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  • Hilaire Belloc, distributisme et propriété privée (II)

    4c50e1f4f0d6f5ebece7396a658c1d23.jpegSuite de la présentation de la réflexion d'Hilaire Belloc sur la propriété privée. Merci de ne pas conclure trop vite dans un sens ou dans un autre. Des lecteurs ont pensé que Belloc avait une conception embrouillé de la propriété privée, alors que je n'avais même pas présenté celle-ci dans le détail.  Pour l'instant, seule ma présentation peut être confuse. Ne pas accuser trop vite Belloc des défauts qui me reviennent éventuellement. Pour le reste, j'entends suivre pas-à-pas l'argumentation de Belloc, ce qui prendra plusieurs textes à paraître prochainement sur ce blogue. Em prime, cette fois-ci un petit extrait cinématographique. Bien français pour sa part.

     

     

    An Essay on the Restoration of Property est paru pour la première fois en 1936, édité par la Distributist league. L'Essai en lui-même comprend sept parties distinctes, précédées d'une préface de l'auteur. Le livre dans sa plus récente édition compte 80 pages (IHS Press).

    Les limites d'un essai

    Dans la Préface qu'il donne à ce travail, Belloc s'attache à lever les équivoques qui pourraient naître de sa défense de la propriété privée. Il prend soin d'indiquer les limites de son travail, précisant qu'il concerne essentiellement l'Angleterre, et surtout l'Angleterre moderne [c'est-à-dire celle qu'il a sous les yeux]. A cela deux raisons. D'abord parce que, selon Belloc, l'Angleterre moderne représente, en 1936, l'état de destruction la plus avancée de la propriété privée des moyens de production. Ensuite, parce que l'Angleterre s'offre immédiatement à son regard, mieux et davantage que les autres pays.
    Il faut tout de suite prendre une première distance critique avec cette affirmation de Belloc. Certes, il part de l'Angleterre de l'époque et tient, dans un souci de réalisme, à rester accroché à cette réalité. Cependant, sa réflexion s'appuie sur des principes permanents qui dépassent très largement l'époque. C'est ce qui fait d'ailleurs que ce texte mérite d'être encore lu aujourd'hui, malgré les inévitables anachronismes.

    La question du comment
    Cette première limite posée, Belloc en annonce immédiatement une autre. Il ne répondra pas à toutes les objections qui existent contre la propriété privée. On peut le regretter (même s'il n'évite pas par la suite la discussion sur tel ou tel point). Un travail systématique de Belloc sur la question aurait – peut-être ? – permis de mieux assurer le travail de restauration de la propriété privée qu'il espérait. Mais, pourquoi cette limite ? Tout simplement parce qu'il entend traiter uniquement la question du « comment » une telle restauration peut s'effectuer dans les conditions de l'Angleterre moderne. Encore une fois, malgré cette affirmation, Belloc ne pourra pas éviter de répondre à des objections car le « comment » vient toujours après le « pourquoi ».

    La question monétaire n'est pas abordée
    e14fe5afd6566673c5a4d8f2cd1232de.jpg Autre limite, qui s'adresse directement aux militants de la Distributist league : il n'aborde pas la question du Crédit social, théorie défendue principalement par le major C.H. Douglas. La théorie créditiste est d'abord, bien qu'elle ne se limite pas à cela, une réflexion sur la monnaie et le revenu. Belloc estime que les deux problèmes – propriété privée et crédit social – ne sont pas directement liés. Son argument ? S'il est vrai qu'il ne peut y avoir de liberté économique sans pouvoir d'achat et s'il est vrai que la liberté économique varie de degré selon le pouvoir d'achat, il n'est pas vrai que le pouvoir d'achat soit équivalent à la liberté économique. C'est un point qui distingue certainement les adeptes purs du Crédit social des Distributistes bellociens. Belloc utilise à ce sujet une analogie environnementale ou sportive (c'est selon) : « si vous essayez de persuader les gens de vivre sur terre plutôt que dans l'eau, vous n'avez pas besoin d'ajouter un chapitre sur l'art de la natation ».

