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12/01/2008

Docteur No a lu Hilaire Belloc

234fa9bfc9c3c3bdb42fb3f09a339d61.jpgY a-t-il un rapport entre les élections présidentielles américaines et Hilaire Belloc (ici à la fin de sa vie) ? Pour saugrenue qu’elle paraisse, la question ne manque pas de fondements. Elle en manque d’autant moins que la réponse est : « oui » ! On serait pourtant bien en peine de trouver au sein des grands médias américains et français (surtout français…) une simple évocation de ce rapport. Une illustration, au passage, de l’intérêt de petits blogues comme celui-ci.
Alors que nous découvrions les résultats des primaires dans l’État de l’Iowa puis dans le New Hampshire, un petit livre nous est arrivé : The Party system. Signé de Hilaire Belloc et de Cecil Chesterton (le frère de Gilbert Keith Chesterton), cet ouvrage ne date pas d’hier. Sa première édition remonte à 1911. Plusieurs fois réédité, ce petit livre connaît aujourd’hui une édition américaine. La surprise, à vrai dire, n’est pas venue de cette réédition. Le courant « distributiste » connaît dans le monde anglo-saxon un beau renouveau depuis la fin de la guerre froide et de la victoire par K.O. du libéralisme dans sa version mondialiste. Non, la surprise vient de l’avant-propos signé par un des candidats à la candidature aux élections présidentielles américaines.
Démocrates ? Républicains ? C’est, en effet, parmi ces derniers qu’il faut chercher celui qui a osé accoler son nom à ceux de deuxd390b8e10754fc56575e09f44c978225.jpg catholiques du début du siècle dernier, virulemment anti-capitalistes et néanmoins anti-socialiste forcenés.
Les noms des candidats Républicains ne sont peut-être pas tous familiers aux lecteurs de ce blogue. Rappelons-les pour mémoire :
– Sam Brownback
– Rudolph Giuliani
– Mike Huckabee
– Duncan Hunter
– John McCain
– Ron Paul
– Tom Tancredo
– Fred Thompson
– Mitt Romney

