirai à bord de notre voilier l'utilisation immédiate de tout système permettant de savoir notre position dans les secondes qui suivent. Il faudra, avant d'avoir recours à la facilité, se servir d'instruments vieux de plusieurs siècles qui exigent l'analyse des cartes, une connaissance de la mer, une domestication des astres. Saint-Exupéry nous a dit que l'avion n'était qu'un outil. Il nous a dit également que la terre nous apprenait beaucoup sur nous parce qu'elle nous résistait.

Elle résiste comme la mer. Et cette résistance, convertie par l'homme en volonté, devient chez lui une force. Daoudal ne peut nier qu'il vaut mieux enseigner à ses enfants les véritables causes de la seconde conflagration mondiale plutôt que de leur laisser ingurgiter dans des amphis microbiens la vision stalinienne de la guerre civile européenne. Daoudal ne peut nier davantage qu'il vaut mieux pétrir sa farine le soir, la faire cuire le lendemain matin et la manger en famille à midi plutôt que d'acheter au supermarché une baguette caoutchouteuse et froide. Et Daoudal ne pourrait nier, enfin, qu'il vaut mieux voir son fils aîné tracer une droite sur une carte marine en disant fièrement " nous sommes sur cette droite " plutôt que de le voir annoncer mollement à tout l'équipage une latitude et une longitude aussi glacées, aussi dénaturées, aussi irréelles qu'un numéro de sécurité sociale. C'est Daoudal qui a tort car sa réaction l'enferme dans un monde dont il est obligé d'assumer les carences. Alors, comme il se voit incapable d'assumer ces carences, il les nie. Les professeurs professent ; les boulangers boulangent et les ingénieurs font des merveilles. Et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Daoudal, c'est Candide.

Cependant, ce Candide-là nous suggère deux idées qui doivent être retenues. La première est celle qui commente la conversion du prophète des " Crunchy Cons " à l'orthodoxie. Il parle de papillonnage, il parle de marché bio-chrétien. C'est méchant, mais, surtout, il oublie d'aller au fond des choses et de rappeler l'une des causes de cette conversion : la mauvaise gestion par la hiérarchie ecclésiale des scandales homosexuels dans le clergé. Rod Dreher a été horrifié de découvrir la duplicité de certains prélats qui n'ont fait qu'envenimer la crise. Et il fait de cette duplicité une des causes de sa rupture. Dreher a eu raison de nous préciser que sa conversion contenait une très grosse charge émotionnelle. Cela me rappelle celle qui a littéralement étouffé Bernanos lorsqu'il fut cruellement déçu de constater que l'évêque des Baléares avait lui-même rempli les fourgons de fusillés " rouges " lors des premières semaines de la guerre civile espagnole. Le naïf Bernanos, qui raconta cela avec une déconcertante candeur, n'a pas cru indispensable de changer de chapelle. Nous souhaitons à Dreher une orthodoxie en béton.

La deuxième idée à retenir du texte de Daoudal est celle qui insiste sur l'impérieux devoir du chrétien de rester dans la société, d'être soudé à elle, de partager ses espoirs et ses peines. C'est vrai. L'Évangile est, sur ce point, d'une grande clarté. Pour Daoudal, tous ceux qui rejettent les professeurs, les boulangers et - j'ajoute - les ingénieurs se placent d'eux-mêmes en dehors de cette société. Daoudal confond société et système. Les Crunchy Cons rejettent le système, ses hommes et ses produits. Ils ne rejettent pas la société. D'ailleurs, il serait absurde de vouloir rejeter une société. Le poisson ne rejette pas l'eau dans laquelle il vit. Même les Amish, contrairement aux apparences, ne se retirent pas de l'univers américain : ils l'intègrent à une autre époque. Les Crunchy Cons ne font que se retirer des circuits qu'ils jugent néfastes. S'ils apparaissent parfois marginaux, c'est pour mieux créer d'autres circuits de substitution. Voilà tout. Les créer et en vivre.

Avec mes fidèles amitiés et ce cri unique mais fulgurant : " Vivent les yaourts maison !!! "

P.S.

18:12 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (17)

Un colloque à Toulon

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Le 18 novembre prochain se tiendra à Toulon les Premières assises de l'Observatoire socio-politique diocésain sur le thème « Chrétiens et politique ». On en trouvera le programme détaillée ici.

 On ne peut que saluer une telle initiative qui montre une prise de conscience du fait que la foi n'est pas une affaire privée et que la réalité sociale et politique influence très largement les comportements. Ce que les papes appelaient autrefois le rôle positif ou négatif des institutions et que Jean-Paul II a développé en parlant des structures de péché.

Cependant, on reste un peu déçu devant le programme proposé. On y retrouve des hommes politiques qui sont certainement courageux, mais qui jouent principalement la carte du système, véritable structure de péché. Non pas en ce qu'ils sont élus, mais en ce qu'ils sont liés à des partis, interfaces artificielles entre la société et le pouvoir. Dans un tel colloque, leur présence n'est pas illégitime. Mais leur seule présence me semble l'être moins. Où sont les acteurs de la vie sociale, des familles, de la vie économique, de la vie culturelle, etc. ?

On rétorquera qu'il y a la présence de journalistes. Oui, bien sûr. Mais l'expertise du journaliste ne me semble pas aller de soi. Il n'est pas là pour indiquer les voies à suivre, mais pour rendre compte, pour expliquer le monde et sa compléxité. Il appartient également à un pouvoir qui a pris dans nos sociétés modernes une importance croissante au point de dénaturer parfois durablement la perception de la vérité et de la réalité. On dira : oui, mais il s'agit de journalistes chrétiens. J'entends bien. Mais le journaliste chrétien n'est pas à l'abri de la tentative d'agir ou de réagir par mondanité, même quand par ailleurs il semble proposer une analyse libre. Rien ne remplace, en fait, l'expertise de ceux qui sont directement engagés, de par leurs responsabilité naturelles, à la vie de la société : les parents, les éducateurs, les chefs d'entreprises, les syndicalistes, les agriculteurs, les artisans, etc. Tous ceux qui ont, non seulement un pouvoir concret, mais qui ont une responsabilité réelle qui lui est liée. C'est-à-dire qui doivent « répondre directement de leurs actes et de leurs choix ».

L'autre aspect décevant tient au fait que ce colloque est issu d'une structure diocésaine. Il existe un pouvoir temporel du laïcat, autonome (ce qui ne veut pas dire indépendant) auquel revient les initiatives à prendre en matière sociale et politique. Au besoin, l'évêque peut susciter la prise d'initiative en encourageant des laïcs à se rendre sur le terrain. Mais la structure même d'action ne devrait pas être être liée à la structure de l'Église et au pouvoir spirituel. Pour laisser à celui-ci sa pleine liberté. Et pour laisser aux laïcs leurs libertés et leurs libres capacités de prendre des initiatives. 

Un forum me semble, en revanche, très intéressant et en lien avec les préoccupations de ce blog (cf. ici). Je pense que nous y reviendrons.  


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