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02/10/2007

Luddites or not luddites ? (I)

Connaissez-vous les luddites ? Non, il ne s'agit pas d'une espèce disparue d'animal préhistorique, ni d'une variété d'insectes d'Amérique du Sud, pas plus que d'une mutation de cellules annonçant un nouvel être intersidéral. Plus sérieusement, le terme de « luddite » renvoie aux révoltes qui se sont déroulées en Angleterre, lors de la première révolution industrielle, entre 1811 et 1813.
La révolution industrielle, en s'appuyant sur la mécanisation, met alors en péril trois corps de métiers : les tondeurs de drap, les tisserands sur coton et les tricoteurs sur métier. L'industrialisation de ces métiers entraîne une baisse des coûts, réduit au chômage de nombreux artisans, suscite un exode vers les villes et les usines, détériore la vie de milliers de familles. Bien que les lois de 1799 interdisent tout regroupement professionnel (Combination acts, équivalent de la loi Le Chapelier en France), les artisans de ces métiers s'organisent pour résister. Le premier acte de cette résistance consiste à détruire ce qui est perçu comme le danger principal : la machine. Les luddites sont donc des briseurs de machine. Organisés en véritable armée, agissant de nuit, ils se rendent dans les usines et cassent tout appareil qui tombe entre leurs mains.
Mais pourquoi ce terme de Luddite ? Ici, l'histoire rejoint la mythologie et l'un et l'autre s'entretiennent. Luddite renvoie à un général Ludd (ou roi Ludd) sous l'égide duquel se sont spontanément placés les artisans en révolte. On sait peu de choses sur ce général Ludd. Une des hypothèses avancées renvoie à l'existence d'un Ned Ludd qui aurait cassé des métiers à tisser vers 1780. A-t-il seulement existé ? Rien n'est moins sûr ! Toujours est-il que c'est sous son patronage que les artisans du textile se révoltent en 1811 et entreprennent leurs premières actions anti-machine. Des lettres sont attribuées à Ludd, des mots d'ordre aussi, de même que la direction des opérations. Mais, au final, le silence règne sur son existence.
Pourquoi une telle ignorance ? Tout simplement parce qu'à de très rares exceptions, les luddites arrêtés et condamnés n'ont jamais brisé la loi du silence. Ils ne diront jamais rien sur le général Ludd, sur leur organisation, leurs lieux de rencontre ni leur hiérarchie. Silence absolu et total. Ils emporteront leurs secrets dans la tombe.
Très vite, l'action des Luddites – c'est-à-dire la destruction des machines – engendrent la peur parmi les propriétaires d'usine, suscite une forte réaction et une collusion entre l'Etat britannique et les industrielles. L'armée et la police sont chargées de la répression. Des indicateurs sont spécialement payés pour infiltrer les rangs luddites, voire créer des actions qui permettront d'arrêter les meneurs. Des magistraits sont sélectionnés pour juger tambour battant les luddites. Des condamnations à mort tombent. L'Angleterre de la révolution industrielle arrive à cette absurdité : une machine vaut davantage que la vie d'un homme. En 1813, le bris de machine entraîne la peine capitale. Il faut dire qu'un an auparavant le premier ministre avait été assassiné et les luddites accusés d'être les responsables de cette mort.
Le mouvement Luddite, né dans un triangle qui s'étend au sud de Leicester jusqu'à York au Nord et le Lancashire à l'Ouest, connaît plusieurs épisodes.
Il apparaît d'abord en mars 1811, à Nottingham (la région de Robin des bois), à la suite d'une manifestation de tondeurs sur drap sévèrement réprimée. D'abord spontané, le mouvement s'organise et s'étend assez vite.
En 1812, le mouvement prend une tournure plus insurrectionnelle. Les Luddites agissent de nuit, par petits groupes, sont masqués et armés. Des collectes d'argent ont lieu ainsi que des tentatives d'assassinats.
Devant l'échec de la révolte armée et l'incapacité à transformer politiquement le mouvement, certains artisans optent pour la voie constitutionnelle. Ils n'obtiendront pas le vote de la loi espérée.
La loi sur la peine capitale, les exécutions, tuent le mouvement, qui survivra encore, mais n'aura plus la même assise populaire.
 
 
A suivre… 

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