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07/11/2007

Entretien avec Denis Sureau sur Etre consommé

54eb22d9755ca2777d7b101be4e97556.jpegPrésident de l'Homme Nouveau, Denis Sureau est aussi le responsable du secteur "livres" de cette maison d'édition dont l'activité principale est la publication du journal L'Homme Nouveau. À ce titre, Denis Sureau est l'éditeur d'Etre consommé de William Cavanaugh. Les deux hommes ont travaillé ensemble à la préparation de ce livre, paru en France avant l'édition américaine. Le dernier numéro de l'Homme Nouveau consacre à Etre consommé un dossier entier, d'où est extrait l'entretien ci-dessous. Pour mémoire, le livre de William Cavanaugh peut être commandé sur le site (sécurisé) de l'Homme Nouveau (ici).

 

« Être consommé », qu’est-ce que cela veut dire dans l’esprit de William Cavanaugh ?
Denis Sureau : Cavanaugh aime les titres énigmatiques. Son premier livre (en fait sa thèse) était intitulé Torture et Eucharistie, ce qui peut étonner ! « Être consommé » exprime l’une des thèses centrales du livre. Le consumérisme nous fait sans cesse aller d’un produit à un autre, tandis que dans la vie chrétienne, nous nous attachons toujours davantage à Dieu et aux autres. Dans l’Eucharistie, explique Cavanaugh, nous sommes des consommateurs, mais en consommant le Corps du Christ nous sommes transformés dans le Corps du Christ, attirés dans la vie divine en communion avec les autres. Dans l’Eucharistie, nous consommons, mais de cette façon nous sommes consommés par Dieu.

Comment présenteriez-vous William Cavanaugh ?

D.S. : Cavanaugh est un professeur de théologie – pleinement catholique –, un universitaire brillant, dont l’influence ne cesse de s’élargir tant au plan ecclésial (par-delà les frontières visibles de l’Église) que géographique : c’est ainsi que l’archevêque de Grenade a entrepris l’édition espagnole de ses livres. Le problème, c’est que Cavanaugh est difficilement classable selon les catégories mondaines (droite/gauche…). Sa pensée, c’est un peu la théologie de la libération revisitée par le mystère du Christ-Roi, mais en disant cela, on s’expose à toutes les critiques. Ses références sont multiples : saint Augustin, Lubac, Chesterton, Belloc, Radical Orthodoxy ou Stanley Hauerwas, qui fut son maître. Mais parmi d’autres figures plus connues de nos lecteurs, il faut aussi citer Jean Vanier.
Un autre point à signaler est que William Cavanaugh est un laïc, un père de famille, avec trois jeunes enfants, qui a les pieds sur terre. Être consommé est riche d’exemples concrets, tirés de la vie quotidienne, comme aiment le faire les Américains. Il est très attentif au réel, loin de toute rêverie idéologique.

En quoi cette pensée vous paraît-elle répondre aux enjeux de l’heure ?

D.S. : L’un des « signes de notre temps » est la globalisation, phénomène à la fois culturel, économique, social et politique. Jean-Paul II était conscient des insuffisances de la « doctrine sociale de l’Église » dans la compréhension des développements récents de cette réalité qui nous submerge. Benoît XVI l’est au moins tout autant qui, selon certaines rumeurs, préparerait une encyclique autour de ce thème. Or trop souvent les chrétiens se limitent à un discours vaguement social-démocrate : il faut du libéralisme tempéré par de l’étatisme. Oui à la mondialisation, mais avec un « supplément d’âme » ! Voyez là-dessus Camdessus, Boissonnat et autres dirigeants des Semaines sociales. L’originalité de la démarche de Cavanaugh est qu’en allant au cœur du problème, en puisant dans les ressources offertes par la grande théologie des Pères et Docteurs de l’Église, il en vient à récuser aussi fortement libéralisme et socialisme. Il ouvre ainsi des portes à la réflexion des catholiques et surtout à leur action, car son livre présente une série d’initiatives passionnantes, de la coopérative Mondragon à l’Économie de Communion (ÉdeC) des Focolari.

