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19/11/2008

La question sociale est une question morale aussi

Un des commentaires apporté au texte Bonne nouvelle, les cathos dérangent, est très intéressant et très révélateur aussi. Il montre combien nous sommes enfermés dans une dialectique entre la droite et la gauche. Le chroniqueur du Figaro ne prend en considération qu’un des arguments avancés par le Cardinal Vingt-Trois. Et, à partir de là, il monte sa mayonnaise. Sait-il lire ? On ne sait pas vraiment ! Ou, alors, il lit avec une longue-vue. Et de très loin, encore. C’est la seule explication raisonnable pour tenter de comprendre comment il parvient à isoler un seul argument épiscopal.
Mais visiblement, cela fonctionne, comme il fallait d’ailleurs s’y attendre. Du coup, on ressort la vieille rengaine – déjà mise en œuvre par le chroniqueur du Figaro dans la première partie de son texte avec l’exemple de la dissuasion nucléaire – que les évêques feraient mieux de s’occuper de remplir les églises. Mais, en quoi ce nécessaire rappel à s’occuper de la transmission de la foi – car c’est de cela qu’il s’agit – les empêcheraient dans le même temps, hier de parler de dissuasion nucléaire, et aujourd’hui d’évoquer le travail du dimanche ? Dans les deux cas, derrière les questions techniques se posent des questions morales qui engagent profondément l’avenir de l’homme et qui touchent de ce fait aux questions de foi.
Même certains adversaires du catholicisme admettent souvent que, après tout, on ne peut reprocher à l’Église de tenir son discours sur la contraception et sur l’avortement. Il y a une logique interne, que ces adversaires refusent pour eux-mêmes, mais qu’ils trouvent cohérente. Mais, voilà, dès que les cathos sortent de leur sacristie et de leur kermesse paroissiale, on lance le couplet habituel en forme de lamentation : qu’ils s’occupent de leur bondieuserie et qu’ils nous foutent la paix.
Et bien justement, pas d’accord ! L’enfermement au chaud dans les sacristies et dans le coton des paroisses, c’est terminé. La question sociale est aussi une question morale, comme l’avortement, la contraception ou la vie familiale. Et, comme c’est une question morale, il n’y a pas de raisons que les évêques et que les cathos en général se taisent. La seule chose qu’on est en droit de leur demander, c’est de parler et d’agir en conformité avec l’enseignement de l’Église. Lequel ne dépend pas de l’interprétation d’un chroniqueur, fut-il du Figaro. Surtout s’il est par ailleurs le chantre d’un système de pensée, d’un système politique et d’un système économique qui a montré une nouvelle fois son formidable échec.
Alors, bien sûr, il y a la grande tarte à la crème qui veut qu’en parlant ainsi nos évêques entonnent le discours de la gauche, voire de l’extrême-gauche. Là aussi, il serait temps d’arrêter ce discours binaire qui réduit le champ politique à deux camps : la droite et la gauche. Dans l’un et l’autre cas, c’est la même vision de l’homme. Et, dans l’un ou l’autre cas, l’Église n’a rien à voir avec ces pensées. Il se peut que sur tel ou tel point elle se trouve en accord avec l’un ou l’autre camp. Vérités partielles qu’elle assume, elle, dans leur totalité et dans leur ordre. La question n’est pas de savoir si en ayant ce discours l’Église parle comme la gauche. La question est de savoir si ce faisant elle est fidèle à son propre enseignement et si elle dit la vérité. Quand l’Église défend les droits de la Création, on dit tout autant qu’elle fait le jeu des écolos. Quand l’Église défend les droits de la paix, on dit qu’elle fait le jeu des pacifistes. Quand l’Église affirme la primauté de la loi morale sur la loi civile, on dit qu’elle fait le jeu des fondamentalistes. Quand l’Église met en cause le dogmatisme d’un certain évolutionnisme, on dit qu’elle fait le jeu des créationnistes. Etc.Etc. Autant d'incantations qui empêchent de voir ce que l’Église pense, dit et enseigne dans sa doctrine.
Nous sommes ici confrontés une fois de plus au grand argument du libéralisme contre les positions de l’Église dès lors que celle-ci ne va pas dans le sens de l’histoire libérale : vous êtes d’affreux gauchistes. La chanson a bien marché du temps de la Guerre froide et il y avait peut-être alors des raisons de se serrer les coudes contre le danger communiste. Pour le reste, on ne voit vraiment pas ce qui nous empêcherait aujourd’hui de dénoncer deux visions du matérialisme, aussi stériles et aussi fausses, l’une que l’autre.

Sur le même sujet, voir ICI.

Commentaires

Bonjour Monsieur Maxence,

J'adopte une forme de discussion plus personnelle puisqu'à ce jour il n'y a pas encore grand monde à être revenu sur votre blogue. Je ne suis d'ailleurs pas l'auteur d' "un des commentaires" de votre post 'Bonne nouvelle...', mais du seul à l'heure de la rédaction de votre présent billet.

