Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

29/11/2006

Le bon sens loin de chez nous

L'argumentaire développé par le député UMP Georges Fenech concernant l'école à la maison à partir du danger des sectes est une atteinte au bon sens.

Que dit-il, en substance ? Les sectes recourent à l’instruction scolaire à la maison, interdisons donc cette forme d’enseignement !

Mais, à ce compte-là, les membres des sectes conduisent des voitures, interdisons la voiture.

Ils écoutent de la musique, interdisons la musique.

Ils lisent des livres, interdisons les livres.

Ils vivent à la campagne, interdisons la campagne… 

16:35 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (0)

Réponse à Maguelone

À la suite du texte Perspective sacramentelle II, Maguelone a voulu apporter la précision suivante dans le but de lever ce qu'elle appelle une « équivoque  :

« Je voudrais lever une équivoque : nous n'avons pas un mode de vie "idéologique" comme les crunchy cons. par exemple ou les baba cool s'il en reste. Nous ne suivons pas un mode de vie particulier.
Nous essayons de vivre au jour le jour en conformité avec notre foi et surtout notre bon sens.
Cette conformité est une fidélité avec soi-même et avec le Christ.
Par l'école de nos enfants, nous connaissons quelques familles qui essaient de vivre selon cet esprit et nous ne les trouvons, bien sûr, ni parmi les familles les plus aisées financièrement ni les plus mondaines.
Peut-être avez-vous une idée dernière la tête en me posant cette question ...
Et bien oui, mon rêve serait une vie communautaire mais pas sous la forme plus ou moins sectaire de certaines communautés nouvelles avec un "gourou" omnipotent et omniscient.
Non plutôt comme un village catholique avec ses rouages politiques normaux mais un esprit commun qui soutient l'ensemble, le fortifie dans l'entraide et la communion à un même Seigneur
Utopie ? cela serait intéressant de le savoir....  ».

 Je me permets de répondre à ce commentaire ici car il entre dans le cadre général de ce que je tente de réaliser ici : une discussion et une rencontre sur nos modes de vie.

D'abord une précision. Les crunchy cons n'ont pas un mode de vie « idéologique ». Premièrement, parce qu'il n'y a pas de doctrine crunchy cons, ni de mouvement crunchy cons, ni de « leader » crunchy cons. Les crunchy cons sont des Républicains qui ont fini par se rendre compte qu'ils n'étaient pas isolés et seuls à vivre selon un mode qui découlait de leur foi. Ils ont constaté que, malgré des différences, ces modes de vie avaient quelques éléments permanents, que l'on retrouvait à chaque fois ou presque. Ils en ont pris conscience à la suite d'une enquête d'un journaliste américain, Rod Dreher, qui est allé à leur rencontre. Au terme de son enquête, il a écrit un livre et à ce livre, comme il a le sens de la formule, il a donné le nom de Crunchy cons. Mais, c'est comme Aristote. Celui-ci n'a pas inventé la logique, elle existait avant. Il la décrite et il l'a nommé ainsi. Rien d'idéologique. Mais une volonté de vivre selon sa foi. Comme vous, ils essayent donc de vivre au jour le jour en conformité avec leur foi et surtout leur bon sens. Avec la seule différence que c'est à la sauce américaine…

Ensuite : ai-je une idée derrière la tête en posant la question ? D'une certaine manière, oui. Mon idée n'est pas seulement derrière la tête, elle est aussi clairement exprimée sur ce blogue : permettre un échange entre ceux qui vivent autrement dans cette société. Une certaine gauche y parvient très bien, pourquoi pas les catholiques ?

Enfin, l'idée est bien de faire émerger cet esprit commun et plus encore l'échange entre ceux qui sont animés de cet esprit commun.

