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03/11/2007

Hilaire Belloc, distributisme et propriété privée (III)

ea547c0d4bd6193ab437af6d9c3140e5.jpegEn 1936, Hilaire Belloc publie un petit essai d'une centaine de pages, An Essay on the Restoration of Property qui synthétise ses idées sur le problème de la restauration de la propriété privée telle que l'entend le courant distributiste catholique dont il est l'une des grandes figures. Je continue ici la présentation détaillée des idées de Belloc. Le courant d'idées incarné par Belloc, Chesterton et d'autres, propose une interprétation de la doctrine sociale de l'Église. Ce courant est né après la publication de l'encyclique Rerum Novarum (ici traduction française de cette encyclique). Malgré une certaine éclipse, il n'a pas cessé d'exister et même de se développer dans les pays anglo-saxon, principalement aux États-Unis. Il retrouve une certaine vigueur par sa contestation du primat de l'économie et de la finance, par sa mise en avant du principe de subsidiarité, sa préférence pour ce qui est de taille humaine, son refus du gigantisme anonyme, par son goût prononcé pour l'enracinement, l'insertion de l'homme au sein de la Création, par sa dénonciation des méfaits de l'industrialisme, par son refus de l'impérialisme politique, économique et financier et sa préférence pour les petites nations. On peut, bien sûr, contester la vision distributiste, les idées et les préconisations de ce courant. Au sein d'un catholicisme qui a tendance souvent a baptisé le libéralisme ou le socialisme, voire un mélange des deux, en les gratifiant d'un soupçon de spiritualité, il m'a semblé intéressant de faire connaître un courant souvent ignoré en France et qui entre en accord avec l'interprétation traditionnelle française de la doctrine sociale de l'Église. Dans cette troisième présentation, j'aborde le début du premier chapitre de l'essai de Belloc. Il est consacré à la famille. 

 

0921f72832e9a78fb6ac416239984f34.jpegLa famille, à la base de la réflexion de Belloc (en photo, Léon XIII)
Dans le premier chapitre de son essai, Belloc pose en quelque sorte les fondements de sa réflexion. Bien qu'il ne le dise pas et qu'il n'y fasse même pas allusion, il opère ce retour à la racine de l'économie, à savoir cette production et cette gestion des biens nécessaires à la vie décente de la famille. A la base de la réflexion de Belloc se trouve donc :

– le rappel de ce qu'est la production des richesses et à quoi cette production est ordonnée : la vie saine de la famille;
– le rappel, qui découle en fait du principe précédent, que la famille, destinatrice de la richesse, doit en contrôler la production.


Belloc indique clairement que le problème posée par l'économie moderne, depuis l'apparition du capitalisme libéral, découle de l'impossibilité pour les familles de contrôler les moyens de production qui lui sont pourtant et normalement ordonnés, aussi bien dans la société libéralo-capitaliste que dans la société socialo-étatiste. Précisons d'emblée que lorsque Belloc parle des familles, il n'entend nullement certaines familles, une partie des familles ou les grandes familles comme nous avons pu avoir les grandes familles d'industriels. Il entend une société de familles, où toutes les familles, à un degré peut-être plus ou moins importants, ont la propriété de leur outil de production.

bc24eeca8c4409463b8c5c048296dda8.jpeg On ne fait pas du social avec de l'individuel
Contrairement à ce que nous pouvons lire, ici ou là, à travers le prisme de bonnes intentions, Belloc n'évoque absolument pas l'individu ou la personne, mais bien la famille. Celle-ci n'est pas un corps intermédiaire entre la personne et l'Etat, au même titre que d'autres groupes sociaux comme les métiers ou les provinces. La famille est bien la cellule de base de la société et cette affirmation constante, dans la philosophie classique comme dans l'enseignement de l'Eglise, implique qu'elle est le socle de la vie sociale et que la société elle-même peut être définie comme une « famille » de familles. L'autre conséquence a été naguère réaffirmée avec force par le philosophe Marcel de Corte. On ne fait pas du social avec de l'individuel. Par nature, l'homme est un animal social. Il ne naît pas comme une monade isolée. Le socle de la société ne peut être qu'une communauté et celle-ci est la famille.

L'interdépendance des familles
De son côté, Hilaire Belloc insiste dans ce chapitre sur la nécessaire interdépendance des familles entre elles. L'idéal type est effectivement que la famille contrôle intégralement et toujours l'ensemble de la production nécessaire à sa consommation. Mais, cet idéal s'avère le plus souvent impossible. Ne serait-ce qu'en raison du fait que les familles grandissent, se divisent, créent entre elles des rapports de dépendance et de réciprocité. Belloc le note d'ailleurs : « la multiplicité est essentielle à la vie et l'homme pour être véritablement humain doit être social ».

a18e87113350a21a8a433319a6aff029.jpeg Deux limites à la vie économique
De ce caractère social de l'homme découle deux limites apportées à la liberté économique nécessaire pourtant à la vie des familles :
1°) La Nécessité de l'échange. Chaque famille produira ce qu'elle a de meilleur et vendra son excédent. C'est la spécialisation du travail, auquel on ne peut échapper effectivement dès lors que les producteurs sont multiples.
2°) La Nécessité de l'Etat. Là où existe une multiplicité de communautés qui débouche sur une plus grande complexité de la vie sociale, un facteur d'unité est nécessaire. Son rôle ? Belloc apporte un élément de réponse en évoquant la justice, l'ordre intérieur, la défense contre l'agresseur extérieur.

 

À suivre… 

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