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25/01/2008

Les contes de l'Arbalète

bc763b09d4c11ed60a7bbb42330b9926.jpgOyez ! Oyez ! Rejoignez la Ligue de l'Arbalète qui défend l'honneur des petites choses contre le gigantisme moderne. Rassemblez-vous au sein de cette phalange née d’enjeux aussi fantastiques que politiquement incorrect. Le souffle de l'ancienne chevalerie, de l'amour du pays, de la défense du plus faible, anime cette Ligue pas comme les autres. G.K. Chesterton en est le grand ordonnateur et les éditions de l'Age d'Homme les dispensateurs.

 

Le mois de janvier, dit-on, est une période difficile. Lendemain de fêtes, reprise du travail froid qui s’installe, compte en banque décidément bien vide. Contre la mélancolie ambiante et la tristesse du temps, un remède à prendre, que dis-je à déguster sans modération : G.K. Chesterton. Et comme les choses ne vont pas toujours aussi mal qu’on le pense, il s’avère que les éditions de l’Age d’homme viennent de publier de l’auteur en question, Les Contes de l’Arbalète.
Publié dix ans avant la mort de l’écrivain, en 1925, sous le titre Tales of the Long Bow, ce roman avait déjà bénéficié d’une traduction française, déjà à l’Age d’homme, sous le titre Le Club des fous. La nouvelle traduction, réalisée par Gérard Joulié, qui signe également un excellent avant-propos, est agréable et nerveuse. Elle sert bien le texte, même si on s’étonne de trouver au passage une remarque sur la « démocratie participative » (p. 54), absente de l’original anglais. Du Club des fous aux Contes de l’arbalète, on peut s’interroger sur les motivations d’un éditeur ou d’un traducteur, voire des deux, pour transformer un club en conte et des fous en arbalète. Ceux qui auront l’audace de s’engager dans la lecture de ce roman pour entretenir leur « santé mentale » (grand thème chestertonien, s’il en est !), comprendront très vite que ces deux titres ornent à merveille les couvertures d’une même histoire et qu’ils auraient très bien pu servir de sous-titre à l’une ou l’autre version.
Reste qu’il y a quelque chose de plaisant dans cette référence à l’arbalète puisque chaque chapitre de cette histoire rocambolesque est une flèche, mieux, un carreau, tiré contre le monde moderne, ses pompes et ses œuvres, dans un délicieux éclat de rire permanent. On me demande parfois où trouver des écrits politiques de Chesterton. On s’imagine l’auteur d’Orthodoxie, penché sur son grimoire, élaborant un complexe système politico-social sous arrière-fond théologique. Il y aurait pu y avoir de cela, mais alors Chesterton n’aurait pas été Chesterton.
Si certains de ces ouvrages sont plus directement politiques – mais à sa manière, qui a de quoi déconcerter dès la première ligne tout cartésien qui se respecte –, il faut aller chercher sa pâture dans plusieurs de ses romans.
Ici, à travers la constitution de la Ligue de l’arbalète, l’histoire de ses folies et de ses amours, Chesterton aborde ses thèmes de prédilection : la défense de la petite propriété, l’exaltation d’une société rurale et paysanne anti-industrielle (thème que l’on retrouve chez Tolkien, mais exploité d’une autre manière), l’apologie du mariage monogame, fidèle, fondé sur un solide réalisme enveloppé d’idéaux chevaleresques. Voilà pour la face sud, le versant positif de l’édifice chestertonien.
Face nord, Chesterton ne se prive pas de dénoncer, également, avec une sorte de vision au regard de notre propre monde, l’hygiéniste moderne, la propagande que représente la publicité, la confiscation de la démocratie par une clique oligarchique et ploutocratique, et même, la guerre menée contre le cochon, élevé par l’auteur au rang de symbole de toute une civilisation.
Autant de bonnes raisons de commencer bien l’année en allant prendre un pinte de bonne humeur au service de bonnes idées. On en redemande.

Les contes de l’arbalète, G.K. Chesterton, 190 pages, 18€.

Article paru dans le numéro de janvier 2008 de La Nef (avec l'aimable autorisation de la revue).

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Commentaires

Bon, on commence quand ?

Écrit par : JG | 28/01/2008

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