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Une introduction au distributisme (3)


 

Hilaire Belloc, distributisme

Hilaire Belloc, lors d'une réunion publique de la Distributist League



Nous avons commencé ici et une présentation sommaire du courant distributiste, né des idéaux défendus par G.K. Chesterton, Hilaire Belloc et bien d'autres. Nous continuons maintenant cette présentation. 

 

 

 

Le courant distributiste a été porté sur les fonds baptismaux par trois hommes : Hilaire Belloc, Cecil Chesterton et Gilbert Chesterton. S’ils en furent les parrains ou les pères putatifs, le cardinal Henry Edward Manning en fut le grand-père, le lointain inspirateur. Sans entrer dans le détail de la vie de chacune de ces personnalités (ce que nous ferons un peu plus dans la deuxième partie de ce petit livre), il convient pourtant de donner ici une première idée sur ceux qui mirent le distributisme sur les rails de l’Histoire.

 

Hilaire Belloc

Hilaire Belloc, distributismeNé en 1870 à La Celle-Saint-Cloud, d’un père français et d’une mère anglaise, Hilaire Belloc fut élevé en Angleterre à la mort de son père. Après avoir effectué son service militaire à Toul en 1891, il rentra en Angleterre où il suivit ses études à Oxford. Il entreprit ensuite une carrière parlementaire au sein du Parti libéral de 1906 à 1910. Pour se faire élire dans ce pays anglican, il n’avait pas caché son catholicisme. Lors d’un meeting, à un électeur qui lui demandait s’il était « papiste », Belloc avait répondu : « Monsieur, autant qu’il est possible, j’entends la messe chaque jour et je récite le chapelet que voilà chaque soir. Si cela vous offense, je prie Dieu de m’épargner l'humiliation de vous représenter au Parlement ». Il fut élu. Pourtant, sa carrière parlementaire ne dura pas. Après avoir constaté l’impossibilité d’une action en profondeur par ce moyen et après avoir perçu la corruption du milieu parlementaire, constitué, selon lui, d’une élite plus attachée à défendre ses privilèges que le bien de la nation, il ne se représenta pas.

Il apporta une première ébauche de théorisation du distributisme dans un ouvrage co-écrit en 1911, avec son ami Cecil Chesterton et intitulé The Party System. Mais c’est surtout dans son livre, The Servile State, publié en 1912, qu’il approfondit sa pensée sur l’état social engendré par le capitalisme. Cette approche distributiste sera complète en 1936 par son célèbre Essai sur la restauration de la propriété privée (An Essay on the Restoration of Property), précédé lui-même en 1924 d’un ouvrage de vulgarisation économique : Economics for Helen.

 

 

Cecil Chesterton

Cecil Chesterton, distributismeJeune frère de l’écrivain Gilbert Keith Chesterton, Cecil Chesterton naquit en 1879 et mourut en 1918. Très jeune, il montra un talent d’écrivain et de journaliste porté par un caractère particulièrement bien trempé. Après avoir été arpenteur pour l’agence immobilière familiale, il se dirigea vers le journalisme où il n’hésita pas à manier la polémique et à plonger sa plume dans le vinaigre de la dénonciation. En 1901, il retrouva la foi chrétienne au sein de l’Église anglicane et rejoignit la Fabian Society, un club de réflexion socialiste qui réunissait alors une grande partie de l’élite intellectuelle du pays. Mais Cecil Chesterton ne s’arrêta pas en si bon chemin en ce qui concerne son engagement chrétien : le 7 juin 1912, il était reçu dans l’Église catholique à l’Oratoire de Londres.

En 1911, Hilaire Belloc et Cecil Chesterton avaient lancé un journal populaire intitulé The Eye-Witness qui, après des difficultés financières, devint en 1912 le New Witness. Ces publications, que l’on peut qualifier de journaux distributistes ou pré-distributistes, se firent une renommée dans le cadre de la dénonciation de la corruption politique, de l’entente entre les milieux politiques et financiers, de la mise en cause de la ploutocratie et dans la recherche d’une troisième voie entre le socialisme et le capitalisme. Dans ce cadre, Cecil Chesterton se lança à corps perdu dans la dénonciation d’un délit d’initiés, mettant en cause plusieurs personnalités du gouvernement britannique, accusés d’avoir pris des parts dans la Société Marconi alors que celle-ci répondait à un appel d’offre public pour l’établissement d’un réseau télégraphique pour l’ensemble de l’Empire. Poursuivi en justice pour ses accusations publiques, Cecil Chesterton fut lourdement condamné.

 

 

Gilbert Keith Chesterton

G.K. Chesterton, distributismeCette condamnation indigna profondément son frère, Gilbert Keith Chesterton (1874-1936) et le poussa à entrer plus directement dans le combat politique alors qu’il menait brillamment une carrière d’écrivain et de chroniqueur dans plusieurs journaux de Londres. Depuis le 6 janvier 1901, il écrivait ainsi une chronique hebdomadaire pour le Daily News, un quotidien libéral qui avait soutenu le gouvernement pendant l’affaire Marconi. Il en fut remercié en février 1913 et trouva refuge à partir d’avril de la même année dans une publication syndicaliste, le Daily Herald, auquel il collabora jusqu’au 26 septembre 1914. Réunis en livre sous le titre Utopie des usuriers, les articles publiés pendant cette période se ressentent profondément du choc ressenti par l’auteur à la suite de ce que l’Histoire a retenu comme étant le « Scandale Marconi ». Le ton est volontiers polémique et, parfois, avec violence. Pourtant, au-delà des circonstances qui le virent naître, Utopie des usuriers appartient à la veine distributiste de son auteur et contient plusieurs éléments de la doctrine de ce mouvement. Outre ses articles parus dans diverses publications, Chesterton avait illustré celle-ci dans plusieurs de ses romans (notamment son Napoléon de Notting Hill) et surtout dans un recueil d’articles publié en 1910 et intitulé, Le monde comme il ne va pas.

 

© Philippe Maxence

 

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