Suis-je enfermé dans la dialectique droite/gauche ? Peut-être mais alors vraiment malgré moi, car je ne cesse de la dénoncer.
En revanche anticommuniste, oui, encore et toujours. Tant je constate que la dialectique marxiste imprègne la pensée en France, y compris et je le déplore chez les actuels successeurs des apôtres.

Rappelant la fable de Pierre et le loup je ne faisais pas tant référence à l'opposition au nucléaire de nos évêques qu'à leurs propos concernant la régularisation des clandestins, aussi évoqués par M. de Kerdrel.
Je me souviens aussi de la dernière campagne présidentielle où alors que les catholiques débattaient avec une rare fougue des principes non-négociables et de leur application au devoir électoral, la seule intervention de la conférence épiscopale fut pour dénoncer dans un texte assez mièvre les golden parachutes.

Sur la question du dimanche, il n'y a - à mon avis - qu'un argument pour un évêque catholique : Dies Domini. Et ce faisant je vise tant la réalité dénommée que la récente encyclique sur ladite réalité.
Les autres arguments ne sont - je le répète - pas faux. Ce sont des arguments tout à fait valable, mais pas les plus pertinents dans la bouche d'un évêque à ce moment là. Ce n'est pas pour moi une question de droite/gauche, mais de trouver l'argument idoine pour le bon locuteur au moment opportun.
Pour preuve si Mgr Vingt-trois a mentionné le commandement d'honorer le jour du Seigneur, cela n'a pas été entendu et seul l'argument social a été retenu.

Oui les chrétiens doivent s'occuper de morale sociale et de développer et mettre en œuvre la doctrine sociale de l'Eglise. Cent fois oui. Les chrétiens. Ou "les cathos" comme vous dites. Qui ne se résument pas aux évêques.
Ne sombrons pas dans le cléricalisme qui fut justement dénoncé. En cette matière régie par la prudence politique, où l'Eglise hors rappeler les principes anthropologiques fondamentaux ne rentre pas dans les détails pratiques et organisationnels, laissons les corps intermédiaires chrétiens émettre propositions, rappels... , préconiser telle organisation ou telle autre tant qu'elles restent compatibles avec les principes de la foi catholique.

La situation n'est pas la même que pour la morale sexuelle par exemple. Là il n'y a pas libre ou diverse application des principes anthropologiques. La parole cléricale est donc tout à fait légitime.

Quant au système politique qui a montré son formidable échec et que vous ne nommez pas, vous parlez bien - afin que les choses soient claires - de l'étatisme qui a imposé aux banques d'octroyer des crédits à des personnes non solvables (Clinton) ? De l'étatisme qui nationalise une banque en difficulté et érige en principe la collectivisation des pertes et l'irresponsabilité des banques et de leurs dirigeants ? Des défauts du régulateur (validé par la commission européenne et par le parlement français) qui a imposé le principe de la fair value (à l'encontre des alertes et remarques des acteurs économiques lors du processus de validation de Bâle II) entraînant une volatilité artificielle dans les bilans des banques et la chute en cascade d'icelles ?

Bien à vous,

Écrit par : tonio | 19/11/2008

@ Tonio
Merci et bravo pour cette longue réponse. Je n'ai que peu de temps pour répondre et je vais essayer d'aller au plus vite. Si j'ai répondu précédemment de manière plus générale, c’est tout simplement que je pensais que notre discussion pouvait intéresser les lecteurs de ce blogue qui sont plus nombreux que ceux qui réagissent. Je faisais allusion également à un autre commentaire, concernant aussi le travail le dimanche, et déposé ailleurs.

