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17/10/2007

Hilaire Belloc, distributisme et propriété privée (I)

Historien, journaliste, romancier et essayiste, un temps député, marin, catholique fervent, Hilaire Belloc (1870-1953) a été, avec son ami et alter ego G.K. Chesterton, le principal penseur du courant distributiste. Son Essay on the Restoration of Property résume sa pensée sur le sujet. Il m'a paru intéressant d'en faire une présentation détaillée dont voici le premier volet. 

 

4e7e9581702f934d41869264e36b44c9.jpgUn Essai sur la restauration de la propriété d'Hilaire Belloc est certainement l'une des œuvres les plus connues du courant distributiste. Ce petit livre a d'ailleurs été réédité, aux Etats-Unis, par les éditions IHS Press en 2002. Ce court texte sert, en effet, toujours de référence dans les débats et les contributions de ceux qui se reconnaissent dans le distributisme. En France, il reste peu connu. En revanche, dans un livre à paraître fin octobre-début novembre, en langue française, le théologien américain William Cavanaugh y fait directement mention dans sa critique de la société de consommation dans laquelle nous vivons. Je reviendrais d'ailleurs plus largement sur ce nouveau livre prochainement.

Dans la préface qu'ils ont donnée à cet Essai, les éditeurs remarquent très justement que Belloc ne recourt jamais à des statistiques, à des pourcentages ou à des paramètres comme le PNB alors qu'il aborde directement un sujet économique : la propriété privé des moyens de production. L'économie, elle-même, en effet, a subi une profonde mutation avec le développement des sciences mathématiques, le recourt aux statistiques et la primauté qu'on finit par prendre à l'âge moderne, les sciences expérimentales. Cette mutation a élevé l'économie au rang d'une science, subordonnée d'abord, première ensuite.

Retour à la racine des choses
Or, si l'on s'astreint à retourner aux racines des choses, non pour nier l'évolution mais pour mieux la comprendre et, peut-être, remédier à certaines de ses faiblesses, il apparaît clairement que l'économie était directement liée, à l'origine, à la vie domestique. La racine des choses pour un mot, c'est son étymologie. Economie vient de « oikos » qui veut dire maison ou foyer et de « nomos » qui indique l'idée de loi et d'administration. L'économie renvoie donc à l'administration des biens nécessaires à la vie d'une maison, à une famille. Constatant – et contestant aussi – la dérive de l'économie, certains aujourd'hui proposent ainsi de traduire dans le vocabulaire le refus de l'économie moderne et d'utiliser, à la place, dans le sens premier, le terme d' « oeconomie ».

Conception classique
Dans la conception classique, le rôle et l'importance de l'économie ne sont pas niés, mais ils sont ordonnés à une finalité plus importante. Dans le De Regno, saint Thomas d'Aquin indique ainsi que le roi a pour tâche de mener ses sujets à une vie bonne et que celle-ci nécessite deux choses. Premièrement d'agir selon la vertu, et, deuxièmement, d'avoir les biens nécessaires pour cette vie vertueuse.  La sagesse populaire a traduit cette dernière considération en disant qu'un ventre affamé n'a pas d'oreilles. A titre de cause dispositive, un certain degré de biens matériels est donc nécessaire pour parvenir à la vie vertueuse.
Dès lors, quel est l'intérêt de Belloc ? Tout simplement de reprendre toute la question de la propriété privée des moyens de production à l'aune de cette perspective classique. Il libère ainsi l'économie de tout un poids historique et technique; il lui fait subir un aggiornamento salutaire qui permet de reprendre une question essentielle, à la base et à frais nouveaux.

fd6aa9d1fc437782de706ebc7635e937.jpegSoumettre l'économie à la morale
Ce faisant, Belloc (dessin) va beaucoup plus loin qu'une simple cure de dégraissage. Il réintroduit la morale dans l'économie et réordonne celle-ci au bien de l'homme. L'économie comme dépendante de la morale est l'un des rappels de l'Eglise. On ne s'étonnera donc pas de trouver ici un accord entre le magistère et le catholique Belloc. Cette demande est aussi, depuis plusieurs années, l'une des revendications de plusieurs courants non-libéraux, qui pour des raisons diverses et variées, contestent la dictature économique commune au libéralisme et au socialisme et veulent remettre l'homme à la première place de leurs réflexions. Le plus souvent, ces derniers ignorent Belloc. Il est à craindre cependant que, s'il le connaissait, ils repousseraient plusieurs de ses affirmations.  Et notamment celles qui sont présentes dans An Essay on the Restoration of Property.

La difficulté de la restauration de la propriété privée

Belloc, par un grand souci d'honnêteté d'ailleurs, et aussi parce qu'il en est persuadé, insiste à plusieurs reprises sur la réelle difficulté à son époque de pouvoir commencer à restaurer réellement la propriété. Il ne facilite pas les choses à son lecteur ni ne l'entraîne dans une nouvelle utopie politico-économique. Si cet Essai se lit aisément, sans devoir recourir à des connaissances particulières dans les domaines de la philosophie, de la politique et de l'économie, il n'est en rien romanesque ou romantique.
Il faut, bien évidemment  faire la part du caractère de l'homme dans le souci de Belloc d'insister sur les difficulés qui se présentent contre la restauration de la propriété privée des moyens de production.  Son grand ami Chesterton n'envisage pas les choses de la même manière. Habitée d'un grand appétit de vivre, il bouscule les difficultés quand il ne les ignore pas tout simplement. Belloc, au contraire, par un souci de réalisme, ne veut rien cacher des difficultés. A plusieurs reprises, il réaffirme que la restauration de la propriété privée des moyens de production est une œuvre difficile qui nécessite plusieurs conditions dont il n'est pas sûr que son époque puisse les remplir.  Et, pour dire vrai, les choses semblent encore pires aujourd'hui. 

