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06/09/2007

La rentrée de Caelum et Terra

Après plusieurs semaines de silence et un voyage aux États-Unis, j'ouvre à nouveau les portes de Caelum et Terra. En commençant par un extrait d'une homélie de Benoît XVI qui recouvre les thèmes abordés ici.

 

Homélie de Benoît XVI, dimanche 2 septembre 2007

Chers jeunes, il me semble apercevoir dans cette parole de Dieu sur l'humilité un message important et plus que jamais actuel pour vous qui voulez suivre le Christ et faire partie de son Eglise. Le message est le suivant : ne suivez pas la voie de l'orgueil, mais celle de l'humilité. Allez à contre courant : n'écoutez pas les voix intéressées et persuasives qui, de toutes parts, diffusent aujourd'hui des modèles de vie basés sur l'arrogance et la violence, le pouvoir et le succès à tout prix, l'apparence et la possession, au détriment de l'être. De combien de messages, qui parviennent surtout à travers les mass media, êtes vous les destinataires ! Soyez vigilants! Soyez critiques! Ne suivez pas la vague produite par cette puissante action de persuasion. N'ayez pas peur, chers amis, de préférer les voies « alternatives » indiquées par l'amour véritable : un style de vie sobre et solidaire ; des relations d'affection sincère et pures ; un engagement honnête dans l'étude et le travail ; l'intérêt profond pour le bien commun. N'ayez pas peur d'apparaître différents et d'être critiqués pour ce qui peut sembler perdant ou démodé : les jeunes de votre âge, mais aussi les adultes, et en particulier ceux qui semblent le plus éloignés de la mentalité et des valeurs de l'Evangile, ont un besoin profond de voir quelqu'un qui ose vivre selon la plénitude d'humanité manifestée par Jésus Christ.

Texte intégral : ici

 

Extrait d'un entretien accordé à Zenit par le cardinal Schönborn :

 Je pense que le défi que nous devons affronter aujourd’hui, dans une société fortement sécularisée comme la nôtre, est celui de vivre le christianisme, la foi chrétienne, presque comme une alternative, une société de contraste. Non pas pour se mettre à l’écart mais pour proposer l’Evangile, la foi comme la véritable alternative pour la société d’aujourd’hui.

Zenit – Il y a quelques temps vous évoquiez le problème du manque d’enfants. Comment la société pourrait-elle se montrer plus attentive aux besoins de l’enfance ?

Card. Schönborn - C’est avant tout le problème énorme d’une société qui compromet purement et simplement son avenir en ayant trop peu d’enfants. Nous le savons bien : presque toute l’Europe est appelée à se confronter au problème de la chute démographique, que seule une forte immigration arrive à compenser. Cette décision est une décision qui concerne toute la société qui doit faire face aujourd’hui à la question du « Non Avenir ».

Pourquoi en sommes nous là, précisément où les choses vont si bien comme en Autriche où les mesures de soutien familial n’ont jamais été si bonnes. A aucun moment de notre histoire, nous n’avons autant manqué de règles qu’aujourd’hui. Autrefois, pourtant, les familles avaient beaucoup plus d’enfants qu’aujourd’hui.

Le drame de l’avortement y est certainement pour quelque chose. Un drame auquel s’ajoute par ailleurs le fait ne pas vouloir d’enfants, le « non » aux enfants, avec la contraception.
Ces 40 dernières années l’Europe a dit trois fois « non » à son avenir : la première fois avec la pilule, la deuxième fois avec l’avortement et la troisième fois avec le mariage homosexuel. Au-delà de toute considération morale concernant ces phénomènes, ces ‘non’ sont un « non » de fait à l’avenir.

Le « oui » à l’avenir ne peut que signifier : oui aux enfants. Et je pense que de nombreuses personnes en Europe commencent à prendre conscience de la nécessité de prendre une décision. Et le « oui » à l’avenir est déjà une belle chose si l’on pense que l’avenir a quelque chance.

[…]

Durant mes vacances, j’ai passé quelques jours au sein d’une jeune famille qui vient d’avoir son sixième enfant. Bien entendu c’est une vie qui demande beaucoup de sacrifices, mais c’est une vie incomparablement plus vivante que celle que l’on peut avoir lorsque l’on a peur de mettre au monde une nouvelle vie. Je pense que nous avons besoin de voir ce telles familles, qui disent « oui » en leur âme et conscience, malgré les énormes résistances possibles de leur entourage. « Vous êtes fous ! Vous ne pouvez pas faire attention ? ». Par leur témoignage de vie, ces familles montrent que c'est beau et que c'est bien d’avoir un enfant.