6db860f37bdd6b9634d8d6d1e48dc9fa.jpeg Avouons-le, pas facile de faire son choix ! Le plus surprenant, c’est que cet avant-propos à la réédition du livre de Belloc et de Chesterton ne vient pas d’un des candidats pointés parmi les plus « religieux ». Il s’agit, en fait, de Ron Paul, surnommé « Docteur No » (il est médecin obstétricien) à cause de ses nombreux votes négatifs envers la politique du Président Bush. La surprise pourtant ne s’arrête pas là. Ron Paul est pour le mariage des couples homosexuels et pour la dépénalisation de la marijuana. Il est également farouchement contre l’avortement et le droit du sol. Dans la suite de ces idées si paradoxales, Ron Paul s’est déjà présenté aux élections présidentielles de 1988 pour le compte du Parti libertarien (tout en restant membre du Parti républicain).
Libertarian Party ? Cette formation politique, fondée en 1971, appartient à la myriade des partis politiques minoritaires étatsuniens. Adversaire absolu de l’État providence, il milite pour une déréglementation totale de l’économie. Ce sont des « libéraux » conséquents et qui vont au bout des théories libérales.
Cette présentation succinte et de Ron Paul et du Libertarian Party pour lequel il a concouru à la Présidence des États-Unis ne laisse pas de surprendre quand on la rapproche des positions de Belloc et de Chesterton.
Pour cette campagne 2008, Ron Paul ne se présente plus sous l’étiquette libertarienne. Il commence même ainsi son avant-propos à The Party system. Répudiation et rupture avec son passé et son engagement dans ce domaine ? Pas vraiment ! En fait – et c’est le point de rencontre entre le candidat et le livre de Belloc/Chesterton – Ron Paul a expérimenté au cours des différentes rencontres électorales auxquelles il a participé que la démocratie n’est pas soluble dans le système des partis. C’est la thèse centrale du livre de Hilaire Belloc et de Cecil Chesterton. Les partis politiques ne sont pas la démocratie ; les partis politiques ne représentent même pas la démocratie. Ils sont au mieux des instruments pour mettre en œuvre la démocratie. Et parfois, et même souvent, ils s'opposent à la véritable démocratie.
S’appuyant sur la théorie bellocienne de la démocratie, Ron Paul dénonce, en fait, le système bipartite américain qui est, selon lui, une confiscation de la démocratie au profit de deux oligarchies. Cette confiscation est également selon lui contraire à la constitution des États-Unis, texte fondateur auquel il appelle constamment à se référer. Libertarien, Ron Paul partage, de fait, plusieurs vues en commun avec le courant distributiste qui contrairement à lui postule malgré tout une certaine régulation de l’économie (mais non par l’État, mais par les corps sociaux professionnels) et la référence à un ordre moral qui éclaire la liberté qui n’est pas perçue comme un absolu.
Cependant le terme même de libertarien concernant Ron Paul semble fausser la perception que nous pouvons avoir de lui. Avant73790ae6344c4d526088d3024a4454a6.jpeg tout, c’est un jeffersonien, un décentralisateur. Fédéraliste tempéré – et même très tempéré –, anti-fédéraliste plus exactement, Ron Paul a voté systématiquement contre le budget des agences fédérales comme la CIA ou le FEMA. Il s’est prononcé également pour la suppression de l’impôt sur le revenu et l’abolition de la Réserve fédérale. Il préconise pour les États-Unis leur sortie de l’ONU, de l’OTAN et de l’OMC.
Et au plan religieux ? Protestant et pratiquant, il a introduit en 2005 une proposition de loi visant à la reconnaissance du caractère sacré de la vie dès la conception. Fidèle à son anti-fédéralisme et au droit des États (décentralisation), ce texte prévoyait que chaque État puisse prendre individuellement des mesures contre l’avortement. Devant le Congrès, il n’a pas hésité à rendre un vibrant hommage à Jean-Paul II lors de son décès : « Jean-Paul II a compris que la liberté, à la fois personnelle et économique, est une condition nécessaire à l’épanouissement de la vertu humaine ».
Opposé à l’avortement et à l’euthanasie, Ron Paul l’est aussi à la peine de mort. De la même façon, il a vigoureusement combattu la guerre en Irak et préconise un retrait immédiat des troupes américaines. Il s’est notamment opposé à la majorité des Républicains sur ce sujet et notamment aux « théocons » (à ce sujet, voir ici) qui ont tenté de justifier cette aventure en recourant à la thèse catholique de la juste guerre. Selon Ron Paul, ils ont déformé cette thèse en la transformant en celle de guerre préventive.
Enfin, il n’est pas inutile de souligner que comme candidat à l’élection présidentielle, Ron Paul s’est déclaré partisan du « homeschooling », de l’école à la maison. Son argument de fond est simple : il faut rendre aux parents la responsabilité de l’éducation.
On trouvera plus d’information sur Ron Paul :ici, et
Dans son avant-propos, Ron Paul souligne combien Hilaire Belloc et Cecil Chesterton ont perçu avec une singulière acuité l’un des maux terribles de notre époque : la place des grands médias (alors seulement les grands quotidiens) et la pression constante qu’ils exercent sur la vie démocratique. Pour Belloc et Chesterton, ces grands médias nécessitaient toujours davantage d’argent, imposaient une opinion souvent anonyme et favorisaient la vie urbaine. Ron Paul note qu’à ce sujet s’impose l’antique question de la poule et de l’œuf. Qui a favorisé cette situation, cette relation incestueuse entre la (grande) presse et les partis politiques ? Est-ce la presse ? Sont-ce les partis ? Ou est-ce finalement le système lui-même qui s’auto-construit ainsi jusqu’à créer les conditions d’un système bipartite (comme on le voit aussi en France) et empêcher toute critique d’être entendue et relayée politiquement ?
De ce point de vue-là, il y a un phénomène Ron Paul. Volontairement ou pas, l’homme a un peu grippé la machine. Candidat anti-système, l’utilisation d’Internet par ses partisans s'est révélé bénéfique. Le 17 décembre dernier, il a battu le record des dons reçus en 24 heures : 6 millions de dollars. Pas de gros patrons, de grosses firmes, de grosses fondations ou associations. Ces derniers ne l’aiment pas. Non, cette générosité a été celle de 25 000 nouveaux petits donateurs.
Candidat anti-système, Ron Paul doit faire face aux médias qui ne l’aiment pas et qui évitent de parler de lui. Même en France, des magazines, pourtant réputés à droite, l’ignorent. Il est vrai qu’il n’a pas hésité à créer le scandale en s’attaquant à la figure d’Abraham Lincoln en personne, à propos de la Guerre entre les États (guerre de sécession) : « acheter les esclaves et les libérer aurait évité de faire 600 000 morts ».
Alors, faut-il soutenir Ron Paul ? Au-delà des deux points importants de son programme auquel nous ne pouvons pas souscrire, il convient de respecter la démarche du candidat anti-système. Il veut reconquérir la liberté et la souveraineté de l’Amérique. Même si les répercussions des élections américaines sont énormes pour le reste du monde, ce n’est pas à nous de choisir. Mais aux Américains. God bless America.