    L'esclavage du salaire
    Ces limites posées, affirmées, peu explicitées malgré tout, Belloc prend soin (j'ai déjà insisté là-dessus) d'affirmer que la restauration de la propriété privée des moyens de production sera une œuvre difficile, de longue haleine, qui s'étendra sur plusieurs générations. Pourquoi cette difficulté ? Parce que la pratique et l'habitude de « l'esclavage du salaire » se sont installées durablement dans la société.
    Malgré cette insistance, un point d'action politique émerge, comme au détour, comme en passant : il faut promouvoir, dans cette œuvre de restauration de la propriété privée des moyens de production, ce qui est particulier, local, et au moins au début, petit.
    Pour Belloc, une chose est claire cependant. Le choix se trouve entre la propriété et l'esclavage. Il n'y a pas, selon lui, d'alternatives. 




     

  • Etre consommé

    be9474349fde1bf4a03db3d0dadc2e2c.jpgEtre consommé, une critique chrétienne du consumérisme, du jeune théologien américain William Cavanaugh vient de paraître aux éditions de l'Homme Nouveau, sous la responsabilité éditoriale de Denis Sureau.

    De quoi s'agit-il ? Ci-dessous le texte de la quatrième de couverture. Ce livre, qui sera bientôt dans les librairies, est disponible auprès de L'Homme Nouveau, 10 rue Ronsenwald 75015 Paris au prix de 19 € ou sur le site sécurisé du même journal : ici.

     

    Li Chunmei, une Chinoise de 19 ans, est morte après avoir travaillé sans interruption 16 heures par jour pendant 60 jours d’affilée, à fabriquer des peluches pour les enfants des pays « développés ». Nous achetons. Ils meurent. Y a-t-il une relation entre les deux ? Le « libre marché » rend il vraiment libre ?


    Le rasoir à cinq lames évince le rasoir à 4, 3 ou 2 lames : quelle est la signification spirituelle de la culture de consommation ? Comment vivre dans un monde globalisé aux ressources dites rares ?


    Exemples concrets à l’appui, William Cavanaugh décrypte les notions clé de l’économie moderne et développe une vision de la vie quotidienne en faisant appel aux ressources chrétiennes – saint Augustin et l’eucharistie. Cet essai brillant bouleverse les catégories habituelles, libérales ou étatistes. Face aux pathologies du désir, il invite à créer des espaces économiques alternatifs où les pratiques sont pleinement libres. Commerce équitable, économie de communion, coopératives de producteurs-consommateurs, micro-crédit solidaire : une autre économie est déjà commencée.


    Figure émergente de la nouvelle théologie politique, William Cavanaugh, 45 ans, enseigne à l’Université Saint-Thomas, à Saint-Paul (Minnesota), aux Etats-Unis. Marié, père de trois enfants, auteur d’essais remarqués, ce penseur original est aussi engagé dans la vie politique, notamment par ses prises de position contre la guerre en Irak.

  • Hilaire Belloc, distributisme et propriété privée (I)

    Historien, journaliste, romancier et essayiste, un temps député, marin, catholique fervent, Hilaire Belloc (1870-1953) a été, avec son ami et alter ego G.K. Chesterton, le principal penseur du courant distributiste. Son Essay on the Restoration of Property résume sa pensée sur le sujet. Il m'a paru intéressant d'en faire une présentation détaillée dont voici le premier volet. 

     

    4e7e9581702f934d41869264e36b44c9.jpgUn Essai sur la restauration de la propriété d'Hilaire Belloc est certainement l'une des œuvres les plus connues du courant distributiste. Ce petit livre a d'ailleurs été réédité, aux Etats-Unis, par les éditions IHS Press en 2002. Ce court texte sert, en effet, toujours de référence dans les débats et les contributions de ceux qui se reconnaissent dans le distributisme. En France, il reste peu connu. En revanche, dans un livre à paraître fin octobre-début novembre, en langue française, le théologien américain William Cavanaugh y fait directement mention dans sa critique de la société de consommation dans laquelle nous vivons. Je reviendrais d'ailleurs plus largement sur ce nouveau livre prochainement.

    Dans la préface qu'ils ont donnée à cet Essai, les éditeurs remarquent très justement que Belloc ne recourt jamais à des statistiques, à des pourcentages ou à des paramètres comme le PNB alors qu'il aborde directement un sujet économique : la propriété privé des moyens de production. L'économie, elle-même, en effet, a subi une profonde mutation avec le développement des sciences mathématiques, le recourt aux statistiques et la primauté qu'on finit par prendre à l'âge moderne, les sciences expérimentales. Cette mutation a élevé l'économie au rang d'une science, subordonnée d'abord, première ensuite.