 

A suivre… 

Commentaires

Hilaire Belloc me semble être marqué par une forme de confusion concernant la propriété : celle-ci n’est plus seulement ‘’matérielle’’, depuis longtemps, mais aussi sous des formes anciennes qui se sont formidablement répandues depuis deux siècles, financière, puis immatérielles. Cela tient à l’évolution des techniques de production, industrie, et des objets produits, brevets, et technologies, dont celles maintenant de la communication.

Ce qui serait distributif, c’est certes de donner à chacun son autonomie pour ce qui est des besoins élémentaires, comme le logement ( la France étant le plus en retard de tous les pays industrialisés, du fait du détournement des objectifs du logement social des catholiques sociaux qui l’ont ‘’inventé’’, et que l’état a transformé en assistanat servile), et favoriser la possibilité de création d’entreprises individuelles, comme au Japon ou aux USA, selon l’idée de Louis SALLERON, titre de l’un de ses livres, ‘’Diffuser la propriété’’. Mais surtout de diffuser le pouvoir de contrôle des petits actionnaires, par la démocratie économique, et des salariés, par la participation et la co gestion.

Car la propriété c’est une potentialité, une ‘’puissance’’ d’acte, autant qu’une possession simple. Ce que le distributisme reconnaît à la suite de la DSE, sans en tirer les conséquences pratiques me semble t il sur les formes modernes de propriété. Ce que je dis là pourrait d’ailleurs s’appliquer aussi à la politique, le progrès technique nécessitant de remettre à des grandes entreprises, privées ou publiques, la fourniture et distribution de biens faisant partie des biens élémentaires, tels que l’eau, l’électricité, le gaz etc……, qui remplacent les fontaines, puits et bois des temps pas si anciens où cela se faisait sur place ou par micro entreprises.
Contrôler le fonctionnement des service publics, qu'ils soient fournis par l'état ou des entreprises privées, serait également contribuer à diffuser les droits de la propriété. laquelle n'est pas que possession matérielle, en effet.

Écrit par : Pascal G. | 17/10/2007

A Pascal G. :

vous dites : "le progrès technique nécessitant de remettre à des grandes entreprises, privées ou publiques, la fourniture et distribution de biens faisant partie des biens élémentaires, tels que l’eau, l’électricité, le gaz etc……"

Pouvez-vous expliciter ceci ? Pourquoi faudrait-il en venir là ?
Il me semble que vous faites une confusion entre la propriété et le marché. Le néolibéralisme cherche à nous faire croire que tout ressortit du marché, notamment la terre et les ressources naturelles, ce qui est faut et contredit directement la destination universelle des biens.
Confier à de grandes entreprises privées la gestion de ces choses-là, c'est s'exposer à les voir transformer en marchandises, c'est-à-dire en biens négociables. Ce qu'ils ne sont pas.

Écrit par : JG | 20/10/2007

@ JG
Ce que je voulais exprimer est que si effectivement certains biens sont universels par nature, leur mise a disposition et leur utilisation dans les sociétés urbaines et industrielles suppose de confier cette tâche à des entreprises privées, ou à l'des entreprises publiques>.
La question n'est plus alors de savoir qui est propriétaire de ces biens universels, mais comment le citoyen peut en contrôler l'usage collectif. Parce que l'habitant des mégalopoles ne possède pas son puits, son champ de blé, et son four à pain, ni même sa mare pour faire rouir le chanvre ou le lin, ni le troupeau de mouton pour la laine, etc...., toutes choses d'ailleurs qui font l'objet de transactions et donc de mise sur le marché dans des sociétés très simples de fonctionnement économique, dans lesquelles existe une spécialisation des productions.
Cela signifie conceptuellement qu'il faille admettre que le contrôle des biens et richesses universels par nature ne se situe pas uniquement au niveau matériel premier de ces biens, mais à un niveau autre, qui est d'essence politique. Que la propriété devient donc alors un droit immatériel, de la même façon que beaucoup de techniques qui assurent le fonctionnement des systèmes complexes de nos sociétés post indiustrielles sont d'ordre immatériel : ces techniques agissent sur les biens universels sans en être physiquement partie prenante ou seconde.
Cela pose donc la question de l'allocation, non plus de la propriété des biens, mais des pouvoirs de contrôle sur ces biens.
Je pense donc que la question est de l'ordre du politique et concerne la structuration du pouvoir dans la démocratie issue du système libéral et relativiste de Montesquieu (exécutif, législatif, judiciaire). Dont la distinction fondamentale des pouvoir est obsolète techniquement, outre le fait que depuis son origine elle est entachée dans sa théorie d'une erreur fondamentale qui porte sur le contrôle (information, données techniques, etc.....) qui doit s'exercer sur toute société, parce que le judiciaire n'est pas la Justice. Détaché du politique au sens moral, et donc de la fonction de justice, l'exécutif est devenu l'étatique et l'administratif, le totalitaire et le socialisme, le technocratique, et le managérial aussi.
Le pouvoir de responsabilité invividuelle et le mode de représentation et de délégation du pouvoir est donc aussi important que l'allocation des richesses et bien universels.
La réforme de la démocratie moderne, par le rétablissement des pouvoirs naturels des corps intermédiaires selon le principe de subsidiarité, constitue une piste qui rejoint l'intuition du distributrisme.

Écrit par : Pascal G. | 22/10/2007

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