Commentaires

Ceci est pitoyable.
Qu'avez-vous à regarder ainsi vers les Etats-Unis.

Jeanne d'Arc disait : "le secours de la France est en France" à ceux qui regardaient vers le roi d'Ecosse - traitionnellement un allié de la France. Elle reprenait d'ailleurs, inspirée, uen parole ou un raisonnement d'Isaïe qui enjoignait aux Hébreux de cesser de regarder vers un Empire pour les sauver et plutôt de se tourner vers Dieu. Le psaume en rendra témoignage : "nous attendions un secours qui ne pouvait sauver. Et maintenant, Dieu, nous revenons vers toi".

De Gaulle, dans une forme bien plus profane, fit le même raisonnement : "c'est bien de savoir ce que veut l'ennemi, c'est encore mieux de savoir ce que l'on veut soi".

Ce regard excessivement tourné vers les Etats-Unis est bien comparable aux autres démarches de ce site qui cherche des secours dans des théories qui ne dépasseront, telles quelles, jamais le cercle des initiés.

On pense à la phrase de Saint Paul : "alors les hommes, ayant tourné le dos à la vérité, toujours à la recherche de doctrines nouvelles, etc.".


Arrêtez avec les -ismes.

Écrit par : Lecteur | 12/01/2008

Le commentaire de "Lecteur" est très juste. pourquoi considérer les États-Unis. C'est tellement plus facile, plus agréable et plus fécond de se regarder le nombril. Cécité gauloise quand tu nous tiens. Sur Ron Paul, et très curieusement, il faut noter le soutien de Hutton Gibson (le papa de Mel…). Scratch, scratch…

Écrit par : Daniel Hamiche | 12/01/2008

Ben ouais, quoi, pourquoi regarder vers la 1ère puissance mondiale (pas seulement sur le plan économique) ? Pourquoi se pencher sur une nation dont les "tendances" sont adoptées en Europe avec un retard de 5 à 10 ans ?

Cher "Lecteur", attention à cette propension à citer à tout bout de champ l'écriture sainte ou les saints pour appuyer n'importe quelle argumentation !

Tout comme vous, je me méfie des "ismes". Ce sont souvent des idéologies incapables de prendre en compte toute la complexité du réel. Seulement, le distributisme - avec toutes ses limites que je ne nie pas - semble être une traduction de l'enseignement social de l'Eglise. Pour un catholique, ça vaut le coût de s'y intéresser, non ? Surtout à l'heure où socialisme et libéralisme montrent de plus en plus leurs limites. Affirmeriez-vous que la social de l'Eglise est réservée à un cercle d'initiés ?

Un grand merci à Philippe Maxence d'avoir lancé ce blog et de nous initier à des approches intellectuelles originales, au moins pour un Français.

Quant aux élections américaines, Huckabee reste mon "chouchou". Le profil de Ron Paul mérite l'intérêt et méritait une étude plus approfondie que ce que les médias ont pu nous offrir. Ah, les médias français ! Quelle nullité ! Heureusement qu'émerge une blogosphère catho...


PS : Merci aussi à M. Hamiche pour son blog passionnant sur les US.

Écrit par : Zorglub | 12/01/2008

Je maintiens absolument ce que je dis.

L'argument du nombrilisme tentant de culpabiliser voire dénier toute réflexion propre à un pays, conforme à à lui-même, à sa tradtion et à ses intérêts fait le jeu de l'impérialisme actuel qui est un impérialisme anti-chrétien. Il faut savoir ce que l'on veut.

Quant à Zorglub, votre argument est contradictoire : ce développement économqiue et technologique que vous nous vantez ne procède pas du tout de l'idéologie "distributiste" que vous voudriez par ailleurs y substituer.