C'est bien sûr fatiguant mais c'est très gratifiant et très valorisant. Et je pense que la vie de familles comme celles-ci encouragent d’autres à tenter l’expérience. Et étrangement, il ne s’agit pas d’un problème financier, de possibilités financières.

Bien entendu, élever six enfants est difficile. Mais grâce à Dieu, en Autriche les familles bénéficient d’un bon soutien. Certaines choses pourraient aller mieux encore mais il est fondamental de le vivre et de le rendre possible pour les autres. « Venez et voyez ! »

Je le vois bien dans beaucoup de jeunes familles qui ont trois, quatre, cinq ou six enfants, voire plus encore. On se dit alors : l’avenir, l’espérance, la vie, sont là. Ce sont les comportements dont se nourrit la société tout entière : la solidarité, le respect mutuel, l'aide réciproque ; l’expérience logique que l’on doit aussi renoncer à beaucoup de choses.

C'est là que nous trouvons toutes les valeurs dont nous avons absolument besoin, pour pouvoir vivre et aimer. C’est là que nous faisons notre apprentissage ! Malheur à une société dans laquelle ces valeurs viendraient à se perdre car cette société deviendrait mauvaise et cruelle.

 

Texte intégral : ici et

26/04/2007

A propos de l’anti-culture de mort

Éric Gaillot dans un commentaire (ici) à mon post précédent croit trouver un défaut d’expression dans l’emploi du terme « anti-culture de mort ».
Je comprends très bien sa réaction. Nous avons été habitués à opposer, dans un parallèle facile, la culture de vie à la culture de mort. J’ai moi-même employé cette terminologie très souvent.
En fait, en toute logique, la culture est ce qui perfectionne l’homme et non ce qui l’avilit ; ce qui lui permet de vivre, selon sa dignité d’homme, et non ce qui le fait mourir ou le détruire.
C’est donc par extension et abus, facilité de langage aussi, que nous parlons de « culture de mort ». Parlerions-nous de la culture du meurtre, de la culture de l’assassinat, de la culture du viol ? Quand la mort prend un de ces visages plus concrets, il me semble que l’association choque davantage. Pourtant il ne s’agit que d’une précision, dans un domaine précis, de ce que nous entendons par culture de mort.
L’avortement et l’euthanasie sont des actes qui font mourir l’homme en tant que personne.
La subversion de la famille traditionnelle détruit le lieu premier d’épanouissement de l’homme non seulement comme personne mais comme être social.
La négation multiforme de la liberté d’éduction des parents est directement une attaque mortelle contre la responsabilité de ceux qui doivent, par nature, aider l’enfant à grandir, non seulement de corps, mais aussi en esprit, en force mais aussi en sagesse.
Selon la philosophie traditionnelle le mal est un non-être, une privation de bien. La mort représente ce mal qui est la privation de ce bien qu’est la vie.
Il ne peut y avoir de culture de mort. On ne perfectionne pas le non-être ; on ne perfectionne pas l’absence de bien ; on ne perfectionne pas ce qui s’oppose à la vie de l’homme.
Ce que nous appelons la « culture de mort », par facilité sémantique et argument de style publicitaire, est en fait une « anti-culture » de mort. La défense de la vie passe aussi par une réappropriation d’une sémantique précise et d’un éclaircissement des concepts.
Le premier, me semble-t-il, le cardinal Ratzinger a mis le doigt sur ce problème, en employant à dessein le terme « d’anti-culture ».
Devenu Pape, il n’a pas cessé.

Ci-dessous quelques extraits de ses discours dans lesquels on trouve bien l’utilisation de ce terme.


Discours du pape Benoît XVI au clergé de Rome (2 mars)
"Le pape Jean-Paul II nous a donné la grande encyclique Evangelium vitae. Il apparaît de façon visible, dans cette encyclique — qui est en quelque sorte un tour d'horizon des problèmes de la culture actuelle, de ses espérances et de ses dangers — qu'une société qui oublie Dieu, qui exclut Dieu, précisément pour avoir la vie, tombe dans une culture de la mort. C'est précisément en voulant avoir la vie que l'on dit « non » à l'enfant, car il ôte quelque chose à ma vie; on dit « non » à l'avenir, pour avoir tout le présent ; on dit « non » tant à la vie qui naît qu'à la vie qui souffre, qui va vers la mort. Cette apparente culture de la vie devient l'anti-culture de la mort, dans laquelle Dieu est absent, dans laquelle est absent le Dieu qui n'ordonne pas la haine, mais qui vainc la haine. Ici, nous faisons le choix véritable de la vie. Tout est alors lié: l'option la plus profonde pour le Christ crucifié avec l'option la plus totale pour la vie, du premier jusqu’au dernier moment."
Texte intégral : ici.


