Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

02/12/2009

À propos de résister au libéralisme


Image 1.pngÀ ceux qui par hasard, par aventure, par curiosité ou par fidélité, viendraient se promener sur ce blogue, je voudrais en reprenant contact parler d'un ouvrage que je lis actuellement. Son titre : Résister au libéralisme, les penseurs de la communauté. Son auteur ? François Huguenin, auquel on doit déjà plusieurs ouvrages d'exploration des idées politiques françaises. Cet ouvrage est publié aux éditions du CNRS.

Il aborde, on s'en doute, plusieurs thèmes déjà évoqués sur ce blogue et notamment il touche à la querelle du communautarisme. Face aux penseurs du libéralisme, François Huguenin a réalisé avec ce livre une synthèse passionnante de la critique non marxiste qui s'est faite jour, principalement outre-Atlantique, à travers principalement les penseurs dits « communautariens ». Le livre est donc un état des lieux, une exploration et une mise en perspective de ces penseurs dans une tentative de situer les termes du débat intellectuel. À ce titre, il complète le livre de Denis Sureau, Pour une nouvelle théologie politique, autour de Radical Orthodoxy (Parole et Silence).

De Radical Orthodoxy, il en est question dans l'ouvrage de François Huguenin, mais pas seulement. Il part en fait de la présentation de la pensée de John Rawls, qui a renouvelé l'approche du libéralisme politique, comme refus de l'utilitarisme et comme affirmation de la priorité du juste sur le bien. C'est principalement à partir de là - même s'il présente également la pensée libertarienne (Robert Nozick) que François Huguenin fait entrer en scène les très divers penseurs qui ont tenté de « penser la communauté » en réponse au libéralisme. On prend ainsi connaissance de Michael Sandel, de MacIntyre, de Charles Taylor, d'Hauerwas, de Cavanaugh, de Milbank, des penseurs du « républicanisme », mais aussi des réponses libérales à ces pensées de la communauté. Chemin faisant, l'auteur nous conduit aussi sur le plan théologique, en bifurquant très adroitement vers Joseph Ratzinger, le débat sur le surnaturel et la pensée lubacienne et la position de la loi naturelle chez saint Thomas d'Aquin.

N'ayant pas encore fini l'ouvrage, je m'en voudrais de tirer une conclusion trop rapide. Pour l'heure, je dirais que cette étude est claire, passionnante sur bien des plans et qu'elle rehausse le niveau du débat sur le communautarisme tel qu'il a eu lieu (par exemple) sur ce blogue. Il n'est pas sans défaut non plus. Je reprocherais à François Huguenin l'usage de quelques qualificatifs... disqualifiants justement. Quand il aborde la querelle du surnaturel pourquoi qualifier les opposants à Lubac de tenants d'un thomisme conservateur.  Ces derniers ne se seraient pas reconnus dans cette terminologie au fond plus « mondaine » que théologique. Dire qu'il a fallu attendre 2009 et la thèse de Guillaume de Tanoüarn pour parler de Cajetan revient à donner beaucoup de droit à l'amitié au détriment de la vérité.  Ainsi c'est faire peu de cas des travaux sur Cajetan du Père dominicain Charles Morerod, aujourd'hui secrétaire de la Commission théologique internationale (CTI), doyen de la Faculté de Philosophie de l'Université pontificale Saint-Tomas d'Aquin (Angelicum) à Rome et professeur de théologie dogmatique. Affirmer, sans démonstration et par le seul recours à l'argument d'autorité qui consiste à invoquer les travaux du Père Sesboüé que la formule « hors de l'Église point de salut » est revenue « dans la tradition catholique, avec Vatican II à une interprétation plus en adéquation avec la pensée patristique », est un peu rapide. Discuter Rawls sur ce point ne méritait assurément pas cette mention qui n'apporte rien à la position débattue et qui ne démontre rien.

On le voit, il s'agit de points minimes. J'attends de lire la conclusion du livre, plus personnelle je pense, pour en dire davantage. En attendant, que les visiteurs de passage n'hésitent pas à lire ce livre. Il en vaut la peine.


Les commentaires sont fermés.