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28/06/2010

Abbaye de Sept-fons : un modèle d'économie

 

 

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L’abbaye de Sept-Fons est notamment connue pour ses produits alimentaires, principalement pour la Germalyne, un produit lancé en 1930, bien avant la mode du bio, et qui est à base de germe de blé. Je viens de recevoir un dépliant de Sept-Fons qui présente plusieurs produits de l’abbaye. Ce dépliant était accompagné d’un mot du Père M.-Alexis, cellérier, qui explique le lien entre cette production et la vie religieuse.

Au-delà de la démarche publicitaire, cette lettre du frère cellérier a l’avantage de donner une idée de ce qu’une certaine vision de la vie économique incrustée (pour reprendre la terminologie de Karl Polanyi) dans une vie sociale plus large et plus riche, permet de produire. Je prends la liberté de reproduire certains passages de cette lettre.

 

 

 

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Le frère cellérier rappelle d’abord que l’abbaye cistercienne Trappiste Notre-Dame de Sept-Fons a été fondée en 1132. Il indique également que c’est sous l’abbatiat du célèbre Dom Chautard, auteur de L’âme de tout apostolat, que fut lancée la Germalyne, comme reconstituant général de l’organisme. Aujourd’hui, la communauté compte plus de 80 membres. Le frère cellérier explique ensuite :

« Fidèles à la règle de S.Benoît, nous nous efforçons de maintenir l’équilibre entre la prière, l’étude et le travail, notamment le travail manuel. »

Après avoir souligné cet équilibre d’une vie qui ne repose pas uniquement sur la dimension du travail (donc de l’économie) mais qui l’intègre à un ensemble, l’auteur de la lettre précise le style de vie mené à Sept-Fons :

« Connaissez-vous la vie que nous menons ? Nous nous levons bien avant le soleil, à 3h15. Quand le monde alentour commence à s’activer, les moines ont déjà consacré à la vie intérieure un tiers de leur journée. Jusqu’au soir où ils s’endorment vers vingt heures, ils alternent travail, office liturgiques, prière personnelle et études. Par leur existence à la fois laborieuse et priante mais qui n’est pas exempte de problèmes, les moines témoignent qu’il est possible de construire un avenir où la dimension spirituelle de l’homme demeure à la place qui lui revient, la première ».

Le drame de nos sociétés modernes est justement de refuser cette place et de mettre des idoles à sa place.

Il établit alors un premier lien – qualitatif – entres les produits de l’abbaye et son style de vie : « C’est cette qualité de vie que nous essayons de faire refléter dans nos produits et dans notre travail ».

Il poursuit en invitant à commander les produits de l’abbaye, au moins pour deux raisons :

1°) « vous bénéficiez de produits de qualité » ;

2°) « vous aidez une communauté de moines à vivre et à poursuivre sa mission de prière ».

 

Il ajoute finement : « Voilà, à mon sens, une excellente forme de “commerce équitable” ».

 

Pour nous qui vivons dans le monde, il ne s’agit évidemment pas d’adopter le rythme monastique, mais de s’en inspirer, en redéfinissant la finalité première de notre existence et en redonnant à l’économie sa véritable place, en l’incrustant dans une vie sociale plus large qu’elle doit servir et non anéantir et remplacer. Il s’avère ainsi nécessaire de réfléchir aux conditions du bien commun qui subordonne l'économie au politique.

26/06/2010

Réfléchir sur la technique et notre société avec Jacques Ellul

Ce qui est étonnant concernant Jacques Ellul, c'est qu'il semble, encore aujourd'hui, malgré de sérieux efforts en matière d'édition, mieux connu à l'étranger qu'en France. J'ai découvert la série de vidéos qui va suivre sur le site de mes amis de The Distributist Review. Les propos d'Ellul invitent à la réflexion. On découvrira un homme serein, parfaitement claire et pédagogue, qui explique sa pensée sur le système technicien (titre de l’un de ses livres). On pourra ainsi la discuter ou s’en nourrir pour ses propres réflexions.