Encyclique du pape Benoît XVI, Deus Caritas est
"30. (…) À l'anti-culture de la mort, qui s'exprime par exemple dans la drogue, s'oppose ainsi l'amour qui ne se recherche pas lui-même, mais qui, précisément en étant disponible à "se perdre" pour l'autre (cf. Lc 17, 33 et par.), se révèle comme culture de la vie."
Texte intégral : .

Homélie du pape Benoît XVI en la fête du Baptême du Seigneur le 8 janvier 2006 
Après avoir fait référence aux "non" prononcés lors de la cérémonie de baptême, le pape commente :
"Dans l'Eglise antique, ces "non" étaient résumés en une parole qui, pour les hommes de ce temps, était bien compréhensible:  l'on renonce - disait-on - à la "pompa diabuli", c'est-à-dire à la  promesse de vie en abondance, à cette apparence de vie qui semblait venir du monde païen, de ses libertés, de sa manière de vivre uniquement selon son bon plaisir. C'était donc un "non" à une culture apparemment d'abondance de la vie, mais qui en réalité était une "anticulture" de la mort. C'était un "non" à ces spectacles où la mort, la cruauté, la violence étaient devenus divertissement. Pensons à ce qui était organisé au Colisée ou ici, dans les jardins de Néron, où les hommes étaient brûlés comme des torches vivantes. La cruauté et la violence étaient devenues un motif de divertissement, une vraie perversion de la joie, du vrai sens de la vie. Cette "pompa diabuli", cette "anticulture" de la mort était une perversion de la joie, était amour du mensonge, de la tromperie, était un abus du corps comme marchandise et comme commerce."
Texte intégral : ici.


09:55 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (2)

