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21/03/2013

Le nouveau bal des girouettes

Saint-Pierre-apôtre-Vatican-Rome.jpgJe ne suis pas vaticaniste et, vu ce qui se passe depuis une semaine (et même un peu plus) j’en remercie le Ciel. Le métier de vaticaniste n’est pas facile. Il faut connaître non seulement les rouages de l’Église, mais aussi les hommes de l’Église. Ceux qui sont à Rome ; ceux qui ont été à Rome ; ceux qui ne sont pas à Rome ; ceux qui pourraient être à Rome et, enfin, ceux qui rêvent d’être à Rome. Il faut aussi connaître la doctrine de l’Église. Au minimum son petit catéchisme, même si celui-ci a disparu. On se consolera avec le Compendium, mais l’ont-ils lu ?

À part, un très très petit nombre de vaticanistes, personne n’avait prévu l’élection du cardinal Bergoglio au siège de Pierre. Et moi qui ne suis pas vaticaniste, je ne l’avais pas prévu non plus.

Et j’avais encore moins prévu la suite.

La suite ? Comment dire ? Nous assistons, en effet, à un étrange spectacle. Nous voyons, par exemple, des cardinaux conclavistes racontant tranquillement et publiquement sur leurs blogs ou à la presse des épisodes du conclave. Ils ont pourtant promis sur les saints Évangiles de ne pas révéler un iota de ce qui se passerait dans la sainte enclave.

Je suis père de famille et j’ai appris à mes enfants qu’une promesse engageait et que les saints Évangiles n’étaient pas un livre parmi d’autres, mais la Parole même de Notre Seigneur. Devant ce spectacle, que vais-je leur dire désormais ? Qu’il y a une loi pour nous laïcs et une autre loi pour les cardinaux ?

Mais le spectacle ne s’arrête pas ici. Là aussi, comment dire exactement ? Les mots m’échappent pour décrire l’étrange situation à laquelle nous assistons. Situation tellement étrange que je suis même, ici, obligé de prendre mes précautions, en prévenant que ce que je vais écrire n’est pas une critique du nouveau pape.

Non, mais c’est une critique du bal des girouettes auquel nous assistons.

Nous lisons sous la plume de sérieux vaticanistes – ceux qui hier se sont trompés du tout au tout et qui aujourd’hui n’en font nullement repentance – ; nous lisons donc que François Ier est le pape de la simplicité et qu’il est le pape de la rupture.

Pape de la simplicité ? Est-ce à dire que Benoît XVI n’était ni humble ni simple ? Est-ce à dire que saint Pie X n’était pas simple ? Est-ce à dire qu’aucun pape avant le pape actuel ne fut humble et simple ? Il y a là non seulement un emballement dans le commentaire – car tous ils disent la même chose – mais un mensonge.

Le site Benoît et moi l’a montré très justement à propos d’un fait précis et je renvoie à la lecture éloquente de cet article.

François Ier, un pape de rupture ? Ceux qui écrivent de telles choses comprennent-ils les mots qu’ils utilisent ? En qualifiant ainsi un pontificat à peine commencé, sur un pontife dont on sait très peu de choses, mesurent-ils qu’au regard de la doctrine catholique ils torpillent celui qu’ils veulent encenser ?

La rupture n’a jamais été catholique puisque l’Église repose justement sur la transmission et la continuité. Certes un pape peut donner des inflexions et des directions nouvelles, mais s’il rompt avec ses prédécesseurs, d’une certaine manière, il se met hors course. C’est tellement vrai que Paul VI tout en assurant avoir introduit une « nouvelle messe » a tenu à dire qu’elle s’inscrivait dans la continuité de la messe précédente, ce que nous avons du mal à voir, avouons-le.

