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19/04/2007

Option préférentielle pour les riches

Dis moi qu’elle est ton option préférentielle, je te dirai dans quelle société tu vis !
 
La doctrine sociale de l’Église a mis en avant le principe de l’« option préférentielle pour les pauvres ». Depuis l’encyclique Rerum novarum, chargée d’apporter la réponse de l’Église à la modernité économique, et ce faisant, à la modernité tout court, des catholiques, penseurs et acteurs de terrain, se sont engagés pour une large distribution de la propriété privée. L’Église aime tellement la propriété privée qu’elle souhaite qu’elle soit accessible à tous, plutôt que de la voir réservée à quelques-uns, même si elle équilibre ce principe par la destination universelle des biens. Des Anglais (Chesterton, Belloc, MacNabb), à l’aube du XXe siècle, ont traduit ce souci ecclésial, en lançant le mouvement Distributiste.
 
Notre société mercantile, consumériste et hédoniste, a mis en pratique une sorte d’option préférentielle pour les riches. Le cas Noël Forgeard l’illustre parfaitement. Ayant échoué dans la direction d’EADS, accusé de délit d’initié (l’enquête est toujours en cours), Noël Forgeard est licencié. Bien ! Il touche une indemnité de licenciement. Cela paraît conforme au droit social français. Seulement, indemnités+prime de licenciement+clause de non concurrence, s’élèvent au total à 8,5 millions d’euros. Est-ce normal ? Est-ce moral ?
 
La pression du chef d’entreprise est terrible. Les milliers d’artisans, de membres des professions libérales, de dirigeants de PME, le savent. Certains d’entre eux acceptent le plus souvent de ne pas se rémunérer pour faire durer leur entreprise et verser un salaire à leurs employés. Quand ils ferment la porte, que touchent-ils ?

Le cas Noël Forgeard révèle la faillite d’un système socio-économique qui est fondamentalement immoral. Mgr Descubes, archevêque de Rouen et président du Conseil pour les questions familiales et sociales, a raison, au nom de la Conférence des évêques de France, de mettre le doigt sur le défaut central du système : « En ce domaine, comme en d’autres, ce qui est légalement autorisé n’est pas nécessairement moral » (La déclaration dans son intégralité 20070416indemnitesdepartdirigeants.pdf).
Noël Forgeard, en raison du système, n’est plus considéré comme un responsable. C’est-à-dire, selon l’étymologie, comme un homme qui répond de ses actes. Cette part de la dignité humaine lui est refusée. Il est devenu un « ayant-droit » d’EADS qui, au mépris du bien commun de cette société et de la société en général, le rémunère aussi gracieusement.

Nous sommes confrontés ici à la même logique que pour l’avortement, l’euthanasie ou la contraception.
Puisque c’est légal, c’est moral. Puisque cela se pratique, faisons-le, sans arrière-pensée ni problème de conscience.
À la même logique aussi que pour le consumérisme.
Puisque c’est disponible pourquoi s’en priver ?
Tous ces maux ne sont pas de la même importance et ne sont pas de même degré sur l’échelle du mal social.
Mais ce n’est peut-être pas par hasard si nous vivons dans une société où nous les trouvons réunis.
Société d’abondance ; société consumériste ; société du profit et de la finance ; société qui a peur de la vie et qui a peur de la mort. Société du profit de l’individu au détriment du bien commun.
Il est urgent de lui apporter la Bonne Nouvelle du Christ. Et de proposer un autre modèle de société.