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Neo-conned (I)

 Je commence ici la publication d'un long article présentant deux ouvrages consacrés à la guerre en Irak. Ces recensions m'ont donné l'occasion d'aborder des sujets annexes d'où la longueur de ce texte qui m'oblige à une publication en morceaux, répartie sur plusieurs jours. J'en propose ici un court sommaire : 

– Introduction : Neo-conned, une dénonciation de la guerre en Irak
– Parallèle historique : la guerre contre les Boers en 1899.
– La question de la Guerre juste.
– L'action des "Theo-con".
– L'exemple de Centesimus annus.
– Qui est Richard J. Neuhaus ?
– La position du cardinal Ottaviani sur la Guerre juste.
Neo-conned : la réponse de conservateurs aux néo-conservateurs.
Neo-conned again ! De Pat Buchanan à Noam Chomsky, une même opposition à la guerre.
– Courte conclusion.

 

cd1a4abe6325a1848128c0b96c00cf15.jpegLa plus pertinente des attaques contre la guerre en Irak ne vient pas des milieux de gauche, pacifistes et altermondialistes. Son nom ? Neo-conned du titre donné à deux volumes comme il n'en est pas paru d'équivalent jusqu'ici, et surtout pas en France. Neo-conned et Neo-conned again représentent une condamnation sans appel de la seconde guerre en Irak et des raisons morales et religieuses pour lesquelles elle a (soi-disant) été entreprise. C'est la réaction la plus solide et la plus documentée face à la tentation de légitimation de la guerre par le courant néo-conservateur.

c6d86957922b637ef32434f544f2f8fb.jpeg Inconnue en France – et pour cause (idéologique…) –, cette réaction trouve son origine dans une initiative catholique. Plus précisément de catholiques qui refusent le faux dilemme qui opposerait capitalisme libéral et socialisme étatique. Dans le même sens, ils n'ont pas cru, sous prétexte de leur amour pour leur patrie, devoir légitimer la seconde guerre en Irak.

Si l'on me permet un rapprochement historique – pour lequel on m'accusera une fois de plus de me laisser emporter par mes marottes –, cette réaction n'est pas sans rappeler celle qui anima Chesterton, Belloc et leurs amis (peu nombreux en réalité) lors de la seconde guerre contre les Boers en 1899. Le rapport ? Il tient en trois mots : patriotisme, légitimité et morale. Je ne peux ici que reproduire les lignes que j'ai écrites à ce sujet, dans Pour le réenchantement du monde, une introduction à Chesterton (éditions Ad Solem) :
« Alors que la seconde guerre anglo-boers éclate, Gilbert et ses amis, dont Hilaire Belloc, prennent position pour les paysans sud-africains, au moment où l’immense majorité du peuple britannique soutient gaiement la guerre. Sa position se distingue cependant de ses amis des Little Englanders. À la différence de certains d’entre eux, il ne refuse pas la guerre en Afrique du Sud par pacifisme, mais par anti-impérialisme. Et il n’est pas anti-impérialiste par anti-patriotisme, mais par attachement à l’Angleterre. Il refuse donc de soutenir l’impérialisme, caricature du patriotisme, parce que l’empire n’est pas l’Angleterre, caricature de son pays. Son patriotisme communie à celui des Boers qui défendent leurs terres par amour charnel du pays. »
15a27e3f8a124bd8831a4fcfa2be2fed.jpeg Chesterton ne reconnaît aucune légitimité à cette guerre contre les Boers. Cette absence de légitimité, bien avant le scandale des méthodes employées par les Britanniques, notamment le recours aux camps de concentration pour les populations civiles, fonde l'immoralité de cette guerre. Celle-ci pervertit, de plus, une autre vertu morale, le patriotisme, qui ressort du quatrième commandement. Cette perversion, qui ne va cesser de s'étendre au cours du XXe siècle, défigure le patriotisme en impérialisme, rendant, ipso facto, légitime toute entreprise de conquête, sous prétexte qu'elle sert les intérêts de la nation.
Contrairement à une critique de gauche, Chesterton nie justement qu'il s'agisse des intérêts de la nation. Comme il reprochera, au plan économique, au capitalisme et au socialisme de communier à la même erreur matérialiste, il reproche aux impérialistes et à leurs adversaires pacifistes de s'accorder sur le fait que cette guerre serait entreprise pour défendre les intérêts de la nation. Les premiers entreprennent une telle guerre sous ce prétexte pendant que les seconds la refusent exactement pour la même raison. Or, cette raison est fausse. L'Angleterre n'a aucun intérêt de vrai patriotisme à entreprendre une guerre contre les Boers. Elle n'y a qu'un intérêt impérialiste.
La seconde guerre en Irak s'est effectuée principalement pour deux motivations : défense de la paix mondiale par la guerre contre le terrorisme et l'armement nucléaire, et affirmation du patriotisme américain. Comme dans le cas de la seconde guerre contre les Boers, stipendiée par Chesterton et Belloc, bien avant la découverte des méthodes scandaleuses employées ici ou là par des unités de l'U.S. Army ou de l'armée britannique, cette guerre était immorale. Elle l'était parce que le lien entre le terrorisme d'Al Qaïda et l'Irak n'a jamais été établi. Elle l'était parce que l'existence des fameuses armes de destruction massive n'a jamais été prouvée avant la guerre et qu'il s'agissait d'un montage à grande échelle. Elle l'était, enfin, parce que loin de reposer sur une défense du territoire américain, fondée sur le véritable patriotisme, cette guerre était une guerre impériale, pour des motifs complètement étrangers au service de l'Amérique. Par la suite, elle l'a été en raison des méthodes employées et du déséquilibre durable introduit dans cette partie du monde. 