Anticommunisme, je pense l’être tout autant. Mais il ne suffit pas de dénoncer les autres comme étant d’affreux gauchistes pour éviter de tomber dans la dialectique marxiste. Je crois que la grille de lecture communiste/anticommuniste n’appréhende pas aujourd’hui avec assez de finesse la situation de l’Église de France. Elle date des années soixante-dix ; elle est plus complexe aujourd’hui. Et ne me dîtes surtout pas que je suis un valet de l’épiscopat français. Plusieurs évêques français m’ont déjà menacé, l’un de poursuites devant les tribunaux, l’autre de me faire entendre raison, le troisième de faire diminuer les abonnés du journal dont je dirige la rédaction.
D’accord avec vous sur le fait que l’on aurait aimé entendre les évêques parler des points non négociables plutôt que de parler de la régularisation des clandestins ou de l’immigration, avec des positions qui ne sont pas conformes avec l’enseignement de l’Église. Mais il ne s’agit pas de cela. Qu’ils aient mal parlé alors sur ce sujet doit-il conduire à ce qu’ils se taisent aujourd’hui sur le travail du dimanche ? Pour qu’on leur reproche demain d’être resté silencieux ? Dialectique quand tu nous tiens… De la même manière, ce que je reprocherais au texte sur les parachutes dorés n’est pas d’être une intervention, mais d’être mièvre pour reprendre vos termes. Il fallait intervenir avec plus de vigueur. Mais intervenir de toute façon.
D’accord sur le fait que le véritable argument pour un évêque comme pour tout catholique est Dies Domini. Mais Dies Domini implique des répercussions sociales et politiques, que l’Église a toujours mis en avant. Notamment au plan de la famille.
Je pense ne pas tomber dans le cléricalisme. Ce n’est pas une erreur qui m’est coutumière. J’ai employé justement le terme « les évêques » et ailleurs les « Cathos » en général pour distinguer. Je suis assez d’accord sur le rôle des groupements intermédiaires catholiques qui doivent se faire entendre et proposer des solutions pratiques, techniques, etc. Reste que l’évêque est le pasteur de son troupeau. Il n’a pas à se taire quand le troupeau est menacé. Des évêques en Europe de l’Est n’ont pas craint de le faire contre le communisme. Sans l’évêque Rémi, Clovis et ses Francs ne seraient pas devenus catholiques. La défense du dimanche engage trop la vie du chrétien dans la société et la vie chrétienne elle-même pour que les évêques se taisent. Ce n’est pas du cléricalisme.
Vous savez bien que je ne parle pas de l’étatisme, que je rejette d’ailleurs et qui a sa part de responsabilité. J’évoque le libéralisme, le grand marché mondial auquel s’est rallié presque toutes les forces politiques de ce pays. Ce que je ne veux pas choisir, c’est justement entre le libéralisme et l’étatisme, comme si l’un était forcément vertueux et l’autre pas. Je ne rentre pas dans cette dialectique. Les deux ont prouvé leur échec.

Comme vous ne serez pas d’accord, et que je manque de temps, je ne pourrais certainement pas répondre à votre propre commentaire. N’y voyez surtout pas un désintérêt pour ce que vous dîtes, ni un refus de débattre. Mais répondez ! J’en ferai mon profit comme lecteur et les autres lecteurs aussi.

Écrit par : Philippe Maxence | 19/11/2008

Tout d'abord, pour vous avoir de nombreuses fois lu dans l'Homme Nouveau ou la Nef, je n'aurais pas l'idée de vous considérer comme un valet de l'épiscopat, tout au moins français... ;-)

J'ai peut-être du mal à préciser ma pensée : je ne pense pas qu'il faille que les évêques se taisent sur le sujet du travail du dimanche. Bien au contraire.
Je ne souhaite certainement pas faire taire les évêques et les renvoyer dans leurs sacristies : que n'avons nous en France un Mindszenty !
Je pense juste que les arguments à mettre en avant sont différents selon les locuteurs, et que l'argument social n'est pas le premier qui devrait être pris par les évêque dans une parole publique.
Je pense même qu'il ne devrait pas être utilisé par eux dans ce contexte présent, car - et c'est ce qui s'est passé - cet argument, dans leur bouche, éclipse un argument plus fondamental : Dies Domini.
Or l'on parle pour être entendu. Et leur parole est alors trop facilement détournée, ici par M. de Kerdrel.

"La défense du dimanche engage trop la vie du chrétien dans la société et la vie chrétienne elle-même pour que les évêques se taisent."
C'est exactement pourquoi j'aurais souhaité que les évêques laissent pour une fois à d'autres les arguments sociaux et mettent pour leur part en avant les arguments plus spécifiquement catholiques.
Je suis bien conscient qu'un biais possible de mon raisonnement est le rappel que rien de ce qui est humain n'est étranger aux catholiques. Mais pourtant...

Pour le libéralisme moral : je ne le soutiens évidemment pas, et le combat.

Pour le libéralisme politique : autant je souhaiterais que l'Etat en France se recentre plus sur ses fonctions régaliennes, autant je ne suis pas complètement 'minarchiste'.

Pour le libéralisme économique enfin : je crois que c'est le modèle économique qui permettrait le mieux à la doctrine sociale de l'Eglise de s'épanouir. Et c'est pourquoi je suis libéral du point de vue de la doctrine économique.
Je crains que la condamnation du libéralisme par les catholiques tient beaucoup de son assimilation à l'une de ses dérives possibles : le mondialisme, ie l'anarcho-capitalisme. Comme les régimes politiques ont leur corruption, les modèles économiques aussi.

Écrit par : tonio | 20/11/2008

Vous pourrez constater qu'Yves Thréard, dans son éditorial du Figaro au 21/11 est encore plus simpliste qu'Yves de Kerdrel et raye d'un trait de plume condescendant les arguments des parlementaires UMP qui signaient une tribune plutôt bonne dans le même titre la veille.
M. Thréard est d'une mauvaise foi qui fait peur.
Leur saint patron commun doit en être bien mal à l'aise, lui qui défendit les droits des petites gens contre l'iniquité des puissants.

Écrit par : tonio | 22/11/2008

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