 

 

 

25/06/2010

Perspectives distributistes

Couv.Distribytist002.jpgLe courant distributiste, inspiré de la philosophie politique et sociale de Chesterton et Belloc, connaît aujourd’hui un véritable renouveau, notamment dans un pays comme les États-Unis. En 2004, les éditions (américaines) IHS Press publiaient un petit recueil de textes intitulé Distributist Perspectives, avec comme sous-titre « Essays on the economics of Justice and Charity ». On y trouvait des textes des grands noms du courant distributiste anglais, à commencer par ceux de G.K. Chesterton, Hilaire Belloc, Arthur J. Penty ou Eric Gill (voir ICI et ).

Ce premier volume vient de connaître une suite, avec un second volume, préfacé par l’Américain Allan C. Carlson qui retrace brièvement dans son introduction l’implantation aux États-Unis des idéaux distributistes avant la Seconde Guerre mondiale et les évolutions de certains de ses ténors pendant la Guerre froide. Celle-ci ne fut cependant pas la seule cause du désenchantement pour le « distributisme » puisque selon Carlson la mécanisation à outrance de l’agriculture américaine dans les années cinquante changea radicalement la situation.

Dans ce nouveau recueil, le volume II des Distributist Perspectives, on ne trouve pas de textes de Chesterton, mais ce dernier reste le grand inspirateur auquel se réfèrent les différents auteurs. Les différentes contributions réunies ici datent d’une période allant de 1943 à 1948, postérieure donc à la mort de Chesterton.

Eric Gill, par exemple, célèbre sculpteur et typographe, à l’origine de la communauté des artistes de Ditchling, consacre une étude sur l’instruction qu’il regrette voir se focaliser sur le carriérisme au détriment de la religion et du bien de l’enfant. La romancière Dorothy Sayers, célèbre reine du polar anglais, envisage les conditions d’une presse vraiment libre, notamment vis-à-vis de la publicité. Gerard Vernon Wallop, vicomte Lymington, souligne l’importance de la vie rurale pour la famille. H.J. Massingham expose, pour sa part, la manière dont les gouvernements britanniques ont supprimé la petite agriculture. Un propos repris par Harold Robbins qui l’élargit à l’importance du village comme communauté de vie. Philip Hagreen, partant de l’exemple de saint Joseph et de Jésus, montre qu’ils ont produit des objets destinés aux besoins normaux du voisinage, utilisant une matière première locale. Ils étaient les propriétaires de leur outil de production et leurs intelligences pratiques ont produit de véritables œuvres d’art. Mais Hagreen ne se contente pas d’évoquer ces modèles de l’artisan, selon la vision distributiste. Il dénonce vigoureusement les responsables des Églises qui ne sont pas opposés aux maux de l’industrialisme. D’autres auteurs, comme George Maxwell ou Jorian Jenks développent des idées similaires.

Le texte le plus important, en tous les cas, le plus théorique, est signé S. Sagar. Il s’agit d’une série d’articles publiés d’octobre à novembre 1946 dans The Weekly Review qui avait pris la succession du G.K.’s Weekly et qui paraîtra jusqu’en 1948. Sous le titre « Distributism », Sagar présente les grandes lignes de ce courant, sa philosophie et les difficultés qu’il rencontre dans une société et dans une économie entièrement bâties sur des fondements opposés. Il recentre l’ensemble du distributisme autour de la propriété familiale des moyens de production.

L’intérêt de ces textes ? Il est multiple. D’abord ils montrent que le courant distributiste, porté sur les fonts baptismaux par Chesterton et Belloc, a touché un nombre d’intellectuels plus grands qu’on ne le pense. Ces derniers ont cherché à explorer les pistes ouvertes par leurs devanciers, même s’ils ont été pris dans l’étau de la Guerre froide, peu propice à des chemins divergents. Ce qui frappe, enfin, c’est l’actualité de nombreux thèmes abordés alors et qui reviennent aujourd’hui sous les effets de la mondialisation. Il est étonnant de constater, en revanche, l’absence de réflexion sur l’État, son rôle, ses limites, de la part de ce courant.