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11/04/2008

Un évêque et John Senior

Sur son blogue (ici), Daniel Hamiche nous apprend la nomination de Mgr James D. Conley comme évêque auxiliaire de Denver aux États-Unis et il précise qu’il est le filleul de John Senior (1923-1999).
Ce nom déjà évoqué ici ne dira peut-être pas grand-chose à une majorité de Français. Une petite minorité aura peut-être acheté et lu, voire médité, deux ouvrages de John Senior, édités naguère par les éditions DMM : La mort de la culture chrétienne et La restauration de la culture chrétienne (DMM). Au-delà des détails qui peuvent surprendre certains lecteurs, je tiens personnellement ces deux ouvrages pour des maîtres livres. En complément, on peut découvrir aussi l’intuition fondamentale de John Senior dans l’entretien qu’un de ses élèves m’a accordé et qui a été publié d’abord dans L’Homme Nouveau puis qui a paru sous la forme d’une brochure, avec un titre en clin d’œil à l’un des livres de John Senior : Restaurer l’éducation chrétienne (ici).
574146112.jpg J’ai eu l’immense joie de réaliser un entretien avec le professeur Senior, lequel fut publié dans La Nef. Par la suite, nous avons entamé une correspondance, qui aurait dû déboucher sur un livre si la Providence n’en avait pas décidé autrement.
L’influence de John Senior a été énorme aux États-Unis. Professeur de littérature, disciple et héritier en catholique de grand professeur que fut Mark van Doren (professeur aussi de Thomas Merton qui l’évoque dans son La Nuit privé d’étoiles, son récit de conversion), John Senior a enseigné à l’Université de Kansas. Mais il n’a pas enseigné seul. Son enseignement fut donné, chose très singulière, à trois voix. La sienne, celle du professeur Dennis Quinn et celle, enfin, du professeur Franklyn Nelick.
Que faisaient ces trois professeurs ? Plutôt que d’offrir un cour magistral, ils discutaient devant leurs élèves, nourrissant leurs intelligences de la manière la plus vivante qui soit. Socrate et Platon et Aristote aussi n’avaient pas fait autrement. 
Je reviendrais plus tard sur l’extraordinaire aventure spirituelle et intellectuelle de l’IHP au sein de l’Université de Kansas. Elle prit fit lors du départ à la retraite des professeurs. Il faut dire aussi qu’elle avait déchaîné contre elle des adversaires redoutables, rendus haineux par les fruits indirects de cet enseignement. Plus d’une centaine de conversions (200 !) au catholicisme sont, en effet, le fruit per accidens de l’enseignement de Senior et de ses amis. La majorité des moines américains que l’on trouvait encore voici quelques années à Fontgombault, Triors, Randol ou Gaussan avait suivi les cours du professeur Senior. Ils sont aujourd’hui au monastère de Clear Creek, la fondation américaine de Fontgombault. Des jeunes filles devinrent moniales, principalement à l’abbaye de Jouques. D’autres jeunes gens sont entrés dans le clergé diocésain, à la Fraternité Saint-Pie X ou à la Fraternité Saint-Pierre. D’autres encore sont mariés et ont formé des familles catholiques solides, restant marqués à vie par la rencontre avec cet homme simple que fut John Senior, lequel fut quand même salué par la revue Esquire comme l’un des cinquante meilleurs professeurs des Etats-Unis.1356379783.jpg
Son œuvre littéraire est modeste, mais son influence a été énorme et elle continue auprès de nombre de catholiques américains. Preuve par l’exemple qu’un seul homme, accomplissant son devoir d’état, peut engendrer un véritable renouveau, pour peu qu’il place toute son espérance en Dieu. Ce fut le cas de John Senior.
La nomination d’un évêque ne fait pas le printemps. Mais il peut être un signe d’un renouveau, certainement encore lointain. Saint Augustin a vu le monde dans lequel il vivait mourir sous le coup des barbares. Il a lutté contre l’hérésie. Il est mort. Puis le renouveau de l’Église est venu. Et saint Augustin, père de l’Église, a été lu, médité,  notamment par un humble moine dominicain du nom de Thomas d’Aquin. On connaît la suite.
Pour dire qui fut le professeur John Senior, je reproduirai bientôt une partie du chapitre que je lui ai consacré dans un petit livre intitulé Au jardin de notre piété (DMM), livre toujours disponible.

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