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08/01/2012

Une introduction au distributisme (1)

Nous commençons ici la publication d'une introduction au courant distributiste illustré dans le monde anglo-saxon par des écrivains comme G.K. Chesterton et Hilaire Belloc. 

 

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Objet de débat aux États-Unis, à la fois parmi certaines aulas universitaires, dans la presse catholique dont les meilleures plumes sont capables de se déchirer à son sujet ou encore sur le réseau Internet qui offre des agoras démultipliées, référence intellectuelle en Angleterre et en Australie, inspirateur de certains mouvements politiques en Europe de l’Est, le distributisme reste un parfait inconnu en France et dans les pays francophones. Si l’on évoque auprès du public français le terme de distributisme, celui-ci renvoie instinctivement à l’idée d’une certaine forme de socialisme et d’un État qui redistribue aux habitants du pays ce qu’il a acquis lui-même par l’impôt ou la confiscation. Ce réflexe, lié à la consonance même du mot, trouve d’ailleurs une vérification historique à travers la pensée de Jacques Duboin (1878-1976).

Sous le terme « d’économie distributive », ce député français du siècle dernier avait théorisé la nécessité de passer de l’économie de l’échange à l’économie de la répartition et fut à l’origine de l’idée d’un revenu social dispensé par l’État.

Nous sommes loin, ici, du distributisme anglo-saxon dont l’écrivain anglais, G.K. Chesterton fut l’un des principaux hérauts. L’idée principale de Chesterton ne consistait pas à faire dépendre le citoyen de l’État, mais au contraire de le libérer de l’emprise étatique ou de l’emprise oligarchique pour qu’il retrouve la maîtrise de son destin, afin de lui permettre d’exercer concrètement sa liberté et ses responsabilités dans les domaines qui dépendent directement de lui.

Ainsi entendu, le distributisme repose en fait sur une conception globale de la société, laquelle s’appuie sur la famille et permet à l’homme à travers un certain nombre de moyens, dont la propriété privée, d’exercer concrètement et directement sa responsabilité d’homme, pour retrouver ainsi les chemins d’une vraie liberté. À ce titre, le distributisme refuse autant le socialisme étatique qui confisque la propriété des moyens de production au profit de l’État que le capitalisme monopolistique qui réduit la propriété des moyens de production seulement au profit de quelques-uns. Chesterton l’expliquera à G.B. Shaw dans un débat public qui opposait les deux amis : « la personne qui possède une terre la contrôle directement et réellement. Elle possède réellement les moyens de production. De même pour l’homme qui possède une machine. Il peut l’utiliser ou ne pas l’utiliser. Celui qui possède ses outils ou qui travaille dans son propre atelier possède et contrôle d’autant ses moyens de production ». (Do we Agree ? Chesterton/Shaw).

Inconnu ou incompris à la fois parce qu’il est d’origine anglo-saxonne et qu’il manifeste dans l’esprit français le contraire de ce qu’il est, le distributisme rencontre d’autres handicaps plus fondamentaux liés à sa propre histoire et à celle du monde. Paradoxalement, s’il bénéficia de la voix de grands écrivains comme G.K. Chesterton et Hilaire Belloc, il fut aussi déconsidéré par cette même raison qui le faisait connaître du grand public de cette époque.

 

© Philippe Maxence

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