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28/11/2008

La Tour du Pin (2)

Voici un article publié par Benjamin Guillemaind dans le dernier numéro de L'Homme Nouveau. Il est consacré lui aussi à René de La Tour du Pin.

 

 

Fondateur et animateur des cercles d’ouvriers catholiques, René de La Tour du Pin fut aussi la tête de file du catholicisme social. Une biographie rend justice à son rôle pour l’instauration d’un ordre social chrétien.

Benjamin Guillemaind

images-2.jpgAvant de disparaître sans atteindre ses 100 ans, Antoine Murat nous a laissé une histoire du catholicisme social dans La Tour du Pin en son temps (1). Avec Albert de Mun et Maurice Maignen, La Tour du Pin (1834-1924) fut à l’origine de la législation sociale instaurée à la fin du XIXe siècle. Cet ouvrage magistral arrive à point pour montrer combien on s’est éloigné des principes qui inspiraient alors l’instauration d’institutions économiques et sociales, conformes à un ordre naturel. Les deux erreurs du libéralisme et du socialisme étalent aujourd’hui tous leurs méfaits.
La confrontation entre chrétiens sociaux et chrétiens libéraux fut virulente. Les débats portaient surtout sur les notions de justice et de charité et se projetaient dans l’organisation du travail. Ceux-ci prétendaient que « le patron est quitte lorsque le salaire est conforme à l’usage (on dirait aujourd’hui : le marché) des lieux, même si le salarié meurt de faim. S’il est insuffisant, c’est à la charité à compléter la justice », citant le bâtonnier Théry. « Il est inadmissible, répondait La Tour du Pin, d’assimiler le salaire à une marchandise. » Pour lui « le contrat de travail n’est ni celui d’une location, ni celui d’une vente, mais d’un échange de services. La valeur d’échange prime sur la valeur d’usage. Les services échangés doivent être équivalents et les fruits du travail partagés entre le travail et le capital. Un juste salaire ne saurait dépendre du bon ou du mauvais vouloir d’un patron, de l’égoïsme ou de la générosité d’un employeur ».
Cette organisation du travail ne peut s’appliquer que dans un régime de type corporatif, où grâce à un patrimoine commun aux entreprises d’un même secteur économique, une caisse gère les compensations complétant le salaire nécessaire pour l’entretien d’une famille. Face à la théorie libérale de la concurrence sur les prix – et par déduction entre salariés – en faveur du consommateur roi, sans tenir compte du producteur, La Tour du Pin suggérait des formules d’association comprenant tous les membres de la profession pour en régler tous les problèmes. C’est le principe du syndicat mixte, différent de celui mis en place par la loi de 1884, qui sépare les syndicats de patrons et ceux de salariés.
Ce type d’organisation mutualiste repose sur deux principes essentiels : la propriété du métier, qui consacre des droits au travailleur en raison de sa capacité professionnelle et de facto lui assure la stabilité de son emploi. La propriété collective (le patrimoine corporatif) en assure la garantie. Ce régime de coopération organisée, adaptée à chaque profession et se corrigeant dans le temps, refuse l’absolutisme du capitalisme libéral et rejette étatisme et collectivisme.
Ce courant du catholicisme social, dont La Tour du Pin fut la tête de file, se développa en Autriche, Suisse, Allemagne. Il se concrétisa dans l’Union de Fribourg sous la houlette de Mgr Mermillod. Ses travaux inspirèrent la première encyclique sociale Rerum novarum (1891), parfaite par Léon XIII, qui résolument préconisa la solution corporative et suscita un immense retentissement et des levées de bouclier du côté patronal libéral, réticent aux lois sociales. G. Théry alla jusqu’à écrire : « Quand un ouvrier ne gagne pas de quoi vivre, il émigre. » Le Sillon avec Marc Sangnier naquit de ces soubresauts.
Le premier syndicat agricole fut fondé en 1864, tandis que Léon Harmel organisait un corporatisme d’entreprise dans sa filature du Val des Bois. Plus tard Romanet créa la première caisse d’allocation familiale, commune à plusieurs entreprises. Malheureusement l’idéologie dominante de la démocratie dite représentative, maintint le clivage entre l’utopie libérale (fondée sur l’individualisme) et l’utopie socialiste (omnipotence de l’État), sans parvenir à établir une démocratie organique, reconnaissant l’autonomie des corps intermédiaires où sont unis tous les membres d’une profession, d’une branche ou d’un métier. Une démocratie organique : tout un programme !   

1. Antoine Murat, La Tour du Pin en son temps, (1834-1924), Via Romana, 384 p., 29 e

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