Ce que je conteste en outre, comme chrétien, dans votre argumentation, c'est que le critère de l'efficacité économique soit le testeur essentiel du choix d'une "politique".

Non, je crois que hier comme aujourd'hui, mon pays est la FIlle aînée de l'Eglise, qu'elle a d'abord vocation à participer en premier à l'évangélisation du monde - à cuire le pain de la chrétienté - et que, de ce côté, je préfère les Pères blancs et nos missionnaires aux "évangélistes" US qui font beaucoup de tort au Nom du Seigneur.

Quant aux questions matérielles, le Seigneur lui-même a dit "cherchez d'abord le royuame de Dieu et sa justice et tout le reste vous sera donné de surcroît".
C'est ma fo, mon expérience. Et je constate que ceux qui ne font pas cela courent, eux, de -ismes en -ismes. Selon la parole de Saint Paul. Ceci ne remet nullement en cause, en outre, contrairement à votre affirmation, l'existence de ce site, mais tente de le ramener à la suiet du Christ.

Écrit par : Lecteur | 12/01/2008

J'ajoute que la 'Doctrine sociale de l'Eglise' pose un certain nombre de questions redoutables que Denis Sureau avat d'ailleurs soulevées au moment de la parution du compendium.

La connaissant plutôt bien, l'ayant apprécié un teps, je crains aujourd'hui qu'elle ne soit en réalité devenue ce dont le Seigneur disait à certains :"vous avez substitué votre tradition à l'enseignement de Moïse".

Quant à la force de l'"Empire", tout Empire périra. Nous le savons. Et, j'espère, "nous ne mettons pas notre espoir dans les fils des hommes". "Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre - caelum et terra".

Écrit par : Lecteur | 12/01/2008

Il semble que "Lecteur" - qui est surtout un écriveur - soit atteint d'ismisme, cette maladie qui pousse à traquer partout l'isme.
C'est un chouette programme.

Écrit par : JG | 15/01/2008

Guillebon, votre premier livre nous avait assez plu.

Gardez-vous de nous décevoir. "Qu'as-tu fait de ton premier amour ?" (Apocalypse selon Saint Jean)

Écrit par : Lecteur | 16/01/2008

Ôôôô l'amour... etc.

Mon bon Lecteur, vous ne serez pas déçu, mon premier amour est aussi le dernier.

Et vous ?

Écrit par : JG | 17/01/2008

Pareil, par la grâce de Dieu. (Le cynisme en moins : je ne me moque pas de "l'amour")
PS : et je continuerai à batailler contre l'erreur y compris quand elle prend la forme de ces "doctrines nouvelles après lesquelles courent sans cesse ceux qui ont abandonné la Vérité" (Saint Paul).

Écrit par : Lecteur | 17/01/2008

J'écrivais ce que j'ai écris car votre second livre est bien moins bon. Vous aviez une bonne révolte : elle semble s'être perdue dans les combinaisons du monde. C'est le retour de la chair.

Écrit par : Lecteur | 17/01/2008

Cher Lecteur,

d'une : où avez-vous vu que je me moque de l'amour ? Il s'agit du début d'une chanson. Simplement.

de deux : vous avez le droit de trouver mon deuxième livre moins bon que le premier. Vouys n'avez pas celui de justifier cet avis par une accusation sans fondement. Quelles combinaisons du monde ? Quel retour de la chair ?

Qui es-tu pour juger ainsi ton frère ?

Écrit par : JG | 18/01/2008

Ce qui m'a amusé, c'est votre utilisation à des fins privatives de la phrase de Saint Jean. Saint Jean n'évoque pas, évidemment, un amour particulier, mais celui entre l'homme auquel il s'adresse et le Seigneur.
C'est à cela que je faisais allusion : à la juste colère qui émanai de votre premier livre. Le second, c'est mon avis, se perd dans des analyses un peu trop sociologiques. Peut-être - hypothèse - à cause de ce que j'évoquais ensuite.

Il ne s'agissait pas de jugement mais d'observation et d'hypothèse ("semble"). Quant au retour de la chair, effectivement, j'aurai pu ajoutr un "?" pour ne pas vous heurter. Veuillez me le pardonner.

Écrit par : Lecteur | 18/01/2008

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