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Luddites or not luddites ? (II)

Dans une première partie d'un texte de présentation rapide du mouvement luddite, je me suis attaché à retracer les grandes lignes idéologiques et historiques de cette révolte anti-machine. Dans cette suite, je présente un livre édité par une maison d'édition proche de l'anarchisme. Et je m'interroge sur quelques points d'accord et sur nos désaccords fondamentaux.

 

Le mouvement luddite sert encore aujourd'hui de modèle et de référence morale et historique à certains nombre de mouvements anarcho-écolo-altermondialistes qui, dans le refus de la technologie ou la lutte contre les OGM, s'inspirent directement de cet exemple historique.
La maison d'édition, L'Echappée, a ainsi traduit et publié un très intéressant livre de Kirkpatrick Sale sur le sujet : La Révolte luddite, briseurs de machines à l'ère de l'industrialisation (342 pages, 19€).
L'Echappée se réclame de la tradition révolutionnaire et son symbole – un homme agitant le drapeau noir – semble indiquer une filiation anarchiste. En tous les cas, sa déclaration d'intention est claire : « Le capitalisme ruine le monde et uniformise les aspirations et les comportements. (…) Notre époque est épuisée, elle anéantit toute aspiration à la révolutionner. Le risque n'est plus tant de perdre le combat que de ne jamais atteindre le champ de bataille. Fin de la lutte des classes, disparition des ouvrier-e-s, accroissement des libertés individuelles, archaïsme du féminisme, démocratie participative, formes de luttes inédites, développement personnel, nouvelles technologies libératrices... sont quelques unes des illusions dont nous berce le système.
Dans ce contexte hostile, notre envie d'éditer des livres en nous inscrivant dans une histoire révolutionnaire se fait chaque jour plus pressante. (…) Clandestins ou légaux, armés ou non violents, importants ou minuscules, des groupes et mouvements qui ont marqué l'histoire révolutionnaire restent méconnus faute de livres disponibles en français. »

J'espère ne pas avoir caricaturé cette définition des éditions de l'Echappée. (pour vérifier, voici l'adresse du site).
Un constat s'impose. Il concerne justement le constat dressé par les responsables de cette maison d'édition : la société moderne, mercantile consumériste et technique conduit à une négation de l'homme et de ses communautés d'appartenance.

Nous différons grandement dans l'analyse des moyens de sortir de cette situation. Là où ils voient dans l'Eglise une institution du monde pré-capitaliste et capitaliste, aliénante par destination, nous voyons en elle le corps mystique de Jésus-Christ qui est « la voie, la vérité et la vie », donc la vraie liberté.
Nous ne pensons pas que les patries sont des entités abstraites, mises en place pour asservir le prolétariat. Nous voyons en elles au contraire l'une des richesses des pauvres et l'une des plus importantes communautés d'appartenance que le mondialisme « libertaire-libéral » s'emploie à détruire. Le propre de la technologie est de détruire toute notion de limite. Nous pensons que la famille ou la patrie, comme les différentes communautés de ce type auxquelles nous appartenons, rétablissent en nous ce sens perdu des limites, comme le fait la morale, fondée sur le respect de la nature humaine.
Nous dépassons et transcendons les limites par l'appartenance d'une part à une patrie (la terre des pères) qui nous relie aux générations passées, faisant de nous des débiteurs à leur égard et des passeurs pour nos enfants, et d'autre part, par l'appartenance à la catholicité, qui nous relie à Dieu, à ceux qui, sur terre comme au ciel, professent la même foi, les uns dans l'obscurité d'une foi nue et les autres en pleine lumière.
Pourquoi ce long détour par ce regard rapidement posé sur l'Echappée et ce qui nous en distingue – radicalement ? Tout simplement, parce qu'au-delà d'un constat qui est commun, des différences réellement existantes, l'édition par ces Editions du livre de Kirkpatrick Sale et sa présentation ici pourra en troubler quelques-uns.
Serions-nous devenus anarchistes ? Non, pas au sens de libertaire en tous les cas.
Mais en fait peu importe. Ce qui est troublant, c'est de voir les références de Sale dans ce livre et le fait que l'Echappée l'ait édité. A plusieurs reprises, Sale se réfère à Chesterton et à Belloc. A deux reprises, une fois en le citant, une autre fois sans le faire, il reprend l'un des titres d'un des livres des plus virulents de Belloc : L'Etat servile. Or, aucune notice, d'aucun dictionnaire, d'aucune encyclopédie ne s'aventurerait à qualifier Belloc de socialiste, d'anarchiste ou, plus largement, d'homme de gauche. L'une des accusations, les plus fantasmées d'ailleurs, contre lui est celle de « fasciste ». Sa défense de la propriété privée, même si elle est dirigée contre le libéralisme économique, n'est pas social-démocrate.
Il y a plus d'ailleurs. Il y a Kirkpatrick Sale lui-même. Faut-il le ranger parmi les ténors de la gauche mondiale ? Dans une certaine mesure, oui. Il se définit lui-même comme un « biorégionaliste » et n'hésite pas à mettre en cause le monothéisme comme source de la catastrophe moderne. On voit là la limite d'une partie de l'écologie qui semble ignorer la révolution de la Renaissance et des Lumières, qui ne connaît visiblement pas la cohérence interne du christianisme, dès lors qu'on ne le confond pas avec certains de ses résidus. 

 

Pour ceux qui ont du courage, c'est encore à suivre… 

Commentaires

  • Au delà du clivage anar ou pas , le monde qui nous environne où tout évolue si rapidement m'interpelle quotidiennement . Au japon, des anilmaux domestique sont aussi des robots parfaitement hygiéniques et prévisibles, en Corée, on parle déjà de leurs droits à ne pas se faire maltraiter, alors qu'ailleurs on délire sur les possibilités, dans un futur proche, de les épouser , les nanotechnologies donnent lieu à toutes les élucubrations , à commencer par les marchandes. je me demande quelle place nous laissons dans ces nouveaux cadres à la création, quel regard ? Quelle écoute ? Pourquoi la jugeons nous parfois si imparfaite et pourquoi ne cherchons nous pas plus à la connaitre, à l'explorer ? car selon la genèse, Dieu nous en a faits les gardiens . A partir de quel moment le progrès des machines est déviant du projet de Dieu ? n'est-ce-pas là une question à se poser ?

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