16/04/2007

La ligne de fracture

Le Monde du 3 avril dernier a publié une importante « Opinion » de Paolo Flores d'Arcais. Le nom ne dira probablement rien à une majorité de lecteurs français. Paolo Flores d'Arcais est un philosophe italien athée, professeur de philosophie à l'université de la Sapienza à Rome, directeur de la revue MicroMega. Dans cette opinion intitulée, La croisade obscurantiste, il dénonce ce qu’il appelle la « stratégie » de Benoît XVI qui consisterait en un front commun des religions contre les avancées du progrès.
Je ne sais pas s’il y a réellement une stratégie de la part du Saint-Père. De fait, il y a une sorte d’effet Benoît XVI qui se concrétise dans l’affirmation claire que certaines valeurs ne sont pas (plus ?) négociables, quitte à créer une rupture avec le monde moderne.
Cet effet ou cette stratégie se sont traduits ces temps derniers dans différents domaines. Paolo Flores d'Arcais en relève lui-même plusieurs dans son article du Monde : « En Italie, alors que 70 % de la population s'est déclarée en faveur de l'euthanasie, l'Eglise est parvenue à bloquer une loi incroyablement modérée sur les couples de fait. Une gigantesque manifestation cléricale de masse, avec la bénédiction de la conférence épiscopale italienne, est prévue le 12 mai. Comme en écho, la conférence épiscopale espagnole annonce une nouvelle offensive. De son côté, le monde laïc se tait, par inattention ou opportunisme. Et pendant ce temps, l'attaque contre la science darwinienne s'étend, de la Maison Blanche à la cathédrale de Vienne ». Il aurait pu ajouter en France les différentes déclarations interreligieuses sur des sujets de morale et les différentes de prise de positions d’évêques français sur les valeurs non négociables lors des élections présidentielles.
L’intérêt de l’article de Paolo Flores d'Arcais vient aussi d’ailleurs. D’un détail, presque. Mais, comme souvent, le détail est révélateur. Paolo Flores d'Arcais connaît bien Joseph Ratzinger. Personnalité reconnue en Italie, dans le monde intellectuel et médiatique, le directeur de la revue MicroMega s’est entretenu publiquement avec celui qui était alors le Préfet de la Congrégation de la Doctrine de la foi. L’objet de la rencontre était la confrontation de deux visions radicalement opposées, la chrétienne et l’athée, avec la recherche éventuelle d’un terrain d’entente. De cet entretien public, il en est sorti un livre publié sous le titre Est-ce que Dieu existe ? Dialogue sur la vérité, la foi et l'athéisme, aux éditions Payot. Il se termine par un chapitre conclusif de Paolo Flores d'Arcais. Son constat ? En moins violent, il est celui qu’il dresse dans son article du Monde : entre l’Église et la modernité, la réconciliation est impossible.
À ces propos, Benoît XVI a déjà répondu en invitant les philosophes à poser au moins comme hypothèse l’existence de Dieu, la ligne inverse ayant conduit à la catastrophe que nous voyons (cf. ici pour ma présentation de ce que j'appelle "l'hypothèse Benoît XVI" et pour le discours du pape).
Dans Le Monde, Paolo Flores d'Arcais montre qu’il a été sourd à cet appel du pape. Il l'accuse d’avoir mis au point une stratégie qui prendrait naissance dans le discours de Ratisbonne. Lequel discours aurait été mal compris par ses principaux destinataires : « Le discours de Ratisbonne, qui a poussé plus d'un gouvernement islamique à déchaîner contre le pape le fanatisme des foules, était en réalité une invitation adressée aux monothéismes (y compris et surtout à l'islam) à faire front commun face à la véritable menace qui pèse sur la civilisation : l'athéisme et l'indifférence, bref une laïcité qui prétend exclure Dieu de la sphère publique et de l'élaboration des lois. Naturellement, Joseph Ratzinger ne place pas toutes les religions monothéistes sur le même plan. Il réserve la primauté à la religion chrétienne dans sa version "catholique apostolique romaine", qui lui viendrait de sa capacité - que seul le catholicisme détient de façon complète - à être une religion non seulement de la foi mais aussi du logos. C'est-à-dire une religion capable non seulement d'assumer la révélation divine, mais aussi d'avérer en soi la raison humaine et sa tradition, de Socrate à nos jours. Une religion des vraies lumières, de la raison "correctement entendue ” ». Plus encore, selon Paolo Flores d'Arcais, « si la doctrine de l'Eglise de Rome et de son souverain pontife constitue une vérité qui n'est pas seulement de foi mais aussi de raison, les parlements et les gouvernements ne devraient donc pas promulguer de lois en conflit avec cette doctrine, car elles seraient en violation avec la "nature humaine", avec cet animal rationnel qu'est et doit être l'homme. »
C’est cette "prétention" que récuse et refuse le philosophe italien. Là aussi, il est intéressant de voir pourquoi. Il la refuse et la récuse au nom des Lumières. Au nom d’une anthropologie différente de celle du christianisme. Dès le début de son article du Monde – phrases capitales –, il synthétise merveilleusement cette ligne de fracture :
« La modernité que nous connaissons, la modernité occidentale qui mène à la démocratie, se fonde sur la notion d'autonomie de l'homme. Autos nomos, l'homme qui est loi (nomos) à lui-même (autos). L'homme est donc souverain et établit sa propre loi, au lieu de la recevoir d'en haut et de l'autre, c'est-à-dire d'un Dieu transcendant. L'homme est libre parce qu'il n'est plus obligé d'obéir à des règles qui lui sont imposées de l'extérieur (eteros nomos, hétéronomie), par des pouvoirs terrestres (papes ou rois) qui prétendent incarner la volonté divine. Ainsi, la base de la modernité est l'autonomie, tandis que son aboutissement est la souveraineté de l'autogouvernement. »
Ce faisant, il montre que Benoît XVI s’insère dans la tradition de la confrontation au monde moderne, cette ligne intransigeante, qui malgré des variations de vocabulaire et des différences d’accentuations, se traduit selon Émile Poulat par une ligne « anti-moderne, anti-bourgeoise, anti-libérale, anti-socialiste ».

Le monde dans lequel nous vivons, ce monde avec ses valeurs mais aussi avec ses effets pratiques, au plan social, politique, familial et individuel, est un monde dans lequel l’homme récuse sa dépendance à Dieu et le primat de la loi morale. C’est un monde du « relativisme morale », si souvent dénoncé par Benoît XVI.
Il n’est pas étonnant que ce monde accepte et justifie l’avortement, l’euthanasie, la destruction de la famille puisque la norme morale n’est plus extérieure à l’homme.
Il n’est pas étonnant non plus que ce monde donne le primat à l’économie, à la recherche sans frein de biens matériels au risque de détruire l’homme et l’environnement dans lequel il évolue.
Ce qui est étonnant, en revanche, c’est que nous ne prenons pas toujours conscience de la nécessité de rompre avec ce monde, non seulement en pensée, mais aussi en action, tout en portant cette croix du chrétien qui implique d’être dans le monde sans être du monde. Mais cette croix-là, elle-même, se doit d’être prise au sérieux, de passer dans les actes. Au risque sinon d’être une formule qui justifierait notre lâcheté.

08:50 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (4)