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Actualités - Page 25

  • L'humeur de Pasquin sur les élections

    Pasquin* est un collaborateur de L'Homme Nouveau (ici). Exceptionnellement, je mets en ligne son "Humeur" qui paraitra dans le prochain numéro du journal que nous venons de boucler.

    Ce soir ou demain, je mettrai aussi en téléchargement la Tribune libre du philosophe Thibaud Collin, à paraître dans notre prochain numéro, réflexions liées aussi aux élections.

    Attention : la chronique de Pasquin n'est pas un article de théologie, mais une "humeur", un "coup de gueule", genre journalistique en soi et qui a le mérite de tenter de sortir du ron-ron facile. Bien sûr, on aime ou on n'aime pas. Mais comme on dit : si vous n'aimez pas , n'en dégoutez pas les autres.  Nous, à L'Homme Nouveau, on aime.
    Voici donc la colère de Pasquin** au sujet du :

     

    Moindre mal
    De grâce, épargne-nous ta pensée spi-confortable ; cesse de nous « bassiner » avec cette aberration christo-mondaine de moindre mal. Comme si le bien, le mal se choisissaient au rayon crémerie. Après le beurre sans cholestérol, il y aurait un mal allégé, un mal à 20 pour cent de matière peccamineuse, plus ou moins light à choisir selon la situation ou l’état de ton âme ? « J’ai un mortel et deux véniels sur la conscience ! Cette semaine c’est moindre mal tous les jours. Période d’élection ?
    Un candidat ne respecte pas le droit à la vie mais promet du mieux pour mon portefeuille d’actions ? Allez, un petit moindre mal, ça ne peut pas être mauvais ! »
    Il y a la bière sans alcool et le café décaféiné, toi tu nous inventes le mal sans péché ou le péché sans mal, à la fois bon pour le moral et pas mauvais pour l’âme, à vendre en épicerie fine, avec comme slogan : « Moindre mal, le mal qui libère la pulsion sans abîmer l’âme ». Ton concept fait rire jusqu’en Paradis ! Comme si saint Paul et Marie-Madeleine avaient agi façon sucrette.
    Imagine Pierre déguiser sa trahison par des « c’était plus prudent », « étant donné la conjoncture », « peut-on aujourd’hui se permettre de », « s’afficher aurait fait plus de mal que de bien ». Si au moins, ton moindre mal était un péché mignon, si tu le regardais avec gourmandise, on pourrait comprendre… mais tu ne veux pas qu’on puisse croire que tu prennes plaisir au mal, même moindre. Alors tu ajoutes, sortie de ton arsenal de gagne-petit du Salut, la position de victime ! Et là, tu es grandiose : « ce n’est pas que ça m’amuse », « franchement j’aimerais faire autrement mais c’est pas possible », « c’est désespérant, mais on est obligé de faire comme ça », « si on ne fait pas… ce sera encore pire, je sais, c’est triste, mais que voulez-vous ? ». Tu es peut-être parfait en petit saint tiédasse, mais tu te trompes car « il est toujours et en toute circonstance possible de faire le bien, (…) personne sans exception n’est jamais condamné à mal faire » (Jean-Paul II, Veritatis splendor).


    * Selon une tradition populaire de Rome, Pasquin était un tailleur de la cour pontificale au XVe siècle qui avait son franc-parler. Sous son nom, de courts libelles satiriques et des épigrammes (pasquinades) fustigeant les travers de la société étaient placardés sur le socle d’une statue antique mutilée censée le représenter avec son compère Marforio à un angle de la Place Navona et contre le Palais Braschi.

    ** : ne le cherchez pas ailleurs, il n'écrit que dans L'Homme Nouveau. 

  • Option préférentielle pour les riches

    Dis moi qu’elle est ton option préférentielle, je te dirai dans quelle société tu vis !
     
    La doctrine sociale de l’Église a mis en avant le principe de l’« option préférentielle pour les pauvres ». Depuis l’encyclique Rerum novarum, chargée d’apporter la réponse de l’Église à la modernité économique, et ce faisant, à la modernité tout court, des catholiques, penseurs et acteurs de terrain, se sont engagés pour une large distribution de la propriété privée. L’Église aime tellement la propriété privée qu’elle souhaite qu’elle soit accessible à tous, plutôt que de la voir réservée à quelques-uns, même si elle équilibre ce principe par la destination universelle des biens. Des Anglais (Chesterton, Belloc, MacNabb), à l’aube du XXe siècle, ont traduit ce souci ecclésial, en lançant le mouvement Distributiste.
     
    Notre société mercantile, consumériste et hédoniste, a mis en pratique une sorte d’option préférentielle pour les riches. Le cas Noël Forgeard l’illustre parfaitement. Ayant échoué dans la direction d’EADS, accusé de délit d’initié (l’enquête est toujours en cours), Noël Forgeard est licencié. Bien ! Il touche une indemnité de licenciement. Cela paraît conforme au droit social français. Seulement, indemnités+prime de licenciement+clause de non concurrence, s’élèvent au total à 8,5 millions d’euros. Est-ce normal ? Est-ce moral ?
     
    La pression du chef d’entreprise est terrible. Les milliers d’artisans, de membres des professions libérales, de dirigeants de PME, le savent. Certains d’entre eux acceptent le plus souvent de ne pas se rémunérer pour faire durer leur entreprise et verser un salaire à leurs employés. Quand ils ferment la porte, que touchent-ils ?

    Le cas Noël Forgeard révèle la faillite d’un système socio-économique qui est fondamentalement immoral. Mgr Descubes, archevêque de Rouen et président du Conseil pour les questions familiales et sociales, a raison, au nom de la Conférence des évêques de France, de mettre le doigt sur le défaut central du système : « En ce domaine, comme en d’autres, ce qui est légalement autorisé n’est pas nécessairement moral » (La déclaration dans son intégralité 20070416indemnitesdepartdirigeants.pdf).
    Noël Forgeard, en raison du système, n’est plus considéré comme un responsable. C’est-à-dire, selon l’étymologie, comme un homme qui répond de ses actes. Cette part de la dignité humaine lui est refusée. Il est devenu un « ayant-droit » d’EADS qui, au mépris du bien commun de cette société et de la société en général, le rémunère aussi gracieusement.

    Nous sommes confrontés ici à la même logique que pour l’avortement, l’euthanasie ou la contraception.
    Puisque c’est légal, c’est moral. Puisque cela se pratique, faisons-le, sans arrière-pensée ni problème de conscience.
    À la même logique aussi que pour le consumérisme.
    Puisque c’est disponible pourquoi s’en priver ?
    Tous ces maux ne sont pas de la même importance et ne sont pas de même degré sur l’échelle du mal social.
    Mais ce n’est peut-être pas par hasard si nous vivons dans une société où nous les trouvons réunis.
    Société d’abondance ; société consumériste ; société du profit et de la finance ; société qui a peur de la vie et qui a peur de la mort. Société du profit de l’individu au détriment du bien commun.
    Il est urgent de lui apporter la Bonne Nouvelle du Christ. Et de proposer un autre modèle de société.