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03/02/2012

Une introduction au distributisme (5)

À travers plusieurs billets, nous nous attachons ici à raconter l'histoire du courant distributiste anglo-saxon, né de la pensée politique et sociale de G.K. Chesterton et d'Hilaire Belloc, défendu par plusieurs personnalités à travers le monde et qui connaît aujourd'hui un regain d'intérêt. Ces billets se suivent et forment un tout cohérent (enfin, autant que possible). Il est donc préférable de lire les précédents billets avant de commencer celui-ci. Le premier se trouve ici

 

distributisme

 

 

Au confluent de deux courants

 

Du fait du parcours des trois hommes qui en sont à l’origine, le distributisme naquit de la rencontre de deux grands courants différents : le socialisme anti-étatique et non marxiste tel qu’il s’incarna dans l’Angleterre de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle dans une constellation de mouvements différents, et le courant social catholique qui se développa en Angleterre à l’instigation de l’une des grandes figures du catholicisme de cette époque, le cardinal Manning.

Ces deux courants en Angleterre ont réagi directement à une situation économique, qui fut celle de l’industrialisation massive qui bouleversa profondément l’Angleterre et provoqua une terrible misère. Dans le cadre d’une enquête débutée en 1888 et qui devait durer dix-sept ans, Charles Booth (1840-1916) constatait dans Life and Labour of the People (1889) que 25% de la population londonienne vivait dans un état de misère. Il est remarquable de constater que Charles Booth et ses collaborateurs (dont Beatrix Potter ou la future Beatrice Webb) avaient entrepris cette enquête pour vérifier les chiffres avancés par une précédente investigation menée par des milieux socialistes et que Bootj trouvait excessifs. Au final, s’il critiqua l’enquête socialiste, ce fut pour être resté en dessous de la vérité.

Le 20 juin 1903, dans un article de la revue Outlook, intitulé « The Soul of Kensington », Cecil Chesterton écrivait qu’en bordure du quartier de Kensington vivait une population composée de blanchisseuses, de jeunes filles, de criminelles et de prostituées, entassées dans des chambres étroites. Il les décrivait comme dégoûtantes, affamées, à moitié nues et indiquait que les enfants mouraient comme des mouches.

Selon une autre enquête, qui date de 1908 et qui concernait les écoles d’une partie du pays, on constata que sur 1 000 enfants, entre 700 et 800 avaient des dents délabrées, entre 100 et 130 souffraient de malnutrition, entre 26 et 80 étaient atteints de maladies de cœur et entre 1 et 30 enfants étaient malades des poumons.

Lors du recrutement des volontaires pour la guerre contre les Boers, deux sur trois des 12 000 volontaires examinés à Manchester furent rejetés pour raison de santé. 

On pourrait multiplier les chiffres et les exemples sur l’état effroyable de la population anglaise à la suite de la révolution industrielle. Une masse de très pauvres et de prolétaires, déracinés de leurs communautés d’origine, se trouvant dans des conditions extrêmement difficiles, vivaient en marge d’une minorité de privilégiés évoluant, quant à eux, dans des conditions extrêmement confortables. 


© Philippe Maxence

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