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28/07/2012

Une introduction au distributisme (11)

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La lecture et l’étude de l’encyclique Rerum Novarum dépassa largement les seuls milieux catholiques anglais. Le texte pontifical répondait à une attente qui, en Angleterre, allait bien au-delà des cercles catholiques minoritaires. De la part d’une voix autorisée, les pères du distributisme y virent la confirmation du bien fondé de leur préoccupation sociale en même temps que sa ré-orientation en fonction de la justice distributive.

Issue de la philosophie d’Aristote, intégrée dans le corpus chrétien, notamment par le truchement de saint Thomas d’Aquin (portrait), la conception de la justice distributive est à la source du courant qui devait lui emprunter son propre nom. Selon l’Aquinate, « la forme générale de la justice est l’égalité, pour la justice distributive comme pour la justice commutative ; mais dans la première elle s’établit selon une proportionnalité géométrique ; dans la seconde, selon une proportionnalité arithmétique.» (IIa-IIae, Q.61,a.2).

La justice distributive règle, en fait, les rapports de la communauté aux citoyens, en fonction de leurs besoins et de leurs contributions. Elle vise à assurer les besoins vitaux des personnes et des sociétés au-delà même de leur apport aux biens communs.

C’est dans ce sens que saint Thomas d’Aquin fait remarquer que la plus grave injustice commise contre la justice distributive est l’acception des personnes :

« L'acception des personnes s'oppose à la justice distributive. En effet, l'égalité de la justice distributive consiste en ce qu'on accorde des parts diverses à différentes personnes proportionnellement à leurs mérites. Donc, si l'on considère dans la personne cette qualité propre en vertu de laquelle ce qu'on lui accorde lui est dû, on ne fait pas acception de la personne, mais bien d'une cause réelle. Aussi la Glose, sur ce passage de l'épître aux Éphésiens (6, 9): “Dieu ne fait pas acception des personnes”, dit-elle : “Le juste juge discerne les causes sans égard pour les personnes.” Si par exemple on élève quelqu'un à la maîtrise, parce qu'il a la science suffisante, on prend en considération, non le sujet, mais le motif exigé. Au contraire, lorsqu'on ne considère pas, chez celui à qui l'on accorde un avantage, si la charge qu'on lui confie est en rapport avec son mérite ou lui est due, mais seulement que cet homme est un tel, Pierre ou Martin: il y a acception de personne, parce qu'on ne lui accorde pas ce bien pour un motif qui l'en rendrait digne, mais simplement parce qu'il est telle personne.

Par le terme de “personne”, il faut entendre toute qualité du sujet qui ne constitue pas un motif à l'égard d'un don précis dont elle rendrait digne. Ainsi, par exemple, promouvoir quelqu'un à la prélature ou à la maîtrise parce qu'il est riche ou qu'il est notre parent, c'est faire acception de la personne. Il arrive cependant que telle qualité personnelle rende quelqu'un digne d'une chose mais non d'une autre. C'est ainsi que les liens du sang habilitent un parent à être institué héritier d'un patrimoine, mais non à recevoir une prélature ecclésiastique. La même qualité personnelle, si l'on en tient compte dans une affaire donnée, fera donc acception de la personne, mais non dans une autre affaire. Il est donc clair que l'acception des personnes s'oppose à la justice distributive en ce qu’elle fait agir en dehors de l'égalité de proportion propre à cette justice; et puisque le péché seul s'oppose à la vertu, il s'ensuit que l'acception des personnes est un péché »

(IIa-IIae, Q.63, a.1).

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