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17/12/2007

Hilaire Belloc, distributisme et propriété privée (VII)

cacb2beb6b796870c1552736df31f0c8.jpegAvant de donner la suite de l'essai de Hilaire Belloc sur la propriété, occasion de plusieurs textes sur le sujet (voir le début ici), petite précision générale. Les chapitres de An essay on the restauration of property ne portent pas de titre. Chacun pourtant est consacré à une question spécifique. L'ensemble est composé de sept chapitres. Le premier chapitre posait les fondements de la réflexion de Belloc et indiquait les limites de celle-ci ainsi que les conditions nécessaires à une restauration large de la propriété privée. Désormais, Belloc va entrer dans la discussion d'une question particulière. À chaque fois, le début de son chapitre va indiquer le sujet qu'il développe ensuite au long de sa réflexion.
 
Dans le chapitre II, il s'agit encore de répondre (rapidement) à quelques objections. Belloc commence par deux arguments avancés par les socialistes :
1°) le premier lie capitalisme industriel et propriété privée;
2°) le second estime que la vision distributiste est juste dans une société pré-industrielle et fausse dans l'ère industrielle et, ajoutons, dans l'ère post-industrielle.
Belloc estime que ces objections sont historiquement et philosophiquement fausses. Selon lui, la propriété privée a été historiquement confisquée ou détruite parce que les conditions de son existence ont été anéanties. Les conséquences de ce fait sont doubles :
– développement de la ploutocratie au plan politique;
– essor du capitalisme au plan économique.
Pour lui, au regard de l'histoire de l'Angleterre, une sorte de prolétariat existait déjà vers la fin de ce qu'on appelle le moyen âge. Il affirme ainsi que le premier grand coup porté fut la destruction des Guildes est la saisie de la propriété universitaire, à l'époque de la Réforme. Par ailleurs, il récuse l'affirmation selon laquelle le machinisme ait favorisé automatiquement le capitalisme. Belloc n'est clairement pas un luddite (sur ce sujet, voir ici, et ). Postulant que l'homme contrôle les machines, il estime qu'une partie de celles-ci ont, en effet, permis une plus grande centralisation pendant que l'utilisation d'autres a favorisé une plus grande décentralisation.

Sept étranges raisons
Par la suite, Belloc s'attache surtout à énumérer les sept arguments par lesquels une société saine, normalement humaine, où la propriété est largement distribuée, peut dégénérer en une société où les moyens de production sont contrôlés ou confisqués par un petit nombre.
1°) plus une unité de production est grande moins elle est coûteuse au plan des frais généraux. La seule limite serait la difficulté d'organisation, de plus en plus surmontée par la pratique et le développement d'organisations perfectionnées.
2°) plus une unité de production est grande, mieux elle peut investir dans l'achat de machines ou dans la publicité.
3°) plus une unité de production est grande, plus les banques lui feront confiance et lui feront crédit;
4°) plus une unité de production est grande, plus elle diminue ses coûts et peut vendre à prix réduit.
5°) Plus une unité de production est grande, mieux elle peut accumuler du capital.
À partir de là, Belloc semble changer de registre. Il passe de la considération de la grande unité de production aux effets de la ploutocratie. Il ne faut pas oublier que pour lui la ploutocratie est la traduction politique du « big is better » au plan économique.
6°) puisqu'une fois établie la ploutocratie favorisera des lois entrant dans sa logique, autant préférer dès maintenant les grandes unités de production.
7°) Une fois établie, la ploutocratie corrompra la justice, autant préférer dès maintenant les grandes unités de production.

Ces deux derniers arguments sonnent étrangement puisqu'ils laissent entendre qu'il faut se rallier à un régime politico-économique en fonction de ses maux après son établissement. En fait, Belloc présente ici, en résumé, les arguments de ses adversaires, se laissant entraîné par la fatalité ou le sens de l'histoire, souvent rebaptisé, dans la sphère non marxiste, progrès.
 
 
À suivre… 

14/12/2007

Small is still beautiful

35fe74372d43391b11eecae42c87821c.jpegL'Homme Nouveau vient de publier un entretien que j'ai réalisé avec Joseph Pearce sur son livre Small is still beautiful, consacré à l'économie et à l'apport des réflexions d'E. F. Schumacher. On y retrouve nombre de principes de la doctrine sociale de l'Église, à commencer par l'un des plus importants : le principe de subsidiarité. Le livre de Joseph Pearce, biographe par ailleurs de Chesterton et de Hilaire Belloc, a connu d'abord une édition anglaise, puis une édition américaine. C'est de cette dernière version dont nous avons parlée avec Joseph Pearce. Vous trouverez ci-dessous, exceptionnellement, en formant Pdf l'intégralité de cet entretien de trois pages. 

 

Pour télécharger : HommeNouveau-dossier-1410.pdf

Pour soutenir l'Homme Nouveau :  

 

Par ailleurs, je signale une discussion intéressante sur le blog de Liberté Politique, consacrée au dernier livre édité par l'Homme Nouveau, Etre consommé de William Cavanaugh. C'est ici.

Bonne lecture.

 

  

11/12/2007

Hilaire Belloc, distributisme et propriété privée (VI)

Plusieurs jours d'absence et un blogue décidément bien vide… Mais il faut dire que Caelum et Terra est un blogue qui a décidé de prendre le temps et son temps, histoire de faire un joli pied de nez à notre époque trop pressée. Et si je vous reparlais du vieux Belloc et de son Essay on the Restoration of Property ? Où en étions nous au fait ? Toujours au chapitre premier de ce texte. La présentation précédente (ici) se terminait par ses mots : "Belloc montre que le capitalisme industriel et libéral d'une part et le socialisme d'autre part sont des erreurs jumelles dans le même souci de produire une masse abondante de biens matériels au détriment de la liberé économique". La suite ? C'est en-dessous.

 

Un contre-projet de société
Dans la suite de ce premier chapitre de son essai, Belloc insiste beaucoup sur la philosophie commune du capitalisme libéral et du socialisme.
f41d12c5d0a6139a4ecd4fbd0d59b41c.jpeg Ce caractère commun se trouve dans la primauté absolue donnée à l'obtention des biens matériels, à la consommation. Cette idée a été développée par Jean-Paul II dans Centesimus annus, notamment au chapitre IV consacré à la propriété privée et à la destination universelle des biens (lire, ici).
Belloc dénonce lui aussi la philosophie matérialiste propre aux deux systèmes. Ce matérialisme  réduit l'homme au seul facteur économique. Selon cette vision, la finalité de l'économie se trouve en elle-même (la production de biens matériels) et elle n'est plus ordonnée à la vie bonne de l'homme, partie intégrante de sa dignité.2b332bee54f59f1770fdcd6e7ddacdb8.jpeg
C'est en fonction de ce dernier point que Belloc réaffirme la bonté de la liberté économique, dès lors qu'elle est ordonnée à cette finalité supérieure. Cette bonté de la vie économique implique alors qu'elle ne soit pas limitée à quelques-uns (capitalisme libéral) ou confisqué par l'État (socialisme). D'où encore cette insistance à prôner la large distribution de la propriété privée, ou pour être plus précis encore, une société fondée sur cette large distribution. Pour employer une terminologie plus actuelle, il s'agit donc d'un véritable contre-projet de société, une alternative à la société libérale et/ou à la société socialiste.

Trois conditions

Une nouvelle fois, Belloc revient sur les trois conditions pour la réalisation d'une telle société qui n'est pas une solution idéale, mais une solution nécessaire.
1°) la restauration de la propriété privée n'est pas quelque chose de mécanique. Sa philosophie s'oppose au mécanisme moderne, soubassement idéologique du libéralisme et du socialisme. Elle nécessite un changement d'esprit, de « ton général » écrit Belloc, dans la société. Il faut donc une réforme morale et intellectuelle qui crée un état favorable à la propriété privée.
2°) Il faut vouloir vraiment la propriété privée, la soutenir, aider son mouvement de restauration.
3°) L'État, au regard des conditions de départ, a un rôle fondamental à jouer. La solution n'est pas seulement économique et sociale; elle est aussi politique. Il faut des lois pour protéger et encourager la large distribution de la propriété privée.

L'État servile
À nouveau – on notera l'insistance –, Belloc dénonce les formes prises par l'État dans une société libérale et dans une société socialiste.
Dans le premier cas, il s'agit d'un État servile. Pourquoi servile ? Parce qu'il repose sur la servilité, l'esclavage du salariat. Dans l'État servile, il y a peu de capitalistes (d'hommes libres) et beaucoup de salariés (d'esclaves économiques). Dans l'État communiste, il y a l'État (et sa nomenclatura, c'est-à-dire les hommes économiquement libres) et beaucoup de salariés. Il est surprenant de constater que Belloc, évoquant le concept « d'État servile complet » ou total prévoit en quelque sorte notre société. Ce type d'État repose sur une série de lois, où subsistent seulement les individus, la famille étant légalement éliminée, qui reçoivent une certaine somme de revenus nécessaires à maintenir une certaine norme de confort et de loisir. Pour le reste, la liberté économique a quasiment disparu. Une telle société repose sur la confusion entretenue entre richesse et salaire. Le salaire apporte la sécurité mais prive de la liberté. La majorité, en effet, n'a aucune expérience de la liberté économique. Les masses, écrit Belloc, sont tenues vivantes à coup de subvention. Dans l'enfance, dans la maladie et dans la vieillesse.
Au contraire, la société de la propriété privée largement distribuée implique la diversification, à l'image des familles qui la composent, et la liberté économique. Belloc met cependant en garde contre un effet naturel sinon logique. Même une fois restaurée, la propriété privée doit être maintenue, sauvegardée, défendue car elle aura tendance sinon à retourner dans les mains de quelques-uns, ce qu'il appelle en économie, le capitalisme, et en politique, la ploutocratie.