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24/10/2007

Hilaire Belloc, distributisme et propriété privée (II)

4c50e1f4f0d6f5ebece7396a658c1d23.jpegSuite de la présentation de la réflexion d'Hilaire Belloc sur la propriété privée. Merci de ne pas conclure trop vite dans un sens ou dans un autre. Des lecteurs ont pensé que Belloc avait une conception embrouillé de la propriété privée, alors que je n'avais même pas présenté celle-ci dans le détail.  Pour l'instant, seule ma présentation peut être confuse. Ne pas accuser trop vite Belloc des défauts qui me reviennent éventuellement. Pour le reste, j'entends suivre pas-à-pas l'argumentation de Belloc, ce qui prendra plusieurs textes à paraître prochainement sur ce blogue. Em prime, cette fois-ci un petit extrait cinématographique. Bien français pour sa part.

 

 

An Essay on the Restoration of Property est paru pour la première fois en 1936, édité par la Distributist league. L'Essai en lui-même comprend sept parties distinctes, précédées d'une préface de l'auteur. Le livre dans sa plus récente édition compte 80 pages (IHS Press).

Les limites d'un essai

Dans la Préface qu'il donne à ce travail, Belloc s'attache à lever les équivoques qui pourraient naître de sa défense de la propriété privée. Il prend soin d'indiquer les limites de son travail, précisant qu'il concerne essentiellement l'Angleterre, et surtout l'Angleterre moderne [c'est-à-dire celle qu'il a sous les yeux]. A cela deux raisons. D'abord parce que, selon Belloc, l'Angleterre moderne représente, en 1936, l'état de destruction la plus avancée de la propriété privée des moyens de production. Ensuite, parce que l'Angleterre s'offre immédiatement à son regard, mieux et davantage que les autres pays.
Il faut tout de suite prendre une première distance critique avec cette affirmation de Belloc. Certes, il part de l'Angleterre de l'époque et tient, dans un souci de réalisme, à rester accroché à cette réalité. Cependant, sa réflexion s'appuie sur des principes permanents qui dépassent très largement l'époque. C'est ce qui fait d'ailleurs que ce texte mérite d'être encore lu aujourd'hui, malgré les inévitables anachronismes.

La question du comment
Cette première limite posée, Belloc en annonce immédiatement une autre. Il ne répondra pas à toutes les objections qui existent contre la propriété privée. On peut le regretter (même s'il n'évite pas par la suite la discussion sur tel ou tel point). Un travail systématique de Belloc sur la question aurait – peut-être ? – permis de mieux assurer le travail de restauration de la propriété privée qu'il espérait. Mais, pourquoi cette limite ? Tout simplement parce qu'il entend traiter uniquement la question du « comment » une telle restauration peut s'effectuer dans les conditions de l'Angleterre moderne. Encore une fois, malgré cette affirmation, Belloc ne pourra pas éviter de répondre à des objections car le « comment » vient toujours après le « pourquoi ».

La question monétaire n'est pas abordée
e14fe5afd6566673c5a4d8f2cd1232de.jpg Autre limite, qui s'adresse directement aux militants de la Distributist league : il n'aborde pas la question du Crédit social, théorie défendue principalement par le major C.H. Douglas. La théorie créditiste est d'abord, bien qu'elle ne se limite pas à cela, une réflexion sur la monnaie et le revenu. Belloc estime que les deux problèmes – propriété privée et crédit social – ne sont pas directement liés. Son argument ? S'il est vrai qu'il ne peut y avoir de liberté économique sans pouvoir d'achat et s'il est vrai que la liberté économique varie de degré selon le pouvoir d'achat, il n'est pas vrai que le pouvoir d'achat soit équivalent à la liberté économique. C'est un point qui distingue certainement les adeptes purs du Crédit social des Distributistes bellociens. Belloc utilise à ce sujet une analogie environnementale ou sportive (c'est selon) : « si vous essayez de persuader les gens de vivre sur terre plutôt que dans l'eau, vous n'avez pas besoin d'ajouter un chapitre sur l'art de la natation ».

L'esclavage du salaire
Ces limites posées, affirmées, peu explicitées malgré tout, Belloc prend soin (j'ai déjà insisté là-dessus) d'affirmer que la restauration de la propriété privée des moyens de production sera une œuvre difficile, de longue haleine, qui s'étendra sur plusieurs générations. Pourquoi cette difficulté ? Parce que la pratique et l'habitude de « l'esclavage du salaire » se sont installées durablement dans la société.
Malgré cette insistance, un point d'action politique émerge, comme au détour, comme en passant : il faut promouvoir, dans cette œuvre de restauration de la propriété privée des moyens de production, ce qui est particulier, local, et au moins au début, petit.
Pour Belloc, une chose est claire cependant. Le choix se trouve entre la propriété et l'esclavage. Il n'y a pas, selon lui, d'alternatives. 




 

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