3ad5f83517caa60a729eb7a883765292.jpg Qu’est-ce qui vous a poussé à publier ce livre ? (en photo à gauche, l'édition française)
D.S. : L’intérêt passionné pour la pensée de Cavanaugh. J’ai entrepris il y a sept ans un essai théologique sur la globalisation – hélas inachevé, faute de temps –, ce qui m’a conduit à lire d’innombrables livres et articles d’auteurs chrétiens ou non. Un jour, j’ai découvert Cavanaugh grâce à la publication d’Eucharistie et mondialisation, publié par Grégory Solari, des éditions Ad Solem. La lecture de cet essai dense et puissant fut un véritable choc intellectuel voire spirituel (comme pour d’autres lecteurs). Je n’avais rien lu d’aussi intelligent depuis longtemps sur les questions de « théologie politique ». Ces dernières années, William Cavanaugh ayant publié d’autres études de « micro-économie théologique » je lui ai proposé de les reprendre sous forme d’un livre, afin de contribuer au renouvellement de la pensée des catholiques français.

Combien de temps a mis la préparation d’un tel ouvrage ?
D.S. : Une bonne année, avec Daniel Hamiche qui a réalisé la traduction.

7d33af0915396398e6cecf127bed87f9.jpg On dit que cette édition française précède l’édition américaine (couverture, à droite). Est-ce exact ?
D.S. : En effet, après avoir réalisé le livre en vue de l’édition française, William Cavanaugh s’est dit que, tant qu’à faire, il serait utile de le publier aussi aux États-Unis ! Ce que va faire dans quelques semaines un grand éditeur chrétien américain. Chose amusante à relever, c’est ce qui s’était déjà passé pour le premier livre de Cavanaugh paru en français, Eucharistie et mondialisation, paru en 2001 chez Ad Solem et l’année suivante chez l’éditeur anglo-américain T & T Clark sous le titre Theopolitical Imagination.

La parution d’un tel ouvrage, qui remet en cause les mécanismes de la société moderne et de l’économie, implique-t-elle un changement de cap au sein de L’Homme Nouveau ?

D.S. : Aucun changement de cap, car L’Homme Nouveau a été fondé sur la conviction qu’être catholique a quelque chose à voir avec toutes les activités de l’homme sans aucune exclusive. Rien de ce qui est humain n’est étranger à la vision chrétienne du monde. Aucun domaine ne doit être soustrait à la royauté du Christ. Contre le laïcisme mortifère, contre l’invention du « séculier » comme espace autonome coupé de la participation à Dieu (ce qui définit la modernité), L’Homme Nouveau a toujours promu un catholicisme épris de cohérence. Nos lecteurs se souviennent de l’œuvre de Marcel Clément, qui fut pendant les années de plomb post-conciliaires un rare défenseur de la doctrine sociale de l’Église. Les générations passent… Dans le monde ravagé de la « post-modernité », c’est un signe d’espérance que de voir des jeunes penseurs tirer du neuf à partir de l’ancien.  
 

Commentaires

Citer Jean Vanier n'est pas une bonne idée, si vous cherchez à accréditer une thèse. Lisez la Charte de cet organisme, vous y verrez exactement ce que certains appellent le "schisme mou".
Il s'agit plutôt d'un mouvement sectaire au sens du XVIIIème siècle anglais, comme il en fleurit des centaines dans le monde anglo-saxon.
Comme l'a montré l'affaire de l'Arche de Zoé, prétendre faire le bien des pauvres n'exonère pas de réfléchir à ce qu'est la vraie charité. Sinon, il y a arnaque à la charité, gourouisme, etc.

Écrit par : Lecteur | 08/11/2007

Tu veux le voir mon schisme dur ?

Écrit par : Relecteur | 08/11/2007

C'est quoi le problème ?

Écrit par : Lecteur | 08/11/2007

Ceci renvoie à la question suivante : pouvons-nous accepter la domination d'une faction anti-ecclésiale et devons-nous créer des petits îlots de "catholicisme" ? Ou devons-nous jeter les filets aussi loin que possible vers la société tout entière, qui n'attend que le Seigneur, pourvu que nous soyons crédibles ?

Écrit par : Le Preux | 08/11/2007

Petits problèmes :
- c'est quoi "cet" organisme ?
- c'est quoi ce "schisme mou" que certains appellent ?

Gros problème : comparer Jean Vanier à l'Arche de zoé est ignoble.
A vomir.

Écrit par : Relecteur | 08/11/2007

Je pense que vous m'avez bien compris. "Relisez etc."
Et vous : c'est quoi cette violence ?
"J'ai pour toi, dit le Seigneur, que tu détestes les menteurs".

Écrit par : Lecteur | 08/11/2007

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