A cela s'ajoute, qu'il me semble important – d'où ma question – de ne pas vivre isolé, mais d'entretenir ce tissu de relations qui forme la trame de la vie humaine. L'homme est un animal social et politique. Il vit au sein de communautés, de la famille, cellule de base fondamentale à la vie sociale, jusqu'aux communautés communales, professionnelles, etc., que la société moderne a fait explosées, rendant l'individu seul face au gigantisme étatique. L'idée de communautés n'implique pas forcément le style de vie des charismatiques, ni le village catholique. Mais le catholicisme implique bien au plan social la prise en compte de l'importance de la vie communautaire inscrite dans le code génétique de l'homme. Il me semble que la modernité tend à briser cette aspiration, que les tentatives du style hippies, écolo, alter-mondialistes, tentent d'y répondre en vain et que seul le catholicisme peut apporter la réponse unifiée, équilibrée, pleine et entière car il prend en compte toutes les dimensions de l'homme. Il me semble intéressant de montrer comment nous essayons de répondre pratiquement comme catholiques à la cassure due à la modernité. C’est la vision « pile » complètementaire de la vôtre qui en est la vision « face ». Elles ne s’excluent pas et elles veulent dire la même chose. Vous mettez, à raison, l’accent sur le fait que nous voulons vivre en conformité avec notre foi. Je mets ici l’accent ici sur le fait que nous tentons de répondre aux désastres actuels en essayant de vivre en conformité avec notre foi.

11:21 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (4)

28/11/2006

Sectes : la politique du grain de sable

 

medium_Famille.jpg
Pourquoi parler de l’affaire de la Commission parlementaire sur les sectes ici ?
Tout simplement parce que, au-delà de la gravité intrinsèque du sujet, les propositions que compte faire le président de cette Commission risquent de toucher directement nos pratiques de vie. Il ne s’agit plus seulement de débat d’idées, ni de combat idéologique. Par la force de la loi, on risque de mettre en cause nos façons de vivre. Lesquelles sont directement liées à notre foi. On risque de remettre en cause nos vies, sous le prétexte de lutte contre les sectes, qui est un objectif louable, mais qui se transforme ici en piège grossier.
Ce piège grossier, plus que d’autres, les catholiques sont susceptibles de tomber dedans.
Ils sont susceptibles de se faire piéger car ils ont reçu la Révélation et connaissent la Vérité sur Dieu et sur l’homme. Ce faisant, ils sont naturellement, et à raison, enclins à ne pas accepter les contrefaçons. Et les sectes représentent des contrefaçons, souvent grossières.
Ils sont susceptibles de se faire piéger, car il y a, dans le discours anti-secte, un appel à l’équilibre de la raison qui ne peut qu’être entendu par des croyants qui sont loin d’exclure le rôle de la raison, comme l’a rappelé Benoît XVI. Et les sectes remettent en cause cet équilibre de la raison et de la foi.
Ils sont susceptibles de se faire piéger, car ils entendent travailler au bien commun et à l’acquisition de la paix, cette « tranquillité de l’ordre » selon saint Augustin. Or, les sectes mettent en péril l’ordre social.
Ils sont susceptibles de se faire piéger enfin, car ils ont malheureusement pris l’habitude de séparer le temporel et le spirituel au lieu de distinguer l’un de l’autre et de soumettre le temporel lui-même à la loi divine et à la loi morale. Ce faisant, ils entrent sans méfiance ni préparation dans le piége de l’État séculier et libéral.
Or, aujourd’hui, les propositions qu’entend faire le Président de la Commission d’enquête parlementaire sur les sectes en ce qui concerne l’école à la maison, met directement en cause la notion catholique de la place de la famille et de la place et du rôle de la société.
On peut citer à ce sujet l’article 5 de la Charte des droits de la famille, présentée par le Saint-Siège en 1983 (texte complet) :

