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23/02/2010

PepsiCo ou la schizophrénie ?

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En parcourant l'autre jour le site de Riposte catholique, je tombe sur une brève en forme de bulletin de victoire relayant la décision d'une organisation familiale catholique américaine qui a décidé de ne plus boycotter « PepsiCo » puisque l'entreprise n'a pas renouvelé ses subventions à des organisations homosexuelles.

Évidemment, je ne peux que me réjouir de cette victoire obtenue, bien dans les modes d'action américaines. En même temps, un certain malaise s'empare de moi, cette fois encore, comme à chaque fois que je lis ce genre de prose.

C'est un sujet délicat et je ne sais comment l'aborder. Mais ma première réaction devant la lecture de ce poste a été la suivante :

Il est certainement très bien d'avoir obtenu la fin de ces subventions, mais est-ce que pour autant cela fait, d'un coup, de PepsiCo une entreprise convenable ? Le but de cette firme, son gigantisme, ses modes de « management », les profits qu'elle retire, les privilégiés qui profitent de ces profits, ne devraient-ils pas également nous pousser à réfléchir sur nos rapports avec les produits PepsiCo ? Combien de petits fabricants ont-ils été mis en faillite en raison du développement agressif de PepsiCo ? Quelle est la responsabilité de cette firme dans la transformation du paysage social américain et d'autres pays, devenant un désert en ce qui concerne les petits commerces et les artisanats familiaux au profit de quelques géants, essentiellement deux - Coca-Cola et PepsiCo - qui règnent en maître absolu ?

Élargissons le sujet : l'action des catholiques orthodoxes (c'est-à-dire fidèles à Rome et à l'enseignement traditionnel de l'Église) doit-elle se limiter aux questions (importantes) de morale sexuelle ? La défense de la culture de vie se limite-t-elle à refuser l'avortement, la pilule et la capote, à promouvoir la vie naissante, les méthodes naturelles de régulation des naissances, à lutter contre l'euthanasie sans penser un seul instant qu'entre le respect de la morale en début de vie et le respect de la morale en fin de vie, il y a toute une existence avec ses implications sociales, économiques et politiques ?

Promouvoir la culture de vie, est-ce seulement promouvoir le respect de la morale sexuelle ?

Je ne le pense pas ! J'estime même que nous devrions, au risque sinon de la schizophrénie, avoir les mêmes exigences en matière de morale sociale et politique que de morale sexuelle.

Aujourd'hui, les chrétiens militants acceptent, par exemple, d'avoir une pratique sexuelle régulée par l'ouverture à la vie (refus de l'avortement et de la contraception artificielle) et les méthodes naturelles de régulation des naissances. Mais pourquoi cette conception, qui s'appuie sur une certaine austérité et une certaine joie simple de vivre, s'arrête-t-elle à la question sexuelle et à la morale privée ? Pourquoi ne s'élargit-elle pas à la morale sociale, appelant à un retour à des pratiques plus naturelles concernant l'économie et la politique ?

Pourquoi la firme PepsiCo ne nous pose-t-elle plus de problème dès lors qu'elle ne finance plus les organisations homosexuelles ? Pourquoi notre horizon est-il seulement borné par la capote ?

Je sais bien que l'on me répondra par les trois éléments non négociables de la Note Ratzinger. C'est exact et je ne nie pas ces trois éléments. Le Pape Benoît XVI les rappelait dans un discours le 30 mars 2006 devant les parlementaires du Parti populaire italien :

« En ce qui concerne l'Église catholique, l'objet principal de ses interventions dans le débat public porte sur la protection et la promotion de la dignité de la personne et elle accorde donc volontairement une attention particulière à certains principes qui ne sont pas négociables. Parmi ceux-ci, les principes suivants apparaissent aujourd'hui de manière claire :

- la protection de la vie à toutes ses étapes, du premier moment de sa conception jusqu'à sa mort naturelle;

- la reconnaissance et la promotion de la structure naturelle de la famille - comme union entre un homme et une femme fondée sur le mariage - et sa défense contre des tentatives de la rendre juridiquement équivalente à des formes d'union radicalement différentes qui, en réalité, lui portent préjudice et contribuent à sa déstabilisation, en obscurcissant son caractère spécifique et son rôle social irremplaçable;

- la protection du droit des parents d'éduquer leurs enfants.

Ces principes ne sont pas des vérités de foi, même si ils reçoivent un éclairage et une confirmation supplémentaire de la foi; ils sont inscrits dans la nature humaine elle-même et ils sont donc communs à toute l'humanité ».


Sans nier donc ces trois éléments, en les recevant même, s'ils m'apparaissent comme absolument nécessaires, il me semble également utile de les compléter par une vision plus large. Je pourrais m'appuyer sur le fait que le Saint-Père parle de « la protection de la vie à toutes ses étapes » et tirer cette phrase dans le sens voulu. Je pense que ce n'est pas nécessaire. Ces trois points non négociables sont des bornes, pour aider au jugement prudentiel. On ne peut aller en-deçà de ces trois points. Mais on peut bien aller au-delà. Il n'est pas normal devant la réalité de l'existence humaine de limiter notre discours et éventuellement notre action à ces trois bornes. On ne peut laisser de côté l'impact de l'économie moderne, de la finance, des grandes entreprises, de la technique, du grand commerce en dehors de notre champ de vision comme si, nous catholiques, nous n'étions pas concernés.

Mais admettons-le : nous faisons bien comme si nous n'étions pas concernés. Nous sommes borgnes. Nous voulons bien que l'enfant naisse et que le vieillard meure dans la dignité. Et nous avons raison. Pour le reste, nous jouons à Ponce Pilate, et nous avons tort. Il est temps de réinvestir l'ensemble de la vie humaine.