Les vaticanistes et les prélats qui parlent aujourd’hui nous montrent un spectacle affligeant. Hier, ils se réclamaient de l’autorité de Benoît XVI pour légitimer leurs prises de position et leurs actions. Aujourd’hui, ils n’ont que les mots de rupture, de changement, de transformation à la bouche. Un vaticaniste oppose même « l’autorité cléricale autoritaire » (sic) d’hier à « l’autorité d’estime » de celui qui n’a encore pris vraiment aucune décision. Les vaticanistes sont tellement collés à l’événement qu’ils sont submergés par l’émotion et incapables du moindre recul. Ils étaient hier pour Benoît XVI ; ils lui opposent maintenant François Ier. Ils brûlent ce qu’ils ont (trop) adoré, allant du connu à l’inconnu, drogués par l’effervescence et la chaleur romaine. Au lieu de maintenir la distance, ils se noient dans l’événement. Ce bal des girouettes va se terminer par un appel au Samu.

Il est étonnant de voir leur réaction quand nous osons proclamer notre attachement à la papauté. Pour les vaticanistes, il s’agit là d’un signe d’opposition au pape actuel, qu’ils traitent sur le registre de la dérision et de la psychanalyse de bazar. Or, n’est-ce pas eux qui glosent dans la pamoison sur le fait que François Ier a déclaré que le pouvoir est un service ? À vrai dire, le pape n’a fait qu’énoncer la vision catholique traditionnelle du pouvoir. Faut-il leur rappeler, à ces grands experts, que le pape a pour titre « serviteur des serviteurs de Dieu ». S’ils l’ignorent qu’ils aillent vérifier dans l’Annuaire pontifical, à la page consacrée au pape.

En tant que catholiques, nous devons bien sûr être attachés au pape et à la personne du pape. Non pas parce qu’il s’agit d’un magicien, du super curé du monde et du personnage le plus charismatique de la planète. Tout simplement parce qu’il est le vicaire du Christ et le successeur de Pierre. Au-delà de ses mérites et de ses défauts, la fonction papale ne lui appartient pas. Elle est le bien commun de l’Église, qu’il rend certes visible à sa manière. La véritable humilité consiste à se fondre en elle et à se laisser épouser par elle. Il faut du temps. Mgr Tardini a témoigné que Pie XII lui-même – pourtant au service de la curie depuis le début de sa carrière sacerdotale et ancien secrétaire d’État – a mis plusieurs semaines avant d’entrer complètement dans son rôle nouveau, qui dépasse pour une part les forces humaines. Bien qu’il fut préparé à ce poste, le pape Pacelli aura mis du temps. On comprend mieux ainsi pourquoi il aura fallu du temps aussi à Benoît XVI hier, et aujourd’hui à François Ier, pour se laisser investir par la fonction suprême.

La papauté est trop importante pour être abandonné aux ratiocinations des vaticanistes, aux feux médiatiques et au bal des girouettes. Après cette semaine importante pour l’Église, ils seraient temps qu’ils se taisent et qu’ils entrent en retraite. 

17/03/2013

Italie : le mouvement distributive existe et le prouve

Le Mouvement distributiste italien organise depuis le 15 mars dernier et jusqu’au 15 avril prochain, à la bibliothèque Caversazzi de Bergame (Italie) un exposition sur le mouvement et les principes du distributisme. Outre cette exposition, plusieurs conférences sont proposées. Ni libéralisme, ni socialisme, une autre voie, conforme à la doctrine sociale de l’Église et s’appuyant sur les principes rappelés avec force par des écrivains comme G.K. Chesterton ou Hilaire Belloc.

 

 

Distributisme, Moviemento distributism italiano



Présidé par le Dr Matthew Mazzariol, le Mouvement distributiste italien (Movimento Distributista Italiano) a été créé le 13 novembre 2012 par un groupe de citoyens italiens, en dehors de toute attache partisane, afin de contribuer au bien commun. Si leur réflexion est partie d’une analyse de la situation financière italienne et mondiale et du système de l’argent-dette, ils ont trouvé dans le distributisme, capable de répondre aux besoins de l’âme humaine, une alternative réelle et réalisable, une solution dans laquelle l'argent doit être au service de l'homme et de l'économie. Le programme du mouvement distributiste italien s’appuie notamment sur plus points :

