Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

09/10/2007

Lasch et la révolte des élites

88db80606b881e9e3fc75c0bfa3dfeb0.jpeg
La Révolte des élites ! D'emblée le titre du dernier livre de Christopher Lasch, réédité aujourd'hui dans la célèbre collection « Champs » de Flammarion, après avoir été révélé au public français par les éditions Climats, entre en résonance avec un autre livre. Un autre titre. Celui retenu naguère par le philosophe espagnol José Ortega y Gasset pour son ouvrage-phare : La Révolte des masses.
8cf886ed056e6684e78ec593882a5c04.jpg Le livre testament de Lasch, terminé quelques jours avant d'être emporté par une leucémie foudroyante, n'est cependant pas d'abord une réponse à Ortega y Gasset, qui viendrait d'ailleurs bien tard (l'un a été publié en 1929 et l'autre en 1994 ), mais finalement une reprise à frais nouveaux du même désir de comprendre la réalité de l'époque présente. La conclusion que dégage Christopher Lasch n'en est pas moins différente et même opposée à celle d'Ortega y Gasset. Le danger ne vient pas des masses. Le danger est aujourd'hui incarné par ceux qui tiennent les rênes des pouvoirs. Les élites trahissent non seulement la démocratie, mais ils trahissent la société.
Evidemment, à force d'être mis au service de tout et de n'importe quoi, le mot « élites » a perdu de sa verdeur et de sa consistance. En un mot, il renvoie à tellement de choses qu'il ne veut plus rien dire. Mot valise, il finit par transporter uniquement de la confusion. Ceux qui sont visés dans ce petit essai de Lasch ne revendiquent d'ailleurs d'aucune façon cette appelation, rappelant le fascisme et les pires heures de notre histoire.
Dans les dîners en ville, sur les plateaux de télévision, dans les cercles d'économistes, dans les rédactions des journaux, ces « bien-pensants », fustigés naguère par Bernanos, se référent en permanence et peut-être plus que d'autres, à la démocratie, à ses valeurs, au progrès et à ses capacités d'émancipation. En France, nous dirions que ces « libéraux-libertaires » (gagner plus, pour jouir toujours plus), hydre née de l'accouplement de la défense du libéralisme économique et du nihilisme soixante-huitard, qui a engendré à son tour le « Bo-bo » des mégapoles, incarnent à merveille ce dévoiement des élites. Ils ont le pouvoir (politique, médiatique, culturel, économique) et ils le détournent en permanence à leur profit.
Seulement ce détournement s'opère de manière adroite, sans la lourdeur de l'abus de pouvoir de grand papa. Pas de bottes de cuir ni d'imperméable noir. Pas de chapeau mou, ni de valises à fond secret. Non ! Ils cultivent plus simplement, mais en permanence, la différence et l'émancipation. Ils élèvent un hymne à la pluralité. Ce faisant, ils imposent à la société la Règle de la non-règle et laissent croire qu'ils sont en révolte permanente contre cette même société. Ils ont élevé la révolte permanente au rang d'un conservatisme qui n'a jamais été aussi lourd et pesant.
Comme l'écrit Jean-Claude Michéa dans « Lasch, mode d'emploi » qui sert d'introduction à cette édition, ces élites « vivent leur enfermement dans le monde humainement rétréci de l'Economie comme une noble aventure, 'cosmopolite', alors que chaque jour devient plus manifeste leur incapacité dramatique à comprendre ceux qui ne leur ressemblent pas : en premier lieu, les gens ordinaires de leur propre pays ». D'ailleurs, ils n'ont pas de pays.
Lasch leur oppose le « populisme » au sens américain du terme. C'est-à-dire de la résistance que peut offrir les vertus encore présentes dans un peuple. Enracinement et bon sens, en somme. Un duo qui peut encore servir. Même en France.
 
Pour aller plus loin sur Christopher Lasch : ici

Les commentaires sont fermés.