« Parce qu'ils ont donné la vie à leurs enfants, les parents ont le droit originel, premier et inaliénable de les éduquer; c'est pourquoi ils doivent être reconnus comme les premiers et principaux éducateurs de leurs enfants.
a) Les parents ont le droit d'éduquer leurs enfants conformément à leurs convictions morales et religieuses, en tenant compte des traditions culturelles de la famille qui favorisent le bien et la dignité de l'enfant, et ils doivent recevoir aussi de la société l'aide et l'assistance nécessaires pour remplir leur rôle d'éducateurs de façon appropriée.
b) Les parents ont le droit de choisir librement les écoles ou autres moyens nécessaires pour éduquer leurs enfants suivant leurs convictions. Les pouvoirs publics doivent faire en sorte que les subsides publics soient répartis de façon telle que les parents soient véritablement libres d'exercer ce droit sans devoir supporter des charges injustes. Les parents ne doivent pas, directement ou indirectement, subir de charges supplémentaires qui empêchent ou limitent indûment l'exercice de cette liberté.
c) Les parents ont le droit d'obtenir que leurs enfants ne soient pas contraints de suivre des enseignements qui ne sont pas en accord avec leurs propres convictions morales et religieuses. En particulier l'éducation sexuelle — qui est un droit fondamental des parents doit — toujours être menée sous leur conduite attentive, que ce soit au foyer ou dans des centres éducatifs choisis et contrôlés par eux.
d) Les droits des parents se trouvent violés quand est imposé par l'Etat un système obligatoire d'éducation d'où est exclue toute formation religieuse.
e) Le droit premier des parents d'éduquer leurs enfants doit être garanti dans toutes les formes de collaboration entre parents, enseignants et responsables des écoles, et particulièrement dans des formes de participation destinées à accorder aux citoyens un rôle dans le fonctionnement des écoles et dans la formulation et la mise en œuvre des politiques d'éducation.
f) La famille a le droit d'attendre des moyens de communication sociale qu'ils soient des instruments positifs pour la construction de la société, et qu'ils soutiennent les valeurs fondamentales de la famille. En même temps, la famille a le droit d'être protégée de façon adéquate, en particulier en ce qui concerne ses membres les plus jeunes, des effets négatifs ou des atteintes venant des mass media. »

Qu’est-ce que cela implique ?

1°) D’abord de défendre cette conception de la famille et de la société.
2°) Ensuite, et plus globalement, qu’il est urgent pour les catholiques de se dégager d’une conception uniquement séculière de l’État. Un État qui ne reconnaît au-dessus de lui ni une loi morale, ni la Seigneurie du Christ, est un État qui, à terme, développera une politique totalitaire, même s’il peut, dans un premier temps, paraître défendre les libertés individuelles. L’État séculier en France a atteint depuis longtemps ce stade, d’abord en libéralisant l’avortement, puis en le remboursant et enfin en criminalisant la défense de la vie. Il l’a montré par son inversion du mariage. Il entend blessé davantage encore la famille, fondement naturel de la société, en enlevant aux parents le droit de décider de la scolarisation des enfants.
2°) Il est également urgent d’entrer en dissidence pratique, concrète et réelle avec le système et la société qu’il induit. Nous sommes face à une logique interne qui développe ses effets dans plusieurs directions. Abrutis de biens de consommation, gavés de télévision, de jeux vidéos, de slogans publicitaires et politiques, nous finissons par  inverser les priorités. Ainsi nous ne nous apercevons plus que l’on remet en cause notre droit (qui est lié à un devoir beaucoup plus impératif) d’élever nos enfants selon la loi de Dieu et la loi morale, qui a été au fondement de toutes les sociétés durables. Nous finissons par « marchandiser » jusqu’à l’humain lui-même. Avant d’être électeurs, consommateurs, vacanciers, nous sommes fils de Dieu, parents et éducateurs. Avant l’entreprise, la multinationale, l’État, il existe la famille.
3°) Il est souhaitable que nous arrêtions d’attendre des hommes politiques et des partis politiques le salut, même temporel. De tous, même de ceux qui nous semblent les proches de nos aspirations. Au mieux, les hommes politiques et les partis politiques pourraient apporter des « solutions » à des problèmes spécifiques. Mais le messianisme séculier nous guette comme une proie et risque d’inverser l’ordre des choses. Le salut vient de Jésus-Christ et le reste vient par surcroît si nous mettons la main à la pâte.
4°) Face à l’État totalitaire et au système totalitaire dans lequel nous vivons, notre marge de manœuvre est limitée. Étroite. Mince. Mais elle n’est pas inexistante. Il suffit de poser le premier pied d’un premier pas, celui qui par rapport à notre situation concrète, hic et nunc, nous détachera en partie du système. Ce détachement impliquera pour nous la logique libératrice de retourner à l’essentiel : Dieu, sa famille, ses moyens de subsistance, les communautés dans lesquelles nous vivons, etc. Ce détachement impliquera plus généralement que nous rentrerons vis-à-vis du système dans la logique du grain de sable. Face à la machine bien huilée, admirablement pensée, conçue pour atteindre les meilleures performances, un seul petit élément peut gripper le mécanisme de destruction de l’homme. Au moins pendant un temps. Le temps de respirer et de reprendre des forces.

 

20:25 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (4)