–      Diffusion de la propriété privée, comme facteur de liberté économique et de responsabilité ;

–      Importance d’une fiscalité équitable et d’un revenu familial adéquat ;

–      Subordination de l’argent, du crédit et de la finance au bien commun ;

–      Centralité de la famille ;

–      Importance des corps intermédiaires ;

–      Rôle de l’État conçu en fonction du bien commun, de la subsidiarité et de la solidarité ;

 

soc-capi.jpg

 

Le Mouvement distributiste italien propose dix réformes à mettre en œuvre immédiatement :

 

1) Abolition de l'argent-dette bancaire et l'attribution à l'État et aux citoyens de la propriété de l'argent.

2) Suppression substantielle de la fiscalité sur les impôts.

3) Relance des travaux et services publics.

4) Promulgation de lois et règlements en faveur de la participation des travailleurs à la propriété des entreprises pour promouvoir l'intégration entre travail et capital (distributisme économique).

5) Affectation d'un salaire aux mères et aux femmes au foyer.

6) Promulgation de règlements et des lois en faveur de la création de regroupements de travailleurs par secteur.

7) Promulgation de lois et règlements en faveur du soutien et de l'augmentation de l'autonomie alimentaire de la nation (renforcement de l'agriculture locale).

8) Démarrage d'une politique vigoureuse sur l'utilisation maximale des ressources locales tout en respectant l'environnement et le développement durable.

9) Règlement des flux migratoires par rapport à la possibilité de recevoir et les intérêts nationaux.

10) Mise en œuvre d'un véritable fédéralisme, notamment d’un fédéralisme fiscal et l'introduction du référendum d'initiative populaire pour créer un lien entre la communauté et le pouvoir de décision et d'accroître ainsi la démocratie participative.

 

 

15/03/2013

Vers la canonisation de Dorothy Day ?

dorthyday.jpg

François 1er canonisera-t-il Dorothy Day ? Vu son profil, c’est tout à fait possible. Bien sûr, il manque encore les miracles qui le permettront en dernier ressort. Mais le nouveau pape pourrait s’intéresser à cette cause et lui permettre de sortir de l’ombre, au moins en Europe, où la fondatrice du Catholic Worker est encore peu connue.

Pourtant, c’est sous Jean-Paul II qu’officiellement sa cause a été ouverte et introduite à Rome, à l’initiative du cardinal John O’Connor. De son côté, Benoît XVI, le pape de Caritas in veritate, a donné en exemple, lors de l’une de ses dernières interventions, cette Américaine engagée en faveur des pauvres et pour la construction d’une société conforme aux principes sociaux chrétiens.

Qui a entendu le pape Benoît ? Très peu, trop peu en vérité ! Le 13 février dernier, il a ainsi présenté lors de son avant-dernière audience générale plusieurs figures de converties dont celle de la fondatrice du Catholic Worker :

 « Une autre femme de notre époque, Dorothy Day, a témoigné de sa capacité à s’opposer aux idéologies flatteuses de son temps pour choisir la recherche de la vérité et s’ouvrir à la découverte de la foi. Dans son autobiographie, elle confesse ouvertement être tombée dans la tentation de tout résoudre par la politique, en adhérant à la proposition marxiste : « Je voulais aller avec les manifestants, aller en prison, écrire, influencer les autres et laisser mon rêve au monde. Que d’ambition et que de recherche de moi-même il y avait dans tout cela ! ». Son chemin vers la foi, dans un environnement aussi sécularisé, fut particulièrement difficile, mais la grâce agit tout autant, comme elle le souligne elle-même : « Il est certain que j’ai senti plus souvent le besoin d’aller à l’église, de m’agenouiller, de prier en inclinant la tête. Un instinct aveugle, pourrait-on dire, parce que je n’étais pas consciente que je priais. Mais j’y allais, je m’insérais dans cette atmosphère de prière… ». Dieu l’a amenée à une adhésion consciente à l’Eglise, dans une vie consacrée aux personnes déshéritées. »

 

Dorothy Day fait figure d’icône de la gauche catholique ou d’égérie progressiste pour ceux qui chaussent des lunettes déformantes en permanence. À moins de s’arrêter à la première période de sa vie, il s’agit là d’une vision tronquée de la vérité, un raccourcis médiatique. Une présentation de sa vie permettra de répondre à ces déformations.

Plus intéressant, pour l’instant, est la question de sa cause de canonisation. C’est en 2000 que le cardinal John O’Connor, archevêque de New York, a annoncé l’ouverture de la cause en vue de la béatification puis de la canonisation de Dorothy Day. Pour lui, l’affaire était simple :

« J’estime que Dorothy Day est une sainte – pas une sainte en “sucre” ou “une image sainte” mais une fille moderne de l’Eglise, une fille qui a mis de côté ses ambitions personnelles et a souhaité que son travail et celui des personnes qui oeuvraient avec elle, au nom des pauvres, puissent être la caractéristique de sa vie plutôt qu’elle-même. »

Il a également ajouté :

« … comme tant de saints d’une époque révolue, elle fut une idéaliste dans un monde sans idéal. Elle estimait que les hommes et les femmes devaient commencer à vivre sur terre la vie qu’ils méneraient au ciel, une vie de paix et d’harmonie. Beaucoup de ses propos sur la justice sociale ont anticipé les enseignements du pape Jean-Paul II et apporté son soutien à sa cause. »

 

En novembre dernier, les évêques américains, réunis pour leur rencontre annuelle à Baltimore, se sont prononcés à l’unanimité, à la demande du cardinal Dolan, pour que la cause de canonisation de Dorothy Day avance. Et les choses pourraient aller très vite maintenant.

Bien sûr, en France, ceux qui ont rapporté la nouvelle on complètement mis de côté la référence constante de Dorothy Day au distributisme de Chesterton et de Belloc. Histoire de l’ancrer un peu plus à gauche ? Peut-être pas ! Mais cet aveuglement est frappant. Le seul livre en français consacré à Dorothy Day (une traduction d’un livre américain) omet lui aussi cet aspect. Or, dès sa rencontre avec Peter Maurin (Pierre Maurin, en fait, puisqu’il était français), Dorothy Day a découvert le courant distributiste et s’en est largement inspiré. Non dans une imitation servile, mais dans une incarnation américaine, au point que l’essayiste américain Bill Kauffman dans son livre Look Homeward America (ISI publications) parle du « Distributisme américain de Dorothy Day ».

Mais soyons juste : Dorothy Day n’a pas facilité les choses. Dans sa parcelle d’autobiographie, traduite en français sous le titre de La longue solitude, elle ne dit rien du distributisme. Enfin, elle n’emploie pas le mot, mais elle décrit la chose. Les étiquettes ne l’intéressaient pas et, à vrai dire, l’action avait pour elle plus de poids. Sa vie d’ailleurs, c’est-à-dire pour être tout à fait exact, son chemin vers la sainteté, a été une purification de son débordement d’énergie, non pour qu’elle arrête d’agir, mais pour qu’elle ancre cette « activisme » dans une vie de prière de plus en plus importante.

Dorothy Day, aujourd’hui « servante de Dieu » n’est pas une sainte de vitrail. Elle détonne ; elle dérange ; elle bouscule. A commencer par le signataire de ces lignes, qui l'admire, partage une grande partie de ses idées, mais non pas toutes.  Elle a connu les souffrances de notre époque, les tentations du monde actuel, la séduction des fausses solutions. Elle s’en est détachée, non d’un coup, mais pourtant avec une force incroyable. Elle a refusé d'être catholique dans sa vie privée et n'importe quoi d'autre dans sa vie sociale. Elle a refusé également d'être une catholique cafetaria comme disent les Américains, c'est-à-dire une catholique qui fait son marché dans l'enseignement de l'Église. 

A suivre…