    Retour à la racine des choses
    Or, si l'on s'astreint à retourner aux racines des choses, non pour nier l'évolution mais pour mieux la comprendre et, peut-être, remédier à certaines de ses faiblesses, il apparaît clairement que l'économie était directement liée, à l'origine, à la vie domestique. La racine des choses pour un mot, c'est son étymologie. Economie vient de « oikos » qui veut dire maison ou foyer et de « nomos » qui indique l'idée de loi et d'administration. L'économie renvoie donc à l'administration des biens nécessaires à la vie d'une maison, à une famille. Constatant – et contestant aussi – la dérive de l'économie, certains aujourd'hui proposent ainsi de traduire dans le vocabulaire le refus de l'économie moderne et d'utiliser, à la place, dans le sens premier, le terme d' « oeconomie ».

    Conception classique
    Dans la conception classique, le rôle et l'importance de l'économie ne sont pas niés, mais ils sont ordonnés à une finalité plus importante. Dans le De Regno, saint Thomas d'Aquin indique ainsi que le roi a pour tâche de mener ses sujets à une vie bonne et que celle-ci nécessite deux choses. Premièrement d'agir selon la vertu, et, deuxièmement, d'avoir les biens nécessaires pour cette vie vertueuse.  La sagesse populaire a traduit cette dernière considération en disant qu'un ventre affamé n'a pas d'oreilles. A titre de cause dispositive, un certain degré de biens matériels est donc nécessaire pour parvenir à la vie vertueuse.
    Dès lors, quel est l'intérêt de Belloc ? Tout simplement de reprendre toute la question de la propriété privée des moyens de production à l'aune de cette perspective classique. Il libère ainsi l'économie de tout un poids historique et technique; il lui fait subir un aggiornamento salutaire qui permet de reprendre une question essentielle, à la base et à frais nouveaux.

    fd6aa9d1fc437782de706ebc7635e937.jpegSoumettre l'économie à la morale
    Ce faisant, Belloc (dessin) va beaucoup plus loin qu'une simple cure de dégraissage. Il réintroduit la morale dans l'économie et réordonne celle-ci au bien de l'homme. L'économie comme dépendante de la morale est l'un des rappels de l'Eglise. On ne s'étonnera donc pas de trouver ici un accord entre le magistère et le catholique Belloc. Cette demande est aussi, depuis plusieurs années, l'une des revendications de plusieurs courants non-libéraux, qui pour des raisons diverses et variées, contestent la dictature économique commune au libéralisme et au socialisme et veulent remettre l'homme à la première place de leurs réflexions. Le plus souvent, ces derniers ignorent Belloc. Il est à craindre cependant que, s'il le connaissait, ils repousseraient plusieurs de ses affirmations.  Et notamment celles qui sont présentes dans An Essay on the Restoration of Property.

    La difficulté de la restauration de la propriété privée

    Belloc, par un grand souci d'honnêteté d'ailleurs, et aussi parce qu'il en est persuadé, insiste à plusieurs reprises sur la réelle difficulté à son époque de pouvoir commencer à restaurer réellement la propriété. Il ne facilite pas les choses à son lecteur ni ne l'entraîne dans une nouvelle utopie politico-économique. Si cet Essai se lit aisément, sans devoir recourir à des connaissances particulières dans les domaines de la philosophie, de la politique et de l'économie, il n'est en rien romanesque ou romantique.
    Il faut, bien évidemment  faire la part du caractère de l'homme dans le souci de Belloc d'insister sur les difficulés qui se présentent contre la restauration de la propriété privée des moyens de production.  Son grand ami Chesterton n'envisage pas les choses de la même manière. Habitée d'un grand appétit de vivre, il bouscule les difficultés quand il ne les ignore pas tout simplement. Belloc, au contraire, par un souci de réalisme, ne veut rien cacher des difficultés. A plusieurs reprises, il réaffirme que la restauration de la propriété privée des moyens de production est une œuvre difficile qui nécessite plusieurs conditions dont il n'est pas sûr que son époque puisse les remplir.  Et, pour dire vrai, les choses semblent encore pires aujourd'hui. 

     

    A suivre…