 

 

Commentaires

  • Spécialiste de l'action des forces armées américaines en Irak, je souscris à votre analyse en la soutenant d'une conclusion sur "les méthodes employées". Celles-ci ont effet considérablement changé d'orientation dans l'année écoulée. Sous l'action conjuguée de la stratégie mise en oeuvre par Petraeus et des impératifs "culturels" mis en avant par la nouvelle doctrine de contre-insurrection, l'Army et les Marines ont tourné la page des actions militaires indiscriminées. Ce changement de posture reflète en fait l'illégitimité de fait qui entache cette "guerre", car elle peut être interprétée comme une tentative de gagner les "esprits et les coeurs" de la population irakienne par des méthodes jugées plus "anthropologiquement et sociologiquement correctes". Au-delà, il s'agit également de gagner l'adhésion de l'opinion publique américaine. Autrement dit, le changement de procédures peut être interprété comme une volonté de gommer l'illégitimité de l'invasion en atteignant, sur le long terme il est vrai, l'objectif de changement de régime qui est la véritable cause de ce conflit.
    En réalité, si le retour de la sécurité en Irak est une chose dont il faut se réjouir et dont il faut souhaiter la pérennité, la contre-insurrection est une forme de guerre "impérialiste" qui, par ailleurs, ressort du "Jus in Bello" et donc n'absout pas le "péché originel" de l'invasion (Jus ad Bellum).
    Je pense par ailleurs que la bonté d'un acte git dans l'objet de l'action plus que dans les intentions ou le calcul des conséquences (c'est la position défendue dans Spendor Veritatis si mes souvenirs ne me trahissent pas). Dans cette optique, la contestation des Théo-conservateurs me semble la plus juste.
    Cordialement
    ST
    PS: il faut en revanche souhaiter le retour de la stabilité en Irak. La stratégie actuellement mise en oeuvre sur le théâtre irakien en fournit l'opportunité puisque les fauteurs de trouble (les milices sunnites, Al Qaeda Iraq, l'Armée du Mahdi) sont soit éliminés, soit retournés, soit affaiblis. Malheureusement, la contre-insurrection reste une affaire aux mains des militaires américains (l'enjeu institutionnel pour l'Army et les Marines est de taille: il faut à la fois sortir son épingle du jeu et répondre aux demandes "d'adaptation" à la guerre irrégulière formulées par le Pentagone en 2006). De fait, il faudrait que les politiques, et les militaires irakiens, deviennent les architectes de la reconstruction. Comme dirait Abraracourcix, "ce n